Le moine

par

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Matthew Gregory Lewis

Chronologie : Vie &
Regards sur l’œuvre

 

1775 : Matthew Gregory Lewis – surnommé le « moine » Lewis – naît à Londres. Son père, grand
propriétaire terrien à la Jamaïque, est un diplomate qui occupe un temps de
hautes responsabilités au ministère de la Guerre. Matthew étudie d’abord au séminaire de Maryleborne, dans le
centre de Londres. Il y apprend les langues anciennes, le français – langue
privilégiée pour s’exprimer dans l’établissement –, l’arithmétique, mais aussi
l’escrime, la danse et le dessin. À partir de huit ans il étudie, comme son
père, à la Westminster School. Dès
cette période il s’investit dans des activités théâtrales.

1790 : Il rejoint la Christ Church de
l’université d’Oxford
. Il y obtient sa licence en 1794, sa maîtrise en
1797. Durant les vacances, pour se préparer à devenir lui-même diplomate, il voyage à l’étranger : à Paris en
1791, en Allemagne en 1792-1793 – il s’intéresse alors beaucoup à la littérature allemande, notamment à
Gœthe et Tieck –, où il pratique les langues et développe son entregent. À
cette époque il écrit déjà du théâtre. On a gardé trace d’une farce qu’il avait
envoyée à sa mère dès ses seize ans. Il aurait également terminé à cette époque
un roman en deux volumes dont il ne reste que des fragments. Il envoie des
travaux au théâtre royal de Drury Lane,
espérant aider financièrement sa mère séparée de son père. Il se livre à divers
travaux de traductions de textes français et allemands. Comme
romancier, il a pour modèle Horace
Walpole
(1717-1797), qui a fait paraître en 1764 Le Château d’Otrante (The Castle of Otranto), considéré comme
le premier roman gothique ou noir. Une des pièces de Lewis, The East Indian, ne sera représentée sur
scène à Drury Lane que sept ans après sa composition.

1794 : La main paternelle lui vaut une place comme attaché d’ambassade à La
Haye
aux Pays-Bas où il ne passe que dix mois. Là, il fréquente
l’aristocratie française ayant fui la Révolution, mais il s’ennuie beaucoup. Il
écrit alors Le Moine (The
Monk
) en dix semaines, et le roman paraît en 1796. Le protagoniste, Ambrosio, prieur des Capucins de Madrid, figure faustienne, est torturé et
condamné à mort par les inquisiteurs après s’être laissé aller à ses pulsions
sexuelles et avoir commis deux meurtres. Il passe alors un pacte avec le diable
pour échapper à ses souffrances mais celui-ci le trahit et le tue lui-même.

L’œuvre reprend les images du romantisme en
déclin
– le Juif errant, la
figure de Satan –, mais Lewis s’inscrit surtout dans la veine des romans noirs alors en vogue à la fin du XVIIIe
siècle et au début du XIXe – les premiers romans à succès d’Ann Radcliffe (1764-1823) venaient de
paraître (The Romance of the Forest en
1791, The Mysteries of Udolpho en
1794), et comme elle Lewis insère des poèmes
dans son roman, dont le plus connu est « Le preux Alonzo et la belle
Imogine » (« Alonzo the Brave and the Fair Imogine »). Mais chez
Lewis, l’horreur se déploie dans ses
moindres détails au gré de
descriptions qui ne laissent aucune place à l’ombre, quand Radcliffe privilégie
l’allusion et le progrès des sentiments de terreur. L’œuvre, à la fois morbide et sensuelle, abonde en crimes
et obscénités. On y retrouve les
topoï du roman noir ou gothique : souterrains, couvent, jeune filles
persécutées, dans une  atmosphère hallucinée où ne se fait
jour aucun souci de vraisemblance. Lewis
se montre également inspiré par la littérature allemande dont les drames de
Schiller, le roman Ardinghello et les
îles de la félicité
de Wilhelm Heinse, ainsi que la poésie de Bürger. À la
publication de son roman Lewis devient instantanément célèbre. Dans une deuxième
édition
parue en 1798, ont été
repris certains passages jugés trop antireligieux ou trop explicitement sexuels
(viols, inceste) qui avaient suscité la controverse. L’œuvre est remarquée par
des personnalités comme Lord Byron ou le marquis de Sade, qui la louent, alors
que Coleridge la désapprouve. Elle influencera notamment Robert Maturin et son Melmoth ou L’Homme errant (1820) et le Frankenstein (1818) de Mary Shelley.
Antonin Artaud saluera son flot d’images et en proposera une adaptation en
1931.

1797-1802 : Lewis, après le succès de son roman, a continué d’écrire du
théâtre : Le Spectre du château (The
Castle Spectre
), qui connut une grande
popularité
en 1797-1798 (la pièce sera jouée à New York), située dans un
pays de Galles médiéval ; Alfonse,
roi de Castille
(Alfonso, King of
Castille
) en 1801. En 1802, le drame gothique The
Captive
est monté à Londres pour une seule représentation. L’actrice
Harriett Litchfield y joue une femme enfermée dans un donjon par son mari et
qui, privée de contacts humains, pressent sa folie à venir. Le goût pour la
littérature allemande de Lewis se traduit par plusieurs adaptations d’auteurs d’outre-Rhin (Schiller, Gotzebue). L’une
notamment remporte un grand succès : The Bravo of Venice, qui paraît en 1804, libre adaptation d’Abällino der große Bandit de Johann
H. D. Zschokke (1771-1848).
Après la mort de son père, Lewis devient riche et part visiter ses domaines à la Jamaïque en 1815.

1816 : Il rejoint Percy Bysshe
Shelley
et Mary Shelley lors de
leur séjour à Genève, durant lequel
celle-ci eut l’idée de Frankenstein.
Les écrivains se racontent alors à tour de rôle des histoires de fantômes. Cinq
d’entre elles racontées par Lewis sont consignées dans le journal du poète.

1818 : Matthew Gregory Lewis meurt
à quarante-deux ans après avoir contracté la fièvre jaune. Il se trouve alors en
mer, de retour de son second voyage à la Jamaïque, où il était parti étudier la
condition des esclaves. En 1833
paraîtra son Journal of a West India
Proprietor, 1815-1817
qui,
loin de la figure mythique du « moine » à laquelle il avait fini par
être identifié, le représente en riche propriétaire de la Jamaïque, soucieux du
sort des esclaves.
En 1839 paraît The Life and Correspondence of M. G. Lewis.

 

 

« Les premiers transports étaient passés ; les désirs
d’Ambrosio étaient assouvis. Le plaisir avait fui, remplacé par la honte.
Confus et épouvanté de sa faiblesse, le moine s’arracha des bras de Mathilde ;
son parjure se présentait devant lui : il réfléchissait à l’acte qu’il
venait de commettre, et tremblait aux conséquences d’une découverte ; il
envisageait l’avenir avec horreur ; son cœur était découragé, envahi par
la satiété et le dégoût ; il évitait les yeux de sa complice. Un sombre
silence régnait, pendant lequel tous deux paraissaient en proie à de pénibles
pensées.

Mathilde fut la première à le
rompre. Elle prit doucement la main du moine, et la pressa sur ses lèvres
brûlantes.

— Ambrosio ! murmura-t-elle
d’une voix tendre et tremblante.

Le prieur tressaillit à ce
son : il tourna les yeux sur Mathilde ; elle avait les siens remplis
de larmes ; sa joue était couverte de rougeurs, et ses regards suppliants
semblaient lui demander grâce. »

 

Matthew Gregory Lewis, Le Moine,
1796

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