Le prince

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Résumé

Le Prince est le manuel politique par excellence. Livre dechevet de tous les grands monarques et meneurs depuis sa parution en italien en1532, très vite traduit dans toutes les langues européennes, diffusé à unelarge échelle grâce à l’imprimerie, il contient la quintessence de la penséepolitique de celui qui veut obtenir le pouvoir, s’y maintenir et gouverner sesétats selon l’ordre et une certaine forme de justice.

Il est l’œuvre de Nicolas Machiavel, nobleflorentin né en 1469. Machiavel est un fonctionnaire, un grand commis d’État auservice de la république de Florence qui l’emploie. Sa charge lui permet de visiter,pendant quinze ans, les États indépendants qui forment l’Italie du XVesiècle et de découvrir d’autres puissances du temps. Il acquiert à cette occasionconnaissances et expérience qu’il met au service de sa ville natale. C’estl’époque où Florence illumine l’Europe par son art et son raffinement, maisc’est aussi un temps de querelles politiques intestines entre les grandesfamilles nobles de la ville, qui amènent à l’instauration d’une monarchie en1512, sous la coupe de la famille des Médicis. Machiavel est bientôt déchu deses fonctions, arrêté, torturé puis assigné à résidence dans ses terres prochesde la ville. C’est là qu’il rédige Le Prince entre juillet et décembre1513.

L’ouvrage est-il une tentative pour rentrer engrâce ? On le dit. Il est dédié au petit-fils de Laurent de Médicis,surnommé le Magnifique, appelé Laurent lui aussi. Cependant, sa lecture révèlequ’il est bien autre chose que l’ouvrage d’un courtisan flagorneur. Ce n’estpas non plus l’œuvre moralisatrice d’un penseur qui chercherait à guider sonprince sur les chemins de la vertu. Il n’est pas davantage le manuel du parfaittyran cruel pour asservir son peuple. Dans Le Prince, Machiavel analysefroidement, objectivement, avec une totale lucidité et un détachement absolu,ce qui fait les princes et les monarques : le désir de pouvoir, et l’usagepragmatique que l’on doit faire de ce pouvoir pour rester à la tête de l’État.Cynique ou pragmatique, Machiavel signe avec Le Prince un texte d’unestupéfiante intelligence qui est demeuré d’actualité depuis un demi-millénaire.

 

Tout au long des 26 chapitres qui composent lelivre, Machiavel dissèque la fonction du prince avec une froideur chirurgicale.Il évoque d’abord les différents types de principauté, héréditaires ou mixtes,et les moyens de les acquérir. En ce qui concerne l’accession au pouvoir, onpeut user d’habileté ou de force, ou l’on peut être servi par une heureuse fortune,nous dirions aujourd’hui un heureux hasard. Ce qui importe ensuite, c’est deconserver la place aux rênes de l’État. Le rôle de l’Église, omniprésente àcette époque car elle était une puissance morale mais également temporelle, estaussi évoqué. Bien évidemment, la noblesse et ses motivations tiennent uneplace de choix dans les analyses de Machiavel, mais c’est le peuple qui doittenir le premier rang dans les réflexions du prince.

En effet, Machiavel considère qu’un princesouverain ne peut demeurer au sommet que si le peuple – marchands, bourgeois etpetites gens – le soutient. Or, pour cela, le prince ne doit pas déplaire, souspeine de faire lever un vent d’opposition que seule une féroce répressioncalmera, et cela ne sied pas à un prince efficace. Donc, Machiavel décrit leprince comme celui qui saura plaire au peuple en donnant l’image que celui-ciattend : juste, ferme, solide, animé par des principes voire des idéaux.Mais Machiavel parle bien d’image, et non de réalité : le prince peut bienêtre en fait l’être le plus menteur, le plus débauché qui soit, pourvu qu’ildonne de lui une image qui le fasse aimer et craindre, qui est celle que lepeuple attend. Le prince ne doit être ni méprisé ni haï.

Machiavel ne laisse aucun aspect de lafonction souveraine dans l’ombre : générosité, justice, courtisans,forteresses, flatteurs, et bien évidemment secrétaires et ministres, tous sontpassés au crible de l’analyse du noble florentin qui connaît parfaitement lesrouages du pouvoir. La cruauté et la clémence sont également évoquées, etMachiavel n’hésite pas à écrire qu’un prince efficace, s’il doit savoir semontrer clément, ne doit pas hésiter à user de fermeté voire de brutalitéphysique si nécessaire.

Il termine par une analyse remarquable de ce quepourrait être une péninsule italienne non plus morcelée en une multitude d’Étatsrivaux, comme elle l’était au quattrocento le XVe siècle – mais unie sous la féruled’un prince éclairé et froid, animé du seul désir de voir fonctionner son État,loin des questions parasites comme les idéaux, l’idéologie ou la morale.

 

Il est peu dire que Le Prince adéchaîné passions et polémiques. Éloge de la raison politique selon les uns,pamphlet républicain selon d’autres, ouvrage cynique et amoral disent ses plus virulentscritiques, il a été et demeure l’ouvrage capital dont la lecture estindispensable pour pénétrer les arcanes du pouvoir politique. Tous les grandsautocrates, tous les grands meneurs, tous les grands souverains, de Frédéric dePrusse à Napoléon Ier, ont nourri leur réflexion personnelle decelle de ce noble florentin, fonctionnaire dévoué d’une république disparue,torturé car il n’avait pas servi le bon maître, exilé dans son domaine rural.Qu’on imagine ce quadragénaire, à l’âge déjà avancé en ce temps, qu’on pourraitsupposer amer et brisé, assis à son écritoire et rédigeant, dans la douceur dela campagne toscane, un livre majeur qui allait influencer durablement la vieet la pensée de ceux qui gouvernent : les princes.

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