Le Roman de Renart

par

Les torts de l’âge féodal

Dans le Roman de Renart, tous les personnages principaux sont des animaux et ils sont tous membres de la noblesse. Ce recueil de contes est un reflet de son temps et à ce titre la hiérarchie sociale entre ces nobles animaux dotés de parole et les serfs ou vilains d’alors est respectée dans une certaine mesure. Ces rapports sont altérés par le fait que malgré leur noblesse, les animaux sauvages des contes restent des menaces aux yeux des vilains, même si ces mêmes animaux les considèrent comme étant supérieurs aux humains qu’ils rencontrent.

Ainsi, Renart le goupil (renard) est un chevalier qui habite dans le château de Maupertuis. Il a, à l’image de tout membre de la noblesse, des liens de parenté avec les autres membres de la noblesse tels que Ysengrin le loup, son oncle et rival éternel.

La première branche du recueil relate comment dans son enfance, Renart vole à son oncle des bacons qu’il convoitait. On voit comment le personnage fait preuve de fourberie avant le forfait pour se soustraire à d’éventuelles représailles. Les autres branches sont construites selon le même modèle. On y voit Renart s’attaquer ensuite à Chanteclerc, à Berton, à Tiecelin et bien d’autres personnages avec plus ou moins de succès. Car, même s’il a souvent la ruse nécessaire pour avoir le dessus sur ses victimes, il n’est pas imperméable à cette même ruse. C’est ainsi qu’il sera tourné en ridicule par la Mésange, par Tybert ou par Noiret.

Et bien que Renart fasse de la ruse son meilleur outil, il ne pardonne pas à d’autres de s’en servir contre lui. C’est ce qui explique la rancune qu’il manifeste envers Primaut et qui conduira à la perte de ce dernier.

Les contes s’attaquent à la supériorité présumée de la noblesse en faisant de Renart un personnage malfaisant et sournois qui n’hésite pas à rechercher la perte des autres animaux nobles par pure malice et qui n’a le dessus sur les vilains dans leurs rencontres que grâce à la ruse et la chance. Mais, il lui arrive tout autant d’être victime de sa propre ruse ou de celle des autres et de faire preuve de bêtise et d’imprudence. Il en est de même d’Ysengrin, de Primaut ou des membres du clergé représentés dans les contes qui tombent fréquemment dans les pièges que leur tend le renard.

« Les voilà faisant route chacun sur son cheval (car notre poète fait volontiers voyager ses héros comme nobles gens de guerres) ; en apparence les meilleurs amis du monde, mais au fond disposés à s’aider de la trahison dès que l’occasion s’en présentera. »

Et même s’il arrive aux personnages d’éprouver du remord lorsqu’ils se font du tort les uns aux autres, jamais ils n’éprouvent la moindre contrition par rapport au mal qu’ils font aux vilains qu’ils volent ou qu’ils blessent, car ils estiment qu’il est dans l’ordre normal des choses qu’ils aient le dessus sur les moins fortunés.

Ainsi le Roman de Renart s’emploie à montrer les querelles intestines omniprésentes dans la noblesse et la mauvaise foi qui anime ceux qui s’estiment supérieurs au commun des mortels. On peut comprendre alors que peu d’auteurs du roman aient tenu à nous faire parvenir leur identité par crainte de représailles, en raison de la portée satyrique de l’œuvre.

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