Le Pays où l'on n'arrive jamais

par

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André Dhôtel

André Dhôtel (1900-1991) est un écrivain
français, romancier, essayiste, poète et conteur. Son œuvre, empreinte de
merveilleux, pleine d’une nature aux aspects magiques, attentive aux moindres
détails du monde et des hommes, est surtout connue à travers son célèbre roman
Le Pays
où l’on n’arrive jamais
.

 

Origines,
formation

 

André Dhôtel naît en 1900
dans les Ardennes à Attigny. Le cadre qu’offre cette région le marque, d’autant
plus que le jeune André reviendra y passer les vacances chez ses
grands-parents, même si la famille déménage pour Autun en 1907 – son père
greffier de paix devient commissaire-priseur à cette occasion. Adepte de
l’école buissonnière, très tôt grand lecteur, il s’intéresse à la nature, à
l’archéologie, à la géologie. Il étudie au lycée Sainte-Barbe à Paris puis
obtient une licence de philosophie en même temps qu’il travaille comme
surveillant avec
Raymond Souplex, futur chansonnier, son
cadet d’un an.

 

Débuts d’homme
de lettres et de professeur, amitiés

 

Pendant son service militaire, André Dhôtel
côtoie les écrivains Marcel Arland, Georges Limbourg et Roger Vitrac. Avec
Arland il fonde la revue Aventure en
1921.

Il devient professeur de philosophie en 1924 à
l’Institut supérieur d’études française d’Athènes. Il y reste quatre ans puis
rentre en France, enseigne à Béthune et commence à publier des textes
poétiques. S’il publie en 1930 chez Gallimard son premier roman, Campements, s’ensuit une décennie de
refus auprès des principaux éditeurs. En outre affecté comme professeur en
province, malgré ses vœux de se rapprocher de la capitale, André Dhôtel souffre
d’une grave dépression nerveuse qui le conduit à être interné.

Son ami Jean Paulhan lui permet de publier à
nouveau à la NRF et paraît en
1943 Le Village pathétique. Le
professeur parvient à se faire nommer à Coulommiers où il enseigne jusqu’en
1961. André Dhôtel publiera désormais environ un roman par an.

Il est pendant plus de vingt ans l’ami du poète
Jean Follain.

 

Thèmes
majeurs, influences, style

 

L’œuvre d’André Dhôtel est
particulièrement remarquable par le surgissement fréquent du merveilleux dans
un quotidien très réaliste par ailleurs, l’atmosphère souvent insolite de ses
récits, l’invitation au rêve, lequel est présenté comme une nécessité. La
nature est très présente dans son œuvre, la terre, la végétation, les fleurs,
avec un goût particulier pour les espaces épargnés par la clôture : les
clairières forestières, la prairie, les paysages lointains envisagés d’un lieu
élevé. Cette communion avec la nature et la coloration fantastique de ses
œuvres où se déploie un monde mystérieux l’affilient d’une certaine façon au
romantisme allemand, de même que la prépondérance de regrets d’un passé et de
la nostalgie d’un ailleurs qui entraîne la quête d’une existence plus proche
des rêves d’enfance que celle qu’offrent les chemins coutumièrement offerts.
Dhôtel s’éloigne cependant des romantiques allemands par une palette de
couleurs plus prompte à peindre le bonheur qu’à verser dans une représentation
tragique du monde.

Arthur Rimbaud, autre
Ardennais célèbre, lui inspirera non seulement certaines images et conceptions
mais aussi trois essais.

André Dhôtel aime à mettre
en scène des personnages menteurs, escrocs, paresseux. Ce sont par ailleurs des
instinctifs, des personnages sans honte, peu attentifs aux conventions morales
ou sociales, et en outre sensibles au merveilleux du quotidien.

Sa connaissance des
philosophes chinois transparaît parfois à travers des influences taoïstes. Son
style simple – Henri Thomas parlait d’une « redoutable simplicité » –
ne bride pas un grand sens poétique. Beaucoup des paysages de ses œuvres
concernent les Ardennes bien sûr, mais aussi la Grèce, connue en tant que professeur
(Ce lieu déshérité, 1949 ; Ma chère âme, 1961 ; L’Île
de la Croix d’Or
, 1979).

 

Regards
sur les œuvres

 

Le roman Le Village pathétique (1943) raconte
l’histoire d’Odile et de Julien qui, rapidement après leur mariage, se
disputant sans cesse, s’apprêtent à divorcer. Ils partent néanmoins pour ce
qu’ils pensent être leurs dernières vacances. À Vaucelles, à mi-chemin de
Chalons et de Charleville, ils finiront par se redécouvrir dans un village où
ils sauront se rendre utiles, en se penchant notamment sur les adductions
d’eau, la botanique, la géologie, dans une région appartenant au Dhôtelland.

Ce lieu déshérité (1949) est un roman ayant pour cadre la Grèce. Le
protagoniste, Iannis Klonaridis, passe au début du récit des années
insouciantes à Nauplie, sur le littoral péloponnésien de la mer Égée. Il a des
aventures avec des filles des ports, puis se déclare à Hélène qui le refuse.
Après un accident tragique qu’il cause, c’est le début de la déchéance pour
lui, et il devient aide-gestionnaire d’une exploitation minière sur une île
misérable, Kouphonisi. Dans un climat de révolte – les insulaires s’opposent à
Sotiros, l’exploitant, doublé d’un brigand – et alors qu’Hélène refait son
apparition, des échappatoires et des possibilités de bonheur vont finalement
être offertes à Iannis, qui devient le héros d’un conte. Le regard de l’auteur
s’attache particulièrement à la terre, à la mer et à des hommes qu’il a bien
connus.

Rimbaud et la Révolte moderne (1952) est l’un des trois essais qu’André Dhôtel a
publiés sur le poète, après L’Œuvre
logique de Rimbaud
, en 1933, et avant La
Vie de Rimbaud
en 1965. Dhôtel y
propose une nouvelle interprétation de l’œuvre rimbaldienne, considérée à
travers le prisme d’une logique de rupture, en envisageant notamment, dans le
processus de vision, l’hiatus infranchissable entre l’objet mort, inexplicable,
et le voyant. Selon l’essayiste, Rimbaud verrait à travers les choses, derrière leur armure ou leur masque, comme en
quête d’une vérité transcendante, confronté qu’il est à des objets et des mots
qui n’offrent d’abord pas de sens, que n’atteignent ni lumière ni vérité.
Dhôtel étudie chez le poète le refus de la résignation devant la perte de la
joie et des désirs sans limites de l’enfance et son corollaire, la
poursuite d’une « révolte logique » ; mais encore la séparation
opérée par Rimbaud entre le monde de son époque qualifié d’ancien, héritier de
coutumes et de croyances du passé, et un monde antique plus conforme à la
logique, plus jeune, « oriental », laquelle implique une
« chute » des civilisations : le gain en confort aurait fait
perdre à l’homme de la vigueur et de la sincérité, mais aussi « une
certaine intelligence de la nature ».

Le Pays où l’on n’arrive jamais (1955), le roman le plus connu d’André Dhôtel,
raconte la quête du « Grand Pays », entre rêverie et vagabondage,
qu’entreprennent Gaspard et Hélène, laquelle part de Lominval dans les
Ardennes. Le jeune garçon aidera Hélène à retrouver sa « maman
Jenny » au cours d’un parcours merveilleux semé de pièges, qui passe à
travers des forêts, les mène jusqu’aux Bermudes, et leur fait rencontrer des
personnages originaux. C’est l’histoire d’êtres en marge non dépourvus de
sagesse et d’un certain sens du bonheur, qualités qui les poussent à converger
vers ce lieu où l’existence qui leur correspond deviendrait possible.
« Autre Grand Meaulnes »,
le roman semble s’adresser de la même façon aux adultes et aux enfants.

La même année La Chronique fabuleuse, recueil de
proses poétiques, livre plus l’art de vivre dhôtelien que son art poétique. Le
Nathanaël gidien devient le jeune Martinien que l’auteur invite davantage à
trouver le bonheur en lui-même et tout près, en observant attentivement la
nature – qui peut révéler une magie –, les animaux – qui accèdent alors au
mythe – et les hommes – jamais exempts de noblesse ni de sagesse –, plutôt
qu’en courant le monde, et ce au fil d’une leçon de choses donnée sur les
sentiers de la campagne ardennaise.

Le Mont Damion (1964) est un roman centré sur un autre personnage qui
semble en marge de la société, Fabien, un cancre attentif aux mille voix du
monde, qu’il n’arrive pas à sélectionner et qui le distraient des chemins
conventionnels que chacun entreprend autour de lui. Il fera un passage à Marval
dans les Ardennes chez sa grand-mère, s’essaiera à la tonnellerie, à
l’épicerie, à la vannerie, sans succès. Il reste attentif aux signes, s’attend
toujours à ce qu’un mystère lui soit révélé. Son chemin le mène sur les pentes
du Mont Damion et à travers la France puis l’Angleterre. Le récit, sobre, a
cependant un fort pouvoir de suggestion.

Pays natal (1966) au
contraire s’attache d’abord à un de ces jeunes gens qu’on dit « promis à
un bel avenir », Félix, parfaitement intégré socialement et
professionnellement, qui va finir par rejoindre les marges, où il a pour
cicérone un ami d’enfance ayant « mal tourné ». C’est donc une autre
histoire qu’il devra s’atteler à écrire pour sa vie.

Le Soleil du désert (1973), qui voisine avec Le Pays où l’on n’arrive jamais, mais encore avec Le Grand Meaulnes et Le Petit Prince, de par son écriture
poétique, onirique, et le thème de l’errance, raconte l’histoire d’un
adolescent de quinze ans, Jonas, qui se réveille dans divers endroits propices
à vivre des aventures étranges, au cours desquelles réapparaît plusieurs fois
la belle Suzannah.

 

Distinctions

 

André Dhôtel remporte le prix Femina en 1955
pour Le Pays où l’on n’arrive jamais,
et entre autres récompenses il est distingué en 1974 par le Grand prix de
littérature de l’Académie française, qui vient couronner l’ensemble de son
œuvre, et l’année suivante par le grand prix national des Lettres, dont la
précédente lauréate était Marguerite Yourcenar.

 

Postérité

 

Outre son fidèle ami Jean
Paulhan, Christian Bobin, Jean-Claude Pirotte et Philippe Jaccottet figurent
parmi ses admirateurs. Bobin écrit à son sujet : « L’écriture de
Dhôtel, c’est comme les lucioles : quand c’est dans les fossés ça brille, mais
quand on les prend dans la main pour les montrer, il n’y a plus rien. »

Au début du XXIe
siècle, si Dhôtel est peu lu, certains de ses textes sont encore proposés aux
étudiants dans les collèges.

 

André Dhôtel meurt à Paris en 1991 et repose à
Provins.

 

« Au
village de Bergeloup, quand on joue aux billes sur le pavé, les billes tintent
d’une façon extraordinaire. Elles chantent véritablement.

Si l’on
parle dans la rue, la voix résonne comme au creux d’une vaste caverne.
Lorsqu’un enfant court, on croirait un petit cheval lancé au galop.

Dès qu’on
n’entend plus rien, le silence vous entre dans les oreilles et vous tombe sur
le dos. Alors on n’ose plus bouger, et on a l’idée que quelqu’un vous guette.

C’est que
le village de Bergeloup s’élève dans la profondeur de la forêt. Entre les
maisons et la lisière, il y a seulement, par endroits, l’intervalle de quelques
jardins. »

 

André Dhôtel, Les Lumières de la
forêt
, 1964

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