Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours

par

L’appât du pouvoir : la source de tous les maux

Tout au long du roman, le pouvoir et la corruptiondeviennent de plus en plus présents, et ne marquent plus seulement le camp del’ennemi mais se glissent insidieusement dans la Communauté de l’anneauelle-même. Ils fragilisent les liens d’amitié, de fraternité, de solidaritéétablis entre les neuf compagnons, mais également entre les diversespopulations alliées de l’univers créé par l’auteur.

Le pouvoir agit comme un élément récurrent de corruption,qui rétablit toujours le même scénario tant qu’il y a des acteurs potentielsvolontaires pour l’exercer. En effet, nous apprenons que c’est par lacorruption et la tentation du pouvoir que le danger s’exerce. Dans cet univers,il n’y a pas de « mal par essence » : chaque source néfasteet corrompue en est venue à ce qu’elle est uniquement par la tentation dupouvoir, la peur de se retrouver dans la position de l’esclave, le sentimentd’incompréhension et de rejet qui pousse à vouloir gagner plus d’importance.

 « Rien de ce que nous avons enduré depuisquelque temps ne nous a paru aussi douloureux que la trahison de l’Isengard.Même considéré simplement comme seigneur et capitaine, Saroumane est devenutrès fort. Il menace les Hommes de Rohan et détourne leur aide de Minas Tirithau moment même où le coup principal approche de l’Est. Toutefois, une armetraîtresse est toujours un danger pour la main. Saroumane avait, lui aussi,l’idée de s’emparer de l’Anneau pour son propre compte, ou au moins d’attraperdes Hobbits pour ses vilains desseins. »

La suspicion s’invite également dansce second volume de la trilogie. Il y a une ambiance de suspicion omniprésenteassez puissante pour donner à certains des personnages et au lecteur unsentiment de méfiance systématique envers les autres. La mort de Boromir – quiavait cédé à la tentation de l’anneau dans l’espoir d’assouvir son désir dereconnaissance par son père et de porter assistance à son peuple agonisant –rappelle aux autres membres de la Communauté que les vœux de solidarité ne sontpas éternels, et que même des alliés dignes de confiance ne sont pas au-dessusde toute suspicion. Le fait que Saroumane, le magicien qui était censé être unrempart contre l’influence néfaste de Sauron, ait succombé à la tentation del’anneau semble rendre les autres personnages du roman encore plus vulnérablesà cette influence. En effet, Saroumane trahit son ordre et rejoint le camp decelui qu’il imagine être le plus fort, Sauron. Son ascension et la créativitéguerrière dont il fait preuve dans lesDeux Tours, le pouvoir grandissant d’Isengard et la mainmise qu’il exercesur le Rohan ainsi que sur l’esprit de son suzerain Théoden, trahissent unevolonté de pouvoir parallèle à celle de Sauron.

« Mais ils n’ontpas encore été autorisés à traverser le fleuve, et Saroumane ignore cette nouvelleforme dont ont été revêtus les Esprits Servants de l’Anneau. Il a toujours lapensée fixée sur l’Anneau. Celui-ci était-il présent dans la bataille ? fut-iltrouvé ? Et si Théoden, Seigneur de la Marche, venait à le posséder etapprenait son pouvoir ? C’est là le danger qu’il voit, et il est retourné entoute hâte vers l’Isengard pour redoubler, tripler son assaut contre le Rohan.Et durant tout ce temps existe un autre danger, proche, qu’il ne voit pas,occupé qu’il est par ses bouillantes pensées. »

Mais encore, l’attitude méfiante de Théoden et Éomer faceaux membres de la Communauté renforce le sentiment de méfiance général. C’esttoutefois la méfiance de Sam envers Gollum, et l’ultime trahison de ce derniermalgré la confiance et la compassion que lui avait manifesté Frodon, quiaccentue tragiquement ce climat glauque. Le tome des Deux Tours est caractérisé par ce manque de confiance qui découlede l’influence du pouvoir et de la crainte de voir ses proches y succomber.

Nous pouvons ainsi nous interroger sur le véritable ennemiqui guette chacun tout au long du roman. Il s’agit bien entendu de luttercontre les ennemis visibles, physiques, ceux que l’on peut vaincre par lesarmes et dont on peut constater la mort, mais dans le même temps, de lutteravec soi-même, avec ses propres peurs et ses propres tentations. C’est unevéritable quête de stabilité des valeurs – dont la loyauté – qui est ainsi miseen place au travers des figures corrompues par le pouvoir.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur L’appât du pouvoir : la source de tous les maux >