Le Pays où l'on n'arrive jamais

par

L’aventure

A) L’initiation au voyage

 

         L’élément déclencheur de la série de péripéties et dedécouvertes est la rencontre entre Gaspard, le héros, et Hélène, personnage nonmoins important. Sans cette rencontre, Gaspard aurait connu une vie routinièreet monotone. André Dhôtel commence son aventure par une mission que le héros del’histoire se doit d’accomplir : aider Hélène à retrouver ses origines.

« Si tu veuxdécouvrir ce que tu cherches, Gaspard, tu dois tâcher de lire les signes qu’ily a dans les choses. Observe ces jardins, ces parcs, avec des massifs defleurs, les carrefours des chemins. Peu de personnes les connaissent et ontl’occasion d’en parler. Le pays d’Hélène t’apparaîtra peut-être dans un de ceslieux inconnus dont il y a des milliers par nos contrées. »

Gaspard commence par aiderHélène à se cacher, celle-ci fuyant les méchants Drapeur et Parpoil, mais :« Jusqu’où ira Gaspard, le petit forain, enfant épris d’aventure et conquispar celle que lui propose son étrange compagnon ? » Même si cette premièretentative échoue, puisqu’Hélène est retrouvée, Gaspard n’attendra pas longtempsavant de se laisser surprendre par un évènement inattendu : se promenantdans la forêt, il se laisse transporter à dos de cheval – un cheval pie quil’emmène dans une course folle à travers les bois jusqu’au village de Fumay.Ici, le romancier transcende l’idée de voyage et l’embellit en la ceignantd’une atmosphère merveilleuse : « Ily a peut-être des lieux où l’on se trouve soudain comme dans le ciel ».

En d’autres termes, il nes’agit pas d’un simple voyage ; l’aventure a lieu dans un climat d’emportementet de rêve dont tout enfant se réjouirait. Les enfants finiront d’ailleurs parretrouver leurs vrais parents, en se laissant porter à nouveau par l’aventureet le hasard – comme dans un rêve.

         Les nombreuses rencontres, comme celle de Niklaas et de sesdeux fils entre autres, vont permettre à Gaspard d’arriver à Anvers. Là, cen’est plus le cheval pie qui l’attend mais un yacht amarré sur l’Escaut.Sachant qu’Hélène s’y trouve, il monte à bord du bateau sans hésitation, sansse rendre compte que celui-ci part vers les Bermudes.

         Les obstacles de Drapeur et Parpoil qui entravent le bondéroulement de la mission de Gaspard font bel et bien partie del’aventure : « Les trois garçons, après avoir culbuté sur lespierres et s’être embarrassés au milieu des ronces, parvinrent à une trouéequ’ils franchirent ». L’aventure est pleine de risques et de pièges quele héros, intrépide, a le courage de surmonter. Un des pièges marquants dansl’histoire est celui du mystérieux château que Hélène recherchait et qu’ellepense avoir enfin retrouvé avant que Gaspard, son sauveur, ne l’avertisse qu’ilne s’agit que d’un coup monté de son père adoptif.

 

         B) L’aventure, c’est aussi la liberté

 

         Écrivain de l’après-guerre, prônant la liberté, André Dhôtelmontre bien que les deux jeunes adolescents vivent dans un monde clos dont laseule issue est l’évasion : « Leur seule idée, c’étaitd’échapper à la prison de la forêt ». Même si sa tante lui procure unevie agréable et bien plus ordonnée que celle que lui auraient procurée sespropres parents, Gaspard finit par se lasser de ce cocon bien établi et ressentle besoin de s’évader, de se laisser guider par le souhait profond de retrouverses parents, aussi extravagants et désorganisés soient-ils. Quant à Hélène,apprenant un jour que Drapeur n’est pas son vrai père, elle fait ce qui est enson pouvoir pour retrouver sa vraie famille, fuguant à de nombreuses reprises. Ainsi,tous deux, se trouvant dans la même situation, veulent s’échapper de leurs nidsrespectifs, qui sont à la fois clos et faux. En s’évadant, ils se retrouventlibrement transportés d’un emplacement à un autre, leurs déplacements étantriches en rencontres et découvertes vers un ailleurs toujours aussi splendideque le précédent.

         Le merveilleux est un aspect qui permet la survenued’événements plus surprenants et plus inattendus, et qui rend donc l’aventureplus excitante ; il encourage entre outre l’évasion et la liberté, en ouvrantdes fenêtres sur un paysage différent du monde habituel, déjà éprouvé. Lecheval mystérieux, fougueux et sauvage, qui apparaît quand il le souhaite etemporte chaque fois le jeune héros vers de nouvelles aventures, peutcertainement se lire comme une métaphore de l’écriture romanesque fabuleuse deDhôtel : « Le cheval fonçait entre les hautes futaies en dehors detout sentier, et à partir de ce moment, il prit une telle allure que Gaspard secrut vraiment transporté dans un autre monde ». Le cheval pie quitransporte les deux enfants vers un ailleurs, vers la liberté, est un élémentcharnière du monde merveilleux dhôtelien, qui n’est d’ailleurs pas sans rappelerd’autres romans comme Les Aventures d’Alice au pays des merveilles.

Par ailleurs, le châteauimaginaire qu’Hélène aimerait tant retrouver est un autre élément qui accentuel’aspect merveilleux et donc l’inclination à se laisser rêver du jeune lecteur.Le château inexistant et le grand pays où les deux jeunes aventuriers n’arriverontjamais est une astuce de la part du romancier, qui laisse ainsi le roman ouvertsur l’infinie liberté représentée par la quête éternelle de nos héros. Comme ledit si bien l’auteur dans La Chronique fabuleuse : « avantde nous promener sur les routes, […] il faut nous envelopper d’éternel. »

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