Le Mystère de Marie Roget

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Edgar Allan Poe

Edgar Allan Poe est un
écrivain américain né à Boston en 1809
d’un couple de comédiens pauvres menant une vie de bohême. Quand il a deux ans,
son père abandonne sa mère qui meurt de phtisie peu après. Il est recueilli par
la femme d’un riche négociant de Richmond (Virginie). En 1815, la famille
traverse l’Atlantique et Edgar sera externe dans une pension de Londres. À
quatorze ans, il commence à versifier. Le retour à Richmond se fait en
1825 ; Edgar y étudie dans une école anglaise classique. En 1826, il
poursuit ses étude à West Range, l’université de Virginie, équivalent américain
d’Oxford où l’instruction militaire et le sport tiennent une place importante.
Dans une atmosphère où une grande liberté est laissée aux étudiants, il
contracte des dettes de jeu et se fâche avec son tuteur. Sous pseudonyme, il
fait imprimer en 1827 par un ami apprenti
typographe sa première œuvre, Tamerlan et autres poèmes (Tamerlane and Other Poems), dont il vend
cinquante exemplaires, puis s’engage la même année dans l’armée où il devient artilleur puis employé aux écritures. Il n’en
oublie pas pour autant la poésie et compose sur ses temps libres. Trouvant un
arrangement avec son tuteur, attendant son admission à l’académie militaire de
West Point, Poe s’installe à Baltimore où il fait paraître en 1829 un deuxième recueil de poésie, Al
Aaraaf, Tamerlan et poèmes mineurs
(
Al Aaraaf, Tamerlane, and
Minor Poems
), qui lui vaut d’être remarqué par un critique.
Mais très vite un nouvel incident l’amènera à quitter West Point et à se fâcher
définitivement avec son tuteur.

En 1831
Edgar Poe publie cette fois à New York un troisième recueil simplement intitulé
Poems. Dans la poésie de Poe,
on découvre l’univers propre d’un poète d’un genre nouveau, fait d’angoisse et de solitude, où la poésie est une monde en soi, une sorte de religion
imprégnée d’une atmosphère de terreur,
d’oppression et de pressentiments.
Parmi les lieux fétiches et autres topoï de l’auteur, les bois et les châteaux hantés,
les étangs lugubres, les tombes
béantes, cadres que traversent de mauvais
anges
et autres goules. Sa première poésie est cependant inspiré par Byron.
La production poétique de Poe trouvera ses meilleurs traducteurs en France avec
Baudelaire et Mallarmé. Suite à un concours organisé par un journal de Philadelphie,
Poe commence à écrire des contes,
dont le Manuscrit trouvé dans une
bouteille
, qui lui vaut un prix. Grâce à lui il attire suffisamment
l’attention sur lui pour publier ses contes dans un journal de Richmond, le Southern Literary Messenger, où
il publiera des comptes rendus de livres ou de périodiques, des contes, poèmes,
notes et éditoriaux.
Marié avec Virginia en 1835,
une cousine de quatorze ans, Poe s’installe à New York où il achève Les
Aventures d’Arthur
Gordon Pym
(The
Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket
) qui
paraissent début
1837 dans
le Southern Literary Messenger, avant que Poe n’en soit exclu – on
s’aperçoit qu’il boit alors qu’il avait promis d’arrêter – et en volume en
1838. Il s’agit d’un récit d’aventures
fantastiques
impliquant deux amis qui, embarqués d’abord sur une
baleinière, vont connaître de nombreux dangers, marqués par une grande violence et des scènes macabres. Le roman par plusieurs aspects se rattache à ceux
du XVIIIe siècle, de Defoe et Smolett en particulier. Parmi les
éléments notables, figurent des descriptions qui semblent relever de
l’hallucination, et des digressions
scientifiques
apportant, avec une touche vraisemblable, le contraste aux
scènes d’horreur. À partir de 1839,
Edgar Poe collabore au Burton’s
Gentleman’s Magazine
où paraîtra notamment cette année-là La Chute de la Maison Usher (The
Fall of the House of Usher
). Le narrateur de la nouvelle rejoint chez lui
un ami malade dont la sœur connaît des épisodes de transe cataleptique, avant
de mourir puis de ressusciter. La maison tient un rôle particulier et
l’entremêlement de la maçonnerie avec la végétation alentour autoriserait à
penser qu’elle est dotée de certains sens. Alors que le narrateur la quitte,
elle s’écroule derrière lui à la fin. Le récit repose sur les thèmes de
l’hypochondrie, de la culpabilité, de la maladie mentale, du double, ainsi que sur une relation
frère-sœur ambiguë et un parallèle entre l’état de la maison et la décadence de
la famille Usher.

C’est à cette période qu’Edgar Poe se passionne
pour la cryptographie. Il réunit ses
contes dans Tales of the Grotesque
and Arabesque
qui paraissent en 1839
en deux volumes, sans rencontrer le succès, même s’il s’agit d’une période
glorieuse de la vie de l’écrivain qui voit se multiplier les collaborations
avec les grandes revues de l’époque. En
1841 Double
assassinat dans la rue Morgue
(The Murders in the Rue Morgue) paraît
dans le Graham’s Magazine. L’histoire
met en scène le détective Auguste Dupin et
son ami qui fait office de narrateur. Ils enquêtent ici sur le meurtre d’abord
inexplicable de deux femmes, retrouvées dans des positions étranges, l’une
encastrée dans le conduit de la cheminée de leur appartement et l’autre
démembré, jeté dans une cour. Un des traits remarquables de la nouvelle est la
polyphonie des témoins qui ne concordent pas sur ce à quoi ils ont assisté. En 1842-43 Le
Mystère de Marie Roget
(The Mystery of Marie Roget) est publié
en trois parties dans le Ladies’
Companion
. On y retrouve Auguste Dupin qui vient en aide à la police dans
une affaire inspirée du meurtre réel de Mary Cecilia Rogers, survenu en 1841 à
New York. La spécificité de l’enquête tient ici à ce que Dupin tire des
conclusions pertinentes d’observations faites uniquement à partir de coupures
de journaux. Les déductions de Dupin sont remarquables de par leur précision
mathématique. Le Chat noir (The Black
Cat
), nouvelle publiée en 1843 dans
le United States Saturday, joue sur l’obsession
d’un homme touchant un chat qu’il a éborgné, et qui, apparemment réincarné, le
pousse indirectement au meurtre à la hache de sa femme. Le Scarabée d’or (The Gold-Bug) paraît la même année dans le Dollar Newspaper. La nouvelle a pour cadre une île au large de la
Caroline du Sud inspirée de l’île Sullivan que Poe avait connue en tant qu’engagé
dans l’armée. Là vit retiré un entomologiste misanthrope, William Legrand, avec
son vieux serviteur nègre Jupiter. Le narrateur-auteur vient y rendre visite à
son ami qui lui apprend qu’il a découvert un étrange scarabée d’or, lequel
devient prétexte à une chasse au trésor dans
laquelle se lancent les trois amis, guidés par les déductions, d’une rigueur toujours
mathématique, de Legrand. Le récit,
qui paraît d’abord invraisemblable, s’éclaircit au gré des explications de
celui-ci.

Le plus célèbre poème de Poe, Le
Corbeau
(The Raven), paraît dans le Evening
Mirror
en 1845 et lui vaut une célébrité instantanée, ce qui ne l’empêchera
pas de vivre une existence misérable par la suite, entre la faillite du Broadway Journal dont il avait réussi à
s’assurer le contrôle et des querelles avec divers collaborateurs, touchant à
des problèmes de boisson et de femmes. Le poème raconte la visite que rend l’oiseau,
après des coups frappés à la porte, au poète en train de méditer sur des livres
de l’antique sagesse pour tenter d’apaiser son deuil de Lénore, la femme aimée.
Pour toute réponse à ses questions, le poète n’obtient du volatile que le
mot : “Nevermore” (« Jamais plus »), qui vient frapper du sceau
de la fatalité et de l’irrémédiable son existence. Les vers reposent sur un
effet sonore frappant, des finales en « -ore ». La pièce est insérée la
même année dans le recueil de poésie Le Corbeau et autres poèmes
figurent par exemple « À quelqu’un au Paradis » (« To One in
Paradise »), autre poème évoquant la femme aimée disparue, avec davantage
de sobriété et de tendresse. Dans « Le Palais hanté » (« The
Haunted Palace »), l’allégorie est évidente : le poète parle de l’âme
humaine rongée par un mal mystérieux. « Le Ver vainqueur »
(« The Conqueror Worm »), fait écho aux contes les plus hallucinés de
Poe. Le cadre en est un gala qui devient un spectacle de folie et d’horreur.
Cette même année de 1845, un peu plus tôt, avait paru le deuxième recueil de
contes de Poe, intitulé simplement Tales. Les contes d’Edgar Poe furent
connus en France grâce aux traductions de Baudelaire,
qui s’acharne à le traduire et le commenter de 1856 à 1865. Ils sont réunis
sous les titres d’Histoires extraordinaires en 1856 et Nouvelles histoires extraordinaires en 1857. Poe s’y montre toujours enclin à rapprocher tous les
événements qu’il évoque aux principes de telle ou telle science. Les histoires
pourraient être qualifiées d’horreur,
de passion et de terreur ; Poe multiplie les visions morbides ou macabres
supplices, immolation, emmurement. Le Démon de la perversité dont se
souviendra Baudelaire dans sa propre poésie repose sur cette pulsion qui pousse
un homme a avoué un crime qui n’a pourtant laissé aucune trace. On retrouve dans
ces textes les thèmes du spiritisme, du vampirisme féminin – assimilé à la
passion, sentiment morbide selon Poe –, du double, de la réincarnation. Dans
certaines histoires les aspects morbides peuvent être mis en veilleuse au
profit d’une attention portée aux paysages, tandis que certains contes se
verraient réunis avec plus de pertinence sous un registre qualifié de grotesque plutôt que macabre. Enfin,
certaines des nouvelles dont il a déjà été question reposent sur le déroulement
de raisonnements logiques, telle La
Lettre volée
. Les contes les plus cruels de Poe furent écrits pendant
la longue maladie de sa femme, qui devait l’emporter en 1847 à vingt-cinq ans,
et qui tourmenta beaucoup l’écrivain. En 1846
Poe avait fait paraître un essai intitulé La Genèse d’un poème (Philosophy
of Composition
), commentaire minutieux de la genèse du
« Corbeau ». Ses portraits sarcastiques des écrivains new-yorkais,
brossés dans The Literati of New York City (1846), lui valent de
nouvelles inimitiés. À partir de 1848,
Edgar Poe va connaître une dégénérescence
physique et mentale
.

 

Avant de mourir en 1849, à
quarante ans, d’une crise de delirium tremens qu’il connaît à Boston, Edgar Poe
a écrit plusieurs de ses plus beaux poèmes, dont « Les Cloches »,
« Eldorado », l’énigmatique « Ulalume », pour lequel aucune
interprétation ne fait consensus. Poe s’est souvent débattu avec des problèmes d’alcool, et a laissé à ses
amis soit l’image d’un gentleman à la tenue parfaite, soit celui d’un fou
parlant seul dans la rue. Sa vie
déréglée
lui aura valu vers la fin la curiosité de ses contemporains.

Critique prolifique, précurseur de la nouvelle
critique américaine pour certains, opposé aux influences européennes, son
testament à cet égard peut être consulté dans l’essai de 1848 Le
Principe poétique
(The Poetic
Principle
). Comme critique, Poe s’est érigé contre toutes les formes du
didactisme et le lyrisme de convention. Le poème devait selon lui être court et
produire sur le lecteur un effet unique et
indéfini, un « sentiment poétique ». En tant que conteur, il était
particulièrement soucieux d’unité :
intrigue, atmosphère et effet devaient être étroitement liés, et il défendait
un symbolisme discret. En lisant ses contes,
il ne faut pas négliger leur dimension
souvent parodique ; on oublie
en effet trop souvent que Poe était aussi un auteur comique. Il se livre régulièrement à une satire des politiciens – Poe était
antidémocrate –, des despotes, poètes, romanciers, journalistes et hommes
d’affaires, pointant les ridicules et autres ambitions mégalomanes qui causent souvent la perte de ses
personnages.

Edgar Poe a inspiré les romans
scientifiques de Jules Verne, mais aussi des œuvres de Stevenson, Conrad et
Masefield. Tempérament inquiet et maladif, inspiré par le rêve dont il a l’imagination
féconde
, s’éloignant des passions communes, Poe a créé un mode dominée par
l’horreur fantastique, qui n’exclut
pas la logique et la lucidité. Pour créer une dialectique entre raison et
déraison, Poe avait pour coutume d’employer un narrateur qui fonctionne comme
un intermédiaire entre l’auteur et son sujet. On sait que Baudelaire a fait énormément pour la postérité de Poe en France,
mais aussi à l’étranger, rendant plus expressif un style relativement plat en
anglais ; il décrivait l’auteur américain comme un « vaste génie
profond comme le ciel et l’enfer », qu’il voyait réaliser ses propres
aspirations. Mallarmé et Valéry poursuivront l’œuvre de
Baudelaire ; et les symbolistes, tout comme certains conteurs réalistes,
les surréalistes mais encore les théoriciens du nouveau roman lui rendront hommage.
Ses textes comme sa vie se sont particulièrement prêtées à l’étude psychanalytique, qui aboutit aux
hypothèses de la folie ou d’une maîtrise artistique supérieure pour les
expliquer.

 

 

« Le corps, déjà grandement
délabré et souillé de sang grumelé, se tenait droit devant les yeux des
spectateurs. Sur sa tête, avec la gueule rouge dilatée et l’œil unique
flamboyant, était perchée la hideuse bête dont l’astuce m’avait induit à
l’assassinat, et dont la voix révélatrice m’avait livré au bourreau. J’avais
muré le monstre dans la tombe ! »

 

Edgar Allan Poe, Le Chat noir, 1843

 

« Pour
moi, la première de toutes les considérations, c’est celle d’un effet à produire. Ayant toujours en
vue l’originalité (car il est traître envers lui-même, celui qui risque de se
passer d’un moyen d’intérêt aussi évident et aussi facile), je me dis, avant
tout : parmi les innombrables effets ou impressions que le cœur,
l’intelligence ou, pour parler plus généralement, l’âme est susceptible de
recevoir, quel est l’unique effet
que je dois choisir dans le cas présent ? Ayant donc fait choix d’un sujet
de roman et d’un vigoureux effet à produire, je cherche s’il vaut mieux le
mettre en lumière par les incidents ou par le ton, — ou par des incidents
vulgaires et un ton particulier, ou par des incidents singuliers et un ton
ordinaire, — ou par une égale singularité de ton et d’incidents ; — et
puis je cherche autour de moi, ou plutôt en moi-même, les combinaisons
d’événements ou de tons qui peuvent être les plus propres à créer l’effet en
question. »

 

Edgar
Allan Poe, La Philosophie de la
composition
, 1846

 

« [Roderick]
était dominé par certaines impressions superstitieuses relatives au manoir
qu’il habitait, et d’où il n’avait pas osé sortir depuis plusieurs années,
relatives à une influence dont il traduisait la force supposée en des termes
trop ténébreux pour être rapportés ici, une influence que quelques
particularités dans la forme même et dans la matière du manoir héréditaire
avaient, par l’usage de la souffrance, disait-il, imprimée sur son esprit, un
effet que le physique des murs gris, des tourelles et de l’étang noirâtre où se
mirait tout le bâtiment, avait à la longue créé sur le moral de son
existence. 
»

 

Edgar Allan Poe, La Chute de la Maison Usher,
1839

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