Le Mystère de la Chambre Jaune

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Résumé

En 1907, le premier roman policier de Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune, est publié en feuilleton dans lesupplément littéraire de l’hebdomadaire parisien L’Illustration. Sonstyle d’écriture est très proche du style anglo-saxon pour ce genre particulier,notamment de celui d’Arthur Conan Doyle. Tout comme Sherlock Holmes, le hérosde Leroux, un jeune journaliste répondant au surnom de Rouletabille, n’est pasrattaché aux forces de police mais fait preuve d’une sagacité qui amène lesystème judiciaire à s’appuyer et à reconnaître la force de ses déductionslogiques. De plus, Leroux s’attache à fournir dans la description du cas tousles détails qui pourraient permettre au lecteur d’arriver à la même conclusionque le héros. Précurseur du Hercule Poirot d’Agatha Christie, Leroux crée unhéros pour lequel ce qui prime dans la découverte de la vérité est la logique,telle qu’elle est édictée par la raison. L’histoire est narrée à la premièrepersonne par un avocat répondant au nom de Sainclair, ami du hérosRouletabille.

 

C’est afin de rétablir les faits largement erronés qu’unjournal du soir a publiés récemment au sujet du mystère de la « ChambreJaune » que Sainclair se décide à divulguer les détails d’une affaire fortobscure qui ne fut clarifiée que grâce à l’intervention du jeune journalisteJoseph Joséphin, surnommé Rouletabille en raison de sa physionomie, âgé de dix-huitans au moment du scandale, il y a quinze ans de cela. Sinclair se sent obligéde faire connaître au public les dessous de cette affaire qui avait entretempsplongé dans l’oubli puisqu’à l’époque, Rouletabille n’avait révélé que lesinformations nécessaires pour éviter la condamnation d’un innocent.

Au cœur du mystère de la chambre jaune, il y a lesStangerson, père et fille, deux savants précurseurs des travaux des Curie surla radioactivité, qui s’intéressent à ce qu’ils ont dénommé la dissociation dela matière. Pour effectuer leurs recherches, ils ont établi résidence auGlandier, un château « sur la lisière de la forêt de Sainte-Geneviève, au-dessusd’Épinay-sur-Orge », un lieu très retiré. Dans la nuit du 25 octobre 1892,à minuit et demie, Mathilde Stangerson, qui s’était retirée dans la chambrejaune, attenante au laboratoire où elle venait de passer la soirée à travailleravec son père, se met à crier : « À l’assassin !… Ausecours !… Papa ! Papa ! ». Ces cris s’accompagnent debruits de lutte et de coups de feu. Le père Jacques, Jacques-Louis Moustier, unserviteur de longue date de la famille Stangerson, alors présent dans lelaboratoire avec M. Stangerson, décide d’aller voir du côté de la fenêtreextérieure de la chambre, dans le parc du château, pour tenter de pénétrer dansla chambre. En chemin, il rencontre le couple de concierges, les Bernier.L’homme est envoyé porter secours au professeur qui essaie de forcer la portede la chambre, fermée de l’intérieur, et la femme ouvre la grille du parc surlequel la fenêtre de la chambre jaune donne. Arrivés devant la fenêtre, le pèreJacques et Mme Bernier se rendent compte que « non seulement les barreauxétaient intacts, mais encore les volets derrière les barreaux étaientfermés ». Le père Jacques et la concierge retourne dans le laboratoire etles trois hommes finissent par défoncer la porte. Grâce à la lampe forte quetient M. Bernier, tous peuvent voir dans cette chambre assez petite MathildeStangerson, sans connaissance, par terre, au milieu de tables et de chaisesrenversées, ensanglantée, et avec des marques d’ongles sur le cou, ainsi qu’untrou à la tempe droite. Les murs sont maculés d’empreintes de mains sanglanteset il y a, au sol, un mouchoir « rouge de sang », un vieux béret etdes empreintes de chaussures d’homme. À la grande surprise du père Jacques, sonrevolver est aussi par terre et, en vérifiant le barillet, il se rend compteque deux coups de feu ont été tirés. Mais, dans la chambre, il n’y a aucunetrace de l’assassin, qui semble avoir tout simplement disparu. Pour le pèreJacques, l’affaire relève du surnaturel et le juge d’instruction qui estassigné à la résolution de ce mystère, M. de Marquet, est obligé d’admettrequ’en l’absence de nouvelles informations permettant d’expliquer commentl’assassin a pu s’échapper d’un endroit absolument clos, le surnaturel risque depouvoir seul être invoqué. De plus, le père Jacques a affirmé avoir entendu lecri distinctif de la Bête du Bon Dieu, le chat appartenant à la mère Agenoux.Pour résoudre cette affaire, le chef de la Sûreté a fait appel à FrédéricLarsan, un détective célèbre qui doit abandonner son enquête sur des titresvolés à Londres.

Le matin du 26 octobre, après avoir lu l’article relatant cemystère dans le quotidien Le Matin, Sainclair reçoit la visite de sonami Rouletabille. Il avait fait la connaissance de Rouletabille peu après quecelui-ci, âgé de seize ans, s’était illustré en retrouvant le pied gauche d’unefemme de la rue Oberkampf, coupée en morceaux, que la police recherchait depuishuit jours, et en le ramenant au directeur du journal L’Époque, qui l’avait immédiatement engagé comme journaliste. Chargépar son journal de faire la lumière sur cette énigme, Rouletabille vient chercherSainclair pour l’accompagner au château du Glandier car les hypothèses qu’il imaginesur le déroulement des évènements viennent contredire le compte-rendu que Le Matin en fait. Sainclair en effetconnaît le fiancé de Mathilde Stangerson, M. Robert Darzac, professeur dephysique à la Sorbonne, à qui il venait de rendre « un très gros servicejudiciaire dans un procès civil ». Depuis sept ans M. Darzac a fait unecour assidue à Mathilde Stangerson et ses efforts venaient juste d’êtrecouronnés de succès. Alors que Rouletabille et Sainclair attendent leur trainsur un quai de la gare d’Orléans, ils y rencontrent M. de Marquet, ainsi queson greffier, M. Maleine. Il s’avère que M. de Marquet est, à ses heuresperdues, librettiste, et se trouve déchiré entre son devoir personnel dedécouvrir la vérité et l’enthousiasme que le côté mystérieux de l’affairesuscite chez lui. Il est aussi extrêmement méfiant envers la presse et demandeà M. Maleine de le protéger, en vain, de Rouletabille qui réussit à lecontourner en lui faisant croire que son intérêt journalistique porte sur lesexcursions littéraires du juge d’instruction. Une fois dans le compartiment dujuge, Rouletabille apprend que M. Stangerson a fermé ses portes à la presse. Ilparvient aussi à confirmer son hypothèse selon laquelle le revolver a servi àMlle Stangerson et parvient à identifier, sur la bases des informations donnéesà contrecœur par le juge, que l’assassin s’est enfui par la fenêtre duvestibule, ce que corroborent les preuves récoltées lors de l’enquête, même siau moment de l’incident « les volets de fer sont restés fermés àl’intérieur par leur loquet de fer ». Par contre, l’idée de Rouletabilleselon laquelle Mathilde Stangerson aurait porté ses cheveux en bandeau a étéinfirmée par l’interrogatoire que le juge a mené. Rouletabille apprend aussique deux balles ont été tirées du revolver, l’une dans le mur qui a blessé sonassassin et l’autre au plafond.

Les Stangerson sont venus s’installer au Glandier quinze ansauparavant alors que Mathilde n’avait que vingt ans. De père américain et demère française, le professeur Stangerson était déjà célèbre dans le mondescientifique pour sa théorie sur la « dissociation de la matière par lesactions électriques », et il avait accumulé une fortune suite à des procèsqui lui furent intentés. Philanthrope, il avait toujours placé ses découvertesmajeures dans le domaine public. C’est pour répondre au désir de sa fille que tousdeux s’étaient terrés au Glandier, à la surprise des amis de Stangerson. Eneffet, Mathilde était d’une beauté qui la vouait à devenir la reine des soiréesparisiennes et un beau parti. Mais elle choisit de se consacrer à la science etde repousser tous ses prétendants. Seul Robert Darzac, surnommé« l’éternel fiancé », continua à l’entourer de délicates attentionset, quelques semaines avant l’incident, Mathilde Stangerson avait décidéd’accepter sa demande en mariage. Alors qu’ils approchent des abords du châteaudu Glandier, Rouletabille et Sainclair aperçoivent Frédéric Larsan, à quiRouletabille voue une admiration sans borne. Il n’est pas le seul puisqueLarsan a acquis une réputation internationale, en raison de sa capacité àdémêler les imbroglios les plus complexes. De Larsan, Rouletabille apprend queles Bernier ont été arrêtés en tant que complices dans l’attentat. SelonRouletabille, le crime s’est fait sans complice, opinion que partage Larsan.Alors que tous deux conversent, le cabriolet de Darzac s’approche. Celui-ci,chaleureux envers Sainclair, se ferme à Rouletabille en apprenant qu’il estjournaliste, jusqu’à ce que ce dernier lui dise : « Le presbytère n’arien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat. » La phrase leurouvre les portes du château.

Malgré des échanges tendus pendant lesquels Rouletabilles’assure que Darzac n’est pas blessé à la main, tous deux sortent dans lesmeilleurs termes d’une conversation de laquelle Sainclair est exclu :Darzac permet à Rouletabille de s’installer au château. De la bouche de Darzac,en chemin vers le lieu du crime, Sainclair et Rouletabille apprennent que lesconcierges ont été arrêtés parce qu’ils sont arrivés tout habillés deux minutesaprès le coup de feu alors qu’ils avaient prétendu avoir été réveillés par ladétonation. Il ressort aussi de ce dialogue que Mlle Stangerson a été frappépar un objet contendant, un os de mouton en l’occurrence, retrouvé dans lachambre, qui avait déjà servi à d’autres crimes. Arrivé au bâtiment,Rouletabille examine au peigne fin tous les lieux : les toilettes, lelaboratoire et la chambre. Dans un des creusets du laboratoire, Rouletabilletrouve un morceau de papier roussi contenant des bribes de la phrase lui ayantouvert les portes du château, daté du 23 octobre. Il trouve des traces del’assassin sous le lit de Mathilde Stangerson et son observation lui confirmealors que Mlle Stangerson n’avait pas les cheveux en bandeau. Rouletabilledevine pendant ce temps la couleur du mouchoir et la forme du béret retrouvédans la chambre jaune, et effectue un relevé des empreintes dans la pièce.Darzac leur apprend à tous que le détective Larsan va leur expliquer le soirmême comment l’assassin a réussi à s’enfuir.

Les quatre hommes sortent du pavillon quand un serviteurinforme Darzac de la tenue d’un interrogatoire pour collecter des informationsdétenues par Mlle Stangerson, qui avait assez recouvré ses sens pour parler.Les quatre hommes se rendent dans le bâtiment où a lieu l’interrogatoire :Darzac, dans une pièce voisine de la chambre de Mlle Stangerson, vient faire uncompte-rendu exact des réponses qu’elle a données. La veille de l’attaque, sonpère et elle avaient assisté à une réception en l’honneur de l’Académie des sciencesde Philadelphie qui s’était terminée tard. Leur journée de travail a commencé à10 h 30 et s’est répartie de la manière suivante : 10 h 30à midi, 13 h 30 à 17 h et 18 h 00 à minuit. Quand ilssont revenus pour le dernier segment de cette journée de travail, MathildeStangerson est rentrée la première dans le pavillon car le garde a arrêté M.Stangerson et lui a demandé s’il était disponible pour une « tournéeurgente du côté des bois dont [il] avait décidé la coupe. Après avoir pris letemps de remettre la tâche au lendemain et avoir prié le garde d’avertir lemaître d’hôtel que les Stangerson dîneraient au laboratoire, M. Stangerson arejoint sa fille pour continuer les travaux en cours. Mlle Stangerson expliqueensuite qu’elle avait pris le revolver du père Jacques parce qu’elle avaitaperçu la veille deux ombres rôdant autour du lac.

Après l’interrogatoire, Darzac, Rouletabille et Sainclair sepromènent dans le parc du château et le journaliste retrace la trajectoire del’assassin qui s’est caché dans un bosquet longé par un chemin en gravier, cequi explique l’absence d’empreintes de pas, et qui a pénétré dans le pavillonoù se trouve la chambre jaune par la fenêtre du vestibule que le père Jacques aouvert à 17 h 00 et fermé à 22 h 00. En sortant dupavillon, l’assassin est allé jusqu’à l’étang où Frédéric Larsan se tientdepuis le matin, a échangé des chaussures grossières contre d’autres élégantespuis il est reparti à bicyclette. C’est au bord de l’étang que les troiscompagnons retrouvent le détective. Des échanges entre le journaliste et ledétective, il ressort qu’il existe entre eux des divergences méthodologiquessur la meilleure manière de mener une enquête. Pour Rouletabille, tout estquestion de logique, tandis que Larsan lui préfère donner foi aux observationset aux indices matériels. Quand Larsan s’en va, canne à la main, Rouletabillese jure de le battre et, alors qu’il effectue une danse de triomphe anticipé,son regard se pose sur le visage défait de Robert Darzac qui « regardaitsur le sentier la marque de ses pas, à côté de la marque du pas élégant. Il n’yavait pas de différence ». L’air désespéré, Darzac retourne au château.Rouletabille prélève l’empreinte mais reste convaincu de l’honnêteté de Darzac.

Sainclair et Rouletabille dirigent ensuite leurs pas endirection de l’auberge locale, le Donjon. Sur le pas de porte, se tientl’aubergiste, M. Mathieu, un homme à la mine rébarbative qui fait son possiblepour les décourager de rentrer jusqu’à ce que Rouletabille lui dise :« Je sais que maintenant, il va falloir manger du saignant ». Àpartir de ce moment, l’aubergiste se met à leur disposition et leur faitapporter des ingrédients pour se faire eux-mêmes à manger, par une belle jeunefemme qui s’avère être son épouse. Puis, le visage tordu par la haine, M.Mathieu regarde passer le garde du château du Glandier, tout vêtu devert : l’homme est beau mais coureur de jupon, explique l’aubergiste,en plus d’être fier et de s’être attiré les foudres des concierges. Alors queSainclair et Rouletabille mangent, la mère Agenoux rentre suivie de son chat,la Bête du Bon Dieu, qui se met à miauler. Sainclair comprend alors pourquoi cemiaulement est tellement distinctif. Le garde entre dans l’auberge etl’aubergiste refuse de le servir et s’en va en claquant la porte quand le gardelui demande des nouvelles de son épouse. Le garde demande ensuite de sesnouvelles à la mère Agenoux et il transparaît de leur conversation que celle-ciest restée alitée pendant huit jours avec pour seul compagnon son chat qui nel’a jamais quittée. Elle explique qu’elle aussi a été inquiète d’entendre lemiaulement de son chat à l’extérieur alors que celui-ci était sur ses genoux,sans miauler. L’aubergiste revient avec du mou pour le chat, refuse de servirle garde et une fois que celui-ci a les talons tournés, l’accuse du crime. À lafin de leur repas, Sainclair et Rouletabille retournent au château et lejournaliste s’introduit subrepticement dans le logement des concierges. Il enressort au moment où le chef de la Sûreté arrive pour entendre les hypothèsesde Larsan sur le déroulement des évènements.

C’est des écrits de M. Maleine, le greffier, que Sainclairs’enquiert du déroulement de l’interrogatoire. Pendant la reconstitution de lasoirée fatidique, les concierges affirment n’avoir entendu qu’un coup de feumême si M. Stangerson et le père Jacques en ont entendu deux, « un coup sourdd’abord, puis un coup éclatant », et que deux balles ont été tirées durevolver. De plus, M. Stangerson révèle que le mariage entre sa fille et sonami a été annulé deux jours avant l’attaque et, alors que toutes les personnesprésentes pensent qu’il n’y a pas eu de vol, Rouletabille envoie une noteexpliquant que « l’un des mobiles du crime a été le vol ». Le chef dela Sûreté convoque alors Rouletabille qui leur démontre, sur la base desindices qu’il a relevés, qu’il a dû y avoir vol et M. Stangerson se rend compteà ce moment-là que vingt ans de recherche ont été dérobés. Quand Rouletabillelui demande qui avait la clef, il apprend que Mlle Stangerson en est ladétentrice. Mais, il révèle par la suite que cette dernière avait perdu la cleftrois jours avant l’attentat contre sa vie, quand elle était allée à Paris encompagnie de M. Darzac. Au moment où l’interrogatoire va se conclure, un coupde théâtre se produit : Frédéric Larsan rentre dans la pièce avec deschaussures pleines de boue. Ces chaussures appartenaient au père Jacques ;de plus le béret et le mouchoir retrouvés sur le lieu du crime ressemblentfortement à des objets similaires lui appartenant. Larsan en déduit quel’assassin a essayé de détourner l’attention vers lui. Mais pour lui, cela démontreque l’assassin connaît bien les lieux. Il reprend ensuite tous les évènements pourconclure qu’à son avis, l’assassin est sorti par la porte, au moment où M.Stangerson était seul et que cela prouve qu’il a laissé s’échapper l’assassinde sa fille, qui doit avoir un secret horrible qui les oblige tous deux àgarder silence. Stangerson affirme alors solennellement n’avoir rien fait de lasorte et Rouletabille est le seul qui affirme le croire.

Le soir même, Sainclair retourne à Paris. Rouletabilledécide de l’accompagner et, en cours de route, alors que tous deux passent endessous de la fenêtre de Mlle Stangerson, ils entendent des bribes deconversation qui convainquent Rouletabille de monter à l’arbre le plus prochepour observer ce qui s’y passe. Il y retrouve Larsan et tous deux enredescendent après avoir observé une scène de tendresse entre Mlle Stangersonet Robert Darzac. Larsan s’éloigne rapidement parce qu’il a oublié sa canne.Quand il revient, les trois hommes s’installent à une table dans la gare etRouletabille interroge Larsan sur la manière dont il s’est procuré, à Londres,une canne parisienne. Sainclair obtient l’adresse du fabricant de canne qui,après interrogation, explique qu’il a vendu la canne en question le soir mêmedu crime, vers vingt heures, à quelqu’un qui ressemble à Robert Darzac, ce quilui fournirait un alibi. Le deux novembre, Sainclair reçoit un télégramme deRouletabille lui demandant de venir le rejoindre au Glandier avec des revolvers.La situation a empiré pour Darzac, accusé du crime par Frédéric Larsan carbeaucoup d’éléments semblent l’inculper.

Rouletabille apprend alors à Sainclair qu’il avait assisté àla conférence de l’Académie des sciences de Philadelphie où les Stangerson etDarzac s’étaient rendus. Captivé par le parfum de la jeune femme, il l’a suivielorsqu’avec Darzac elle s’éloigna de son père en conversation avec un desscientifiques américains, Arthur Rance. Les deux amoureux entrèrent dans laserre où, dissimulé, Rouletabille écouta leur conversation autour d’une lettreque Mlle Stangerson avait reçue. C’est là que Rouletabille entendit la phrasequi lui ouvrit les portes du château et la suite des évènements lui faitcomprendre que quelqu’un s’oppose au mariage des amoureux. Sainclair apprendqu’en son absence, il s’est produit un événement encore plus étrange quel’épisode de la chambre jaune. Un soir où Darzac était absent, Rouletabille seréveille au cri du chat de la mère Agenoux. Se promenant dans les couloirs, ilvoit une fenêtre ouverte. Poussé par son instinct, il se rend vers la chambrede Mlle Stangerson et aperçoit les mêmes empreintes élégantes qu’il a relevéesauparavant se dirigeant vers la chambre de celle-ci, dont la porte est ouverte.Rouletabille va chercher le père Jacques et tous deux se rendent sous lafenêtre de Mlle Stangerson, qui est aussi ouverte. Ils vont chercher uneéchelle et s’aperçoivent en cours de route que le garde n’est pas dans sachambre. Gravissant l’échelle armé d’un gourdin, Rouletabille entend le cri dela Bête à Bon Dieu qu’il prend pour un signal, mais quand il arrive à lafenêtre, la scène suivante s’étale devant ses yeux : « l’homme estlà, assis au petit bureau de Mlle Stangerson, et il écrit. […] Chosestupéfiante : Mlle Stangerson n’est pas là ! ». Rouletabilledécide alors de réveiller M. Stangerson et Frédéric Larsan, afin que tous lesquatre hommes puissent, grâce à sa stratégie, acculer l’assassin. Le planfonctionne et Rouletabille se retrouve à courir dans les couloirs du châteausur les talons de l’assassin qui se dirige vers une intersection vers laquelleconvergent aussi le père Jacques, M. Stangerson et Larsan. L’homme disparaît etMathilde Stangerson apparaît « sur le seuil de son antichambre », carelle avait décidé justement cette nuit-là d’aller dormir dans la même pièce queses gardes-malades. Rouletabille pressent que Mlle Stangerson connaîtl’identité de son assassin mais qu’elle est sous l’emprise d’un secret quil’oblige à la dissimuler, à tous sauf à Robert Darzac. M. Stangerson décide des’installer dans les appartements de sa fille pour toujours veiller sur elle.Larsan et Rouletabille en discutant s’accorde pour dire que l’homme avait l’airroux, puis ils s’en vont voir le garde qui vient de rentrer et les met à laporte.

Le 2 novembre au matin, Sainclair et Rouletabille, armés derevolvers, se promènent dans le parc du Glandier. Soudain des volets s’ouvrentet Arthur Rance, qui est roux, apparaît à la fenêtre. Personne, y compris lesconcierges, ne savait qu’il avait passé la nuit au château. Rance, un familierdes lieux quand il se trouve en France, a l’habitude de rentrer et sortirincognito. En se rendant à l’auberge, Rouletabille explique à Sainclair commentil a réussi à faire libérer les concierges en démontrant qu’ils faisaient dubraconnage, tout en les protégeant des conséquences de leurs actes : il adonc droit à un dévouement absolu de leur part. Une fois arrivés à l’auberge etinstallés pour le repas, Rouletabille explique à Sainclair : « jel’attends, ce soir, l’assassin ». Darzac, avant de s’absenter du château,lui a demandé de veiller sur Mlle Stangerson. Rouletabille a pris toutes lesdispositions nécessaires pour cette fois-ci arriver à empêcher qu’elle ne soitblessée. Le soir, en passant devant la chambre de Mlle Stangerson, Sainclair etRouletabille la voient verser un somnifère dans le verre de son père.Rouletabille ne réagit pas et explique son plan à Sainclair, ainsi que le rôleque ce dernier doit y jouer. Il ressort de la conversation que Rouletabille necherche pas à arrêter l’assassin mais à l’identifier. Toute arrestation seraitembarrassante pour Mlle Stangerson et M. Darzac. Les deux hommes vont dîneravec Frédéric Larsan, qui s’affaisse soudain sous l’effet de narcotiques. Lelaissant endormi, Rouletabille et Sainclair vont dans la chambre du journalistejusqu’à vingt-deux heures puis chacun va se poster aux endroits stratégiquesétablis par Rouletabille. Depuis son poste d’observation, Sainclair voit legarde sortir de la chambre d’Arthur Rance, un paquet sous le bras. À ce momentle cri de la Bête à Bon Dieu retentit dans la nuit et le garde se poste à unefenêtre pour faire des grands mouvements de bras. Sainclair donne un signalconvenu à Rouletabille mais celui-ci ne vient pas le rejoindre. Sainclair vaalors dans la chambre du journaliste qu’il retrouve endormi. Il le secouependant un quart d’heure pour dissiper l’effet du narcotique. Au moment où lejournaliste se réveille, un cri résonne dans le château. Sainclair se précipitevers la chambre de Mlle Stangerson et il tire sur l’individu qu’il a vu sortirdu lieu. Sainclair est rejoint par Arthur Rance qui ouvre aussi le feu surl’homme en fuite. Au moment où l’homme va s’échapper, Rouletabille ouvre lafenêtre et hurle « Tirez, Bernier ! Tirez », ce que fait leconcierge. La silhouette s’effondre. Rance et Sainclair se précipitent etLarsan, qui vient d’ouvrir sa fenêtre, demande ce qui se passe. Le corps esttransporté dans le vestibule et la lumière révèle que c’est le cadavre du gardedont il s’agit. En l’examinant, Rouletabille découvre que le garde est mortd’un coup de couteau au cœur : aucune trace de balles. Cette nuit-là,pendant que Sainclair dort, Larsan et Rouletabille cherchent des indices dansle parc. Ils relèvent deux séries d’empreintes, grossières et élégantes, à côtél’une de l’autre : ils en déduisent correctement que le père Jacques s’yétait promené. Celui-ci leur apprend l’apparition d’un fantôme noir qu’il avaittenté de suivre en vain le soir du crime mais qu’il avait observé à plusieursreprises dans le parc.

Mlle Stangerson, qui a été poignardée à trois reprises dansla poitrine, oscille entre la vie et la mort. Darzac, qui arrive dans lamatinée du 3 novembre, insiste pour que Rouletabille lui raconte ce qu’il a vu.Le journaliste lui reproche de ne pas avoir eu confiance en lui et lui expliquequ’il a vu Mlle Stangerson, ensanglantée, et qu’il a retrouvé dans sa chambreles documents qui avaient été volés. Tout l’appareil judiciaire se remet enbranle ce matin-là et il ressort de l’interrogation d’un employé de gare queRobert Darzac n’était qu’à quelques kilomètres du lieu du crime au moment oùcelui-ci se produisait. Darzac se refuse à donner une explication pour soncomportement et il est arrêté. Au moment de son arrestation, Rouletabillel’assure qu’il le défendra, presque contre son gré.

De retour à Paris, Rouletabille décide d’entreprendre unvoyage aux États-Unis. Le 15 janvier, son journal publie un article selonlequel « le jury de Seine-et-Oise est appelé à juger l’une des plusmystérieuses affaires qui soient dans les annales judiciaires. » L’éditeurexplique qu’il est le détenteur d’une lettre qui innocentera Robert Darzac,écrite par Rouletabille, où celui-ci dévoile le nom de l’assassin. La lettresera ouverte au procès si cela devient nécessaire.

Le procès commence par l’interrogatoire de Darzac, quicontinue de clamer son innocence même s’il se refuse à justifier ses absences.Il est révélé que Mme Mathieu était l’amante du garde mais que le père Mathieun’en est pas l’assassin. Quand Frédéric Larsan est appelé à la barre destémoins, il explique que le garde est une victime collatérale de l’assassin deMlle Stangerson, qui a dû le poignarder parce qu’il se trouvait sur son chemin.Quand il déclare que l’assassin a réussi à se cacher avant de s’enfuir plustard, il est interrompu par Rouletabille. Celui-ci se dit prêt à dire le nom del’assassin, mais seulement à 18 h 30. Pour obtenir ce délai, il explique à toutl’auditoire comment les empreintes de Mme Mathieu, qui est le fantôme noir,ressemblent étrangement à celles de M. Darzac, et que recourir uniquement à desindices matériels pour dénouer ce crime pourrait mener à une erreur judiciaire.En attendant de dévoiler l’identité de l’assassin et d’expliquer comment il apu à plusieurs reprises s’échapper d’un endroit clos, Rouletabille prend letemps d’aller discuter avec Frédéric Larsan. À 18 h 30, le procès reprendet Rouletabille explique que dans la nuit du 2 novembre, l’assassin ne s’estpas échappé, mais qu’il était avec eux et que tout le monde l’avait vu :il s’agit de Frédéric Larsan. Quand le juge fait appeler Larsan, celui-ci adisparu. Rouletabille leur apprend alors qu’il a lui-même informé Larsan de sesdécouvertes et que celui-ci a eu le temps de s’éclipser. Larsan est en faitl’identité d’emprunt d’un criminel de haut rang qui a fait courir toutes lespolices du monde depuis les vingt dernières années : Ballmeyer. Ses armesde prédilection sont le couteau et l’os de mouton. Rouletabille explique alorsau juge comment par déduction logique, il en est arrivé à soupçonner Larsan,qui était fou amoureux de Mlle Stangerson et avait donc décider de perdre M.Darzac. Larsan a donc multiplié les déguisements et laissé des traces afin dele faire accuser. Quant au mystère de la chambre jaune, Rouletabille leurrévèle que l’assassin n’avait pas été dans la chambre dans la nuit : ceque M. Stangerson et le père Jacques ont entendu était le résultat du cauchemarque faisait à ce moment là Mlle Stangerson, où elle revivait l’agressionqu’elle avait vécue plus tôt dans la journée, dont elle avait caché les traces.Elle avait réussi à blesser son agresseur à la main, ce qui explique pourquoiLarsan-Ballmeyer avait toujours une canne. Quand le père Jacques était rentrédans la chambre, il l’avait fait à la lueur d’une veilleuse qui éclairait trèspeu et n’avait donc pas pu voir les traces de l’agression. Pour ce qui est dela blessure à la tempe de Mlle Stangerson, elle s’était produite quandcelle-ci, en proie à son cauchemar, était tombée de son lit et avait cogné satête contre la table de nuit. La véritable tentative d’assassinat a donc eulieu pendant les quelques minutes où Mlle Stangerson pénètre seule dans lepavillon alors que son père est en pleine conversation avec le garde. Puis,Rouletabille explique que les faux indices contre le père Jacques ont été disposéspour rehausser la réputation de fin limier de Larsan. Le jury convaincuacquitte Robert Darzac. Toutes les enquêtes menées par la suite pour retrouverLarsan sont restées infructueuses.

Lors d’un entretien ultérieur avec Sainclair, Rouletabillelui explique avec force détails le raisonnement qu’il a suivi pour en arriver àsoupçonner Larsan. Il lui révèle aussi le secret par lequel ce dernier avaitune forte emprise sur Mlle Stangerson : Ballmeyer, sous le pseudonyme deJean Roussel, l’avait épousée alors qu’elle n’avait que vingt ans. Tous deux s’étaientenfuis à Louisville et c’est là que des policiers étaient venus arrêter M.Roussel, apprenant ainsi à Mathilde Stangerson qu’elle était la femme d’uncriminel notoire. C’est pour cela qu’elle avait rejeté tous ses prétendants.Elle n’avait accepté d’épouser M. Darzac que suite à l’annonce dans lesjournaux de la mort de Ballmeyer. Suite à la publication des bans, elle avaitreçu une lettre de menace de son époux qui lui annonçait qu’il ne permettraitjamais qu’elle épouse un autre homme.

 

Dans Le Mystère de laChambre Jaune, Gaston Leroux se fait l’un des précurseurs en languefrançaise de ces intrigues policières aux rebondissements multiples où lelecteur, même s’il a en sa possession tous les éléments pour deviner la vérité,se fait induire en erreur par de fausses pistes. Dans cette histoire où unassassin disparaît mystérieusement d’une chambre close où a eu lieu unetentative de meurtre contre une jeune scientifique, la vérité est révélée par unesuite de déductions logiques qui ne laisse aucune place au surnaturel et sefait le miroir de l’approche rationaliste que Gaston Leroux se fait de lanotion de vérité. L’auteur joue aussi de cette interaction entre le héros etson acolyte qui, incarnation du cheminement suivi par le lecteur, permet àl’auteur, par l’incompréhension de Sainclair, de forcer le détective à dévoilersa pensée et son raisonnement, éclairant ainsi tous les aspects du mystère. 

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