Le portrait de Mr W.H.

par

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Oscar Wilde

Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, connu sous le
nom d’
Oscar Wilde, est un
écrivain irlandais né en 1854 à Dublin. Sa mère est une nationaliste irlandaise férue de
poésie, qui versifiait elle-même, lançant des appels aux armes à ses
compatriotes, et elle transmit à son fils sa passion. Son père est un
chirurgien et philanthrope renommé qui sera fait chevalier ; lui aussi
lettré, il écrit sur l’archéologie irlandaise et le folklore de la paysannerie.
Oscar, prénommé d’après son parrain le roi de Suède Oscar II que le père avait
soigné, était le deuxième enfant des trois qu’eut le couple, mais le cinquième
enfant du père. Il fut longtemps travesti
en fille
par sa mère, qui aurait voulu une fille au lieu d’un deuxième
fils. Le foyer des Wilde accueille régulièrement des personnalités de la vie culturelle. Dès le plus jeune âge,
Oscar apprend le français auprès de
sa bonne et l’allemand avec sa
gouvernante. Des procès marquent déjà sa jeunesse, celui qui mit fin aux
activités poétiques et militantes de sa mère, et celui, humiliant, qui provoqua
la déchéance de son père, après les accusations d’une maîtresse abandonnée.

Il acquiert une culture classique au Trinity College de
Dublin de 1871 à 1874. Il y développe un intérêt pour la littérature grecque et devient membre de la University
Philosophical Society où il participe à des débats intellectuels et
artistiques. Son esthétisme commence
à s’y affirmer et lui vaut d’être gentiment moqué par ses condisciples.
Élève particulièrement brillant, il intègre le prestigieux Magdalen College à Oxford
où il étudie la culture antique de 1874 à 1878. À cette période il adhère à une loge maçonnique et pense à se
convertir du protestantisme au catholicisme, mais renonce au dernier moment le
jour de son baptême. Son goût pour l’esthétisme et le décadentisme – inspiré des auteurs français –, qui transparaît dans
son apparence et sa façon de s’exprimer, gagne en renommée. Une de ses
déclarations –
I find it harder and harder every day to live up to my blue
china”

(« 
Il m’est de plus en plus
dur chaque jour de me montrer digne de ma porcelaine de Chine bleue »)
– devient un slogan
pour les esthètes et un lazzi dans la bouche de leurs opposants. Le jeune homme
montre alors une certaine désinvolture
dans son attitude et revenant en retard d’un voyage en Grèce avec le professeur
Mahaffy, qui fut pour beaucoup dans le développement de son goût pour la
culture grecque, il se voit exclu un trimestre. Pendant sa troisième année,
l’ouvrage Studies in the History of the
Renaissance
exerce une profonde influence sur lui. L’auteur, Walter Pater,
peu connu, place la sensibilité de l’homme et la beauté au-dessus de tout et
invite à vivre pleinement chaque moment. Si Pater accentue de beaucoup son
engouement pour l’art, c’est John Ruskin
qui fournit une assise idéologique et morale à ce penchant, lui assignant pour
but l’amélioration de la société. En 1878 il remporte le prix Newdigate,
délivré par l’université d’Oxford, avec son poème « Ravenna »,
évoquant sa visite de la ville italienne. Malgré sa réputation de « mauvais garçon », Wilde conclut
brillamment son cursus à Oxford, étonnant ses professeurs.

En 1881, Wilde réunit ses poèmes, pour partie déjà parus dans des
magazines depuis son entrée au Trinity College, dans un recueil simplement intitulé
Poems,
d’une luxueuse édition ; il est bien reçu par la critique et le public.
L’année suivante, parti pour quatre mois donner des conférences aux États-Unis,
il y reste finalement un an en raison de leur succès ; son esthétisme lui vaut cependant bien des critiques
dans la presse tandis que les salons à
la mode
se l’arrachent. En 1883
il habite un temps à Paris, retourne à New York pour la production de sa première pièce, Vera, refusée à Londres.
Recevant un accueil mitigé de la critique elle tombe rapidement. Il se marie en
1884 à la fille d’un riche conseiller de la reine ; il aura d’elle deux
enfants. Il aurait été initié à l’homosexualité,
après la naissance de son deuxième fils, par le jeune Robert Ross (1869-1918), de quinze ans son cadet. Wilde commence à
collaborer avec des journaux en 1885. Il y partage son point de vue sur
l’art et la littérature, et soutient la cause des nationalistes irlandais à la
suite de ses parents. En 1887 et
jusqu’en 1889 il devient le rédacteur en chef du magazine The Lady’s World, renommé The Woman’s World, mêlant des articles
sur l’éducation, la politique, la culture, les arts, et des fictions pour les
femmes et les enfants.

En 1888 Wilde
fait paraître Le Prince heureux et
autres contes

(The Happy Prince and Other Stories), un recueil de cinq histoires où se
fait sentir l’influence des symbolistes
français
. Dans la nouvelle éponyme, une hirondelle aide la statue d’un
prince, lequel n’a connu de son vivant que le bonheur, à secourir les hommes
dont il ne découvre qu’à présent la douleur, en se dépouillant pour eux de l’or
et des pierreries qui recouvrent le monument. Deux autres nouveaux recueils
paraissent en 1891, annus
mirabilis
de la production wildienne. Dans la nouvelle qui donne son
titre au premier,
Le Crime
de Lord Arthur Saville
et
autres contes
, qui réunit des textes déjà
parus en 1887,
un lord auquel un
chiromancien a prédit qu’il serait un assassin tente de se débarrasser du crime
auquel il est prédestiné avant son mariage, qu’il souhaite préserver de cette
tache. Dans
Le Portrait de Mr. W. H. (The Portrait of
M. W. H.
) qui date de 1889 et clôt
le recueil, Wilde, inspiré par une véritable théorie, raconte, mêlant fiction et essai, la quête à laquelle se livre le protagoniste du mystérieux
dédicataire des sonnets de Shakespeare, un certain Mr. W. H. Le
troisième recueil, Une maison de
grenades
(A House of Pomegranates), comprend quatre histoires,
toujours dans la veine du symbolisme français, où se fait jour le goût du macabre et l’ironie wildienne derrière des histoires
délicates et précieuses. Wilde a aussi réuni ses divers essais parus dans les
journaux littéraires et intellectuels du temps dans des ouvrages comme L’Âme
de l’homme
sous le socialisme (The Soul of Man under Socialism) et Intentions qui paraissent aussi en 1891. Dans ces
textes, politique pour le premier, de théorie esthétique pour le second, le
style de Wilde se distingue par son esprit
et ses bons mots. Il y privilégie
souvent la forme du dialogue et ses
talents de conférencier s’y font sentir de par leur dimension orale. Il y défend un certain individualisme au sein de sa pensée socialiste, chaque homme devant
pouvoir se réaliser dans l’art une fois que les machines auront allégé son
labeur. Toujours en 1891 paraît en volume, après une prépublication dans une
revue américaine,
Le
Portrait de Dorian Gray
(The Picture of Dorian Gray), l’unique roman de Wilde, histoire des
conséquences du pacte faustien passé
par le beau Dorian Gray, esthète cultivant les plaisirs, dont seul le portrait
réalisé par un ami vieillira désormais, quand lui conservera les traits de sa
jeunesse. L’art chez Wilde transfigure la vie – ici le portrait absorbe les
dommages engendrés par l’hédonisme de son modèle – ; la conception qu’il
s’en fait s’inscrit en réaction à celle de l’ère victorienne qui voulait en
faire simplement un instrument didactique, quand chez l’écrivain il doit guider
la vie vers la beauté comme s’il s’agissait de son seul objet. À sa publication
en revue l’auteur doit affronter les critiques relevant la décadence de l’œuvre et ses allusions
homosexuelles 
; on en parle même comme d’un poison. Le volume qui
paraît en 1891 est allégé par Wilde de certains passages qui avaient fait
scandale. Parmi les influences de Wilde, outre Gœthe, figurent La Peau de chagrin de Balzac et la
nouvelle Le Portrait ovale de Poe. À
la fin de l’année Wilde retourne à Paris
en tant qu’écrivain reconnu et fréquente les mardis de Mallarmé parmi d’autres
salons littéraires.

Deux pièces écrites dans
les années 1880 n’avaient pas rencontré le succès, et Wilde retourne au théâtre avec Salomé, écrite à Paris, en
français, à l’intention de Sarah Bernhardt, dont la cruauté comme la couleur
sont inspirées du conte de Flaubert Hérodias.
Publiée en 1893, la pièce ne sera
jouée à Paris qu’en 1896. La pièce L’Éventail de Lady Windermere (Lady Windermere’s Fan) est en revanche
jouée dès 1892 puis publiée l’année
suivante. Wilde a abandonné le théâtre élisabéthain et celui d’Hugo qui
l’inspiraient et sa façon devient plus proche de celle du théâtre français
contemporain. L’objet signalé par le titre de la pièce se trouve au centre
d’une affaire d’infidélité évitée. Le cadre est celui de la société élégante de
Londres et Wilde souhaite ici illustrer la force
du sentiment
en dépit de la rigidité
des codes du puritanisme
. Si la pièce devient populaire, les critiques des conservateurs vont bon train. En 1893, une autre comédie victorienne, Une
femme sans importance
(A Woman of No Importance), est jouée. À
nouveau la souplesse du sentiment triomphe d’un puritanisme étroit après qu’une
femme avoue à son fils, sur le tard, qu’il est né d’une union illégitime. La
pièce
Un mari idéal (An Ideal Husband) est jouée début 1895. Ici Wilde fait intervenir un lord
philosophe pour réconcilier un couple sur le point de se séparer après la
révélation faite à l’épouse de l’origine frauduleuse de la fortune du mari. À
nouveau le dramaturge prône une attitude de tolérance pour assouplir les rapports humains. Dans ces dernières pièces
Wilde manie l’ironie avec habileté,
multiplie les aphorismes et fait
preuve d’un puissant sens du paradoxe.
La dernière pièce de Wilde,
L’Importance d’être
constant

(The Importance of Being Earnest),
est jouée la même année. L’atmosphère en est très gaie ; considérée comme son chef-d’œuvre, elle fera l’unanimité en sa faveur. Wilde y multiplie
les jeux de mots, et ce dès le
titre. L’intrigue tourne autour de deux amis qui s’inventent des identités et
s’avèrent finalement être frères. Mais après ce triomphe Wilde allait connaître
la chute. En 1891, il avait fait la connaissance d’Alfred Douglas (1870-1945), alors étudiant à Oxford. En 1893, ils
entretenaient une relation sentimentale et le jeune homme introduisait
l’écrivain au monde des prostitués
londoniens
. Le père d’Alfred, le marquis de Queensberry, après plusieurs
incidents, donna l’occasion à Wilde de lui intenter un procès en diffamation.
Des détectives sont engagés pour prouver les activités de sodomite de
l’écrivain ; quand on annonce que des prostitués s’apprêtent à témoigner,
Wilde abandonne ses poursuites. Dès lors, l’écrivain apparaît coupable d’acte
de sodomie et d’outrage à la pudeur ;
on lui propose de fuir en France mais il se laisse emprisonner. À l’issue d’un
nouveau procès, dont il est cette fois l’accusé, il est condamné à deux ans de
travaux forcés.

En
prison, Wilde supporte très mal les
conditions de vie. Un jour, en s’évanouissant, il se crève un tympan, blessure
qui causera peut-être sa mort cinq ans plus tard. Pendant son incarcération il
écrit une longue lettre de
50 000 mots à Douglas, où il
jette un regard rétrospectif sur sa vie, relève les fautes de son ami et les
siennes, avant de terminer sur un pardon. Elle paraîtra partiellement sous le
titre De profundis en 1905,
puis dans son intégralité en 1962 dans un volume de lettres. Sorti de prison en
1897 et se sentant sujet d’un renouveau spirituel, il fait une
demande de retraite de six mois à la Compagnie de Jésus, qui n’aboutit pas. Il
s’exile alors sur le continent. À Berneval-le-Grand (Seine-Maritime) où il se
trouve avec Robert Ross, il écrit en
1897 La Ballade de la geôle de Reading (The
Ballad of Reading Gaol
), du nom de sa dernière prison, un poème publié
l’année suivante. Wilde y évoque les conditions
déplorables en prison
, montrant de l’empathie pour tous les prisonniers,
ces hommes martyrisés par leurs frères. Il parle de la psychologie du condamné
et met en outre en opposition les jugements obtus de l’homme et la miséricorde divine. Wilde dédicace son poème
à
Charles Thomas Wooldridge, un homme qui avait été
exécuté pour le meurtre de sa femme. Wilde retrouve Douglas à Rouen dès 1897 et
habite quelques mois à Naples avec lui avant que leurs familles les menacent de
couper leur aide financière. Il connaît ensuite la pauvreté à Paris où il
réside à l’Hôtel d’Alsace dans une chambre miteuse. Il n’a plus goût à
l’écriture.

 

Oscar Wilde y meurt en 1900 à 46 ans
d’une méningite, peu après avoir été baptisé, peut-être des suites de sa
blessure au tympan en prison. Il conserve l’image d’un écrivain sulfureux, d’un dandy peu avare en bons mots et aphorismes, souvent cynique, figure principale du mouvement
de l’esthétisme, qui sévit entre
1860 et 1900 en Angleterre, en réaction aux rigidités de la société bourgeoise,
qui soutient des œuvres porteuses d’un discours didactique ou moralisateur, et au
matérialisme de l’âge industriel. Dans ses œuvres les femmes ont un rôle fort ; les hommes sont plus effacés. Le thème du masque, du travestissement les
parcourt. Victime de la société puritaine qu’il dénonçait, l’homme comme
l’écrivain durent répondre d’accusations
d’immoralité
, et son œuvre demeure un témoignage de révolte contre l’hypocrisie et l’intransigeance des hommes à
l’époque victorienne, exemple historique particulier d’une violence que l’on peut
retrouver, parfois plus voilée, de façon universelle.

 

 

« “L’amour
qui n’ose pas dire son nom” est en ce siècle l’affection portée par un homme
mûr à un jeune homme, telle l’affection entre David et Jonathan, telle celle
qui sous-tend la philosophie de Platon ou encore celle que l’on retrouve dans
les sonnets de Michel-Ange et de Shakespeare. Il s’agit d’une affection
profonde et spirituelle, aussi pure que parfaite. […] Elle est mal comprise
en ce siècle, à un tel point qu’elle doit être décrite comme “l’amour qui n’ose
pas dire son nom”, et pour cette raison je me retrouve où je suis en ce moment.
Il s’agit de quelque chose de beau, de bien, de la plus noble forme d’affection
qui soit. Il n’y a là rien de contrenature. C’est intellectuel et ça existe en
plusieurs occasions entre un homme mûr et un jeune homme, le plus âgé ayant
l’intelligence et le plus jeune ayant la joie, l’espoir et le charme de la vie
devant lui… Le monde s’en moque et va même parfois jusqu’à clouer un homme au
pilori pour cette affection. »

 

““The
love that dare not speak its name” in this century is such a great
affection of an elder for a younger man as there was between David and
Jonathan, such as Plato made the very basis of his philosophy, and such as you
find in the sonnets of Michelangelo and Shakespeare. It is that deep spiritual
affection that is as pure as it is perfect. […]
It is in this century misunderstood, so much
misunderstood that it may be described as “the love that dare not speak its
name”, and on that account of it I am placed where I am now. It is beautiful,
it is fine, it is the noblest form of affection. There is nothing unnatural
about it. It is intellectual, and it repeatedly exists between an older and a
younger man, when the older man has intellect, and the younger man has all the
joy, hope and glamour of life before him. That it should be so, the world does
not understand. The world mocks at it, and sometimes puts one in the pillory
for it.”

 

Oscar Wilde lors des
poursuites judiciaires de 1895, quand on lui demande ce que signifie “the love that dare not speak its name”
évoqué dans un poème d’Alfred Douglas.

 

« Il y a toujours
quelque chose de ridicule dans les émotions de ceux que nous avons cessé
d’aimer. »

There is always something ridiculous about the emotions of
people whom one has ceased to love.”

 

« Un livre n’est point
moral ou immoral. Il est bien ou mal écrit. C’est tout. »

“There
is no such thing as a moral or an immoral book. Books are well written, or
badly written. That is all.”

 

« Tout portrait peint avec sentiment est un
portrait de l’artiste, non du modèle.

Every portrait that is
painted with feeling is a portrait of the artist, not of the sitter.”

 

« Aujourd’hui,
chacun sait le prix de toutes choses, et nul ne connaît la valeur de quoi que
ce soit. »

“Nowadays people know the price of everything, and
the value of nothing.”

 

Oscar Wilde, Le
Portrait de Dorian Gray
, 1891

 

« L’expérience
est le nom que chacun donne à ses erreurs. »

“Experience is the name everyone gives to their
mistakes.”

 

« Je
pense que la vie est une chose trop importante pour en parler
sérieusement. »

I
think life is far too important a thing ever to talk seriously about it.”

 

Oscar Wilde, L’Éventail
de Lady Windermere
, 1892

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