Le Roman de Renart

par

L’autorité du clergé

À l’époque féodale, l’autre pouvoir aussi absolu que l’autorité monarchique est le pouvoir du clergé. Le Roman de Renart s’attaque également avec le même humour au clergé. A diverses occasions, les personnages du livre font la rencontre de membres du clergé et à chaque fois, ces prêtres font preuve soit de faiblesse de caractère, soit de bêtise. Mais ils sont invariablement les victimes des mauvais tours de Renart et de ses compères.

« … et chemin faisant, ils riaient de bon cœur, Primaut surtout, de la sottise du Prouvère, qui avait pu donner une si bonne bête pour quelques habits. »

On n’a alors aucun mal à percevoir le manque de déférence envers les membres du clergé, mais aussi l’absence de référence à Dieu dans l’œuvre et le manque de respect envers la fonction cléricale. Pour des contes du Moyen-Âge, il est rare qu’il n’y ait aucune référence à la figure divine. De même les agissements des personnages démontrent qu’ils ne se soucient aucunement du salut d’une quelconque âme. Et quand ils invoquent le Saint-Esprit ou des Saints, c’est sans la moindre sincérité.

On verra comment Renart abusera son compère ivre en le faisant entrer dans une église pour y faire dire la messe après avoir revêtu les habits de l’office de prêtre ; comment il abandonnera ce dernier à la vengeance du prêtre et de ses ouailles ; et enfin comment il le conduira à sa perte après avoir juré qu’il ne lui voulait aucun mal.

Le Roman de Renart se distingue des autres contes d’alors par cette absence d’intervention divine et de référence à l’âme et à son salut. Les seules instances dans lesquelles le souvenir de certains saints est invoqué ne servent qu’à faire gagner en malices les ruses de Renart. Plus encore, il y a un dédain absolu pour la fonction cléricale dans les contes. Ainsi les auteurs n’hésitent pas à faire porter à des animaux la chasuble de prêtre et à leur faire dire une parodie de messe.

« Primaut, la chasuble sur le dos, monte à l’autel, ouvre le missel, tourne et retourne les feuillets ; il pousse des hurlements qu’il regarde comme autant de traits mélodieux. ».

Somme toute, le Roman de Renart tourne en ridicule l’ensemble des autorités les plus puissantes du Moyen-Âge européen. Et même s’il ne fait pas des vilains des personnages plus nobles, il s’abstient de faire un portrait d’eux aussi peu flatteur que celui qui est fait de la noblesse et du clergé. On comprend alors comment cette œuvre écrite a connu une telle diffusion, grâce à la tradition orale, à une époque où la plupart de la population ne savait pas lire.

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