Le siècle de Louis XIV

par

L’opposition de Voltaire à l’influence de Rome

L’écrit de Voltaire sur le sièclede Louis XIV dénote l’opposition que manifeste Voltaire à la dominationspirituelle et temporelle du pape de l’Église romaine. L’auteur commence parrappeler les tentatives infructueuses de l’Église catholique de transformer soninfluence religieuse en monarchie universelle. Ainsi, le pouvoir qu’exerce lepape et qui infiltre grâce à la tradition toutes les strates du pouvoir àtravers les États catholiques est présenté dans Le Siècle de Louis XIV comme une menace à la souveraineté du monarque.L’organisation traditionnelle du pouvoir qui consacre à ces chevaux de Troieune place si privilégiée aurait handicapé le développement normal de nombreux États.

L’autorité étendue auxambassadeurs du pape fait de ces cardinaux et évêques des espions parfaits etdes leviers politiques dont le souverain pontife pourrait faire usage. Il enressort que le bon monarque devrait pouvoir séparer le sacré de la tradition duvolet politique, s’affranchissant de la menace que représente pour la couronnele droit de regard d’un pouvoir politique aux intentions et aux objectifsinconnus.

 « Prêter serment à un autre qu’à sonsouverain est un crime de lèse-majesté dans un laïque ; c’est dans lecloître, un acte de religion. La difficulté de savoir à quel point on doitobéir à ce souverain étranger, la facilité de se laisser séduire, le plaisir desecouer un joug naturel pour en prendre un qu’on se donne soi-même, l’esprit detrouble, le malheur des temps, n’ont que trop souvent porté des ordres entiersde religieux à servir Rome contre leur patrie. »

L’existence de la papauté est doncune entrave à la souveraineté absolue de l’État et du roi. C’est encore le papequ’on va trouver en dernier recours plutôt que son évêque. D’autre part,l’autorité papale, parce qu’elle procède d’un mandat divin, est perçue commeétant supérieure au droit divin de n’importe quel autre monarque et s’attribuele droit de mettre en concurrence lesdits monarques. C’est encore sous lesordres du pape que les États se dépeuplaient de leurs ressources et de leurshommes pour aller combattre loin de chez eux, dans des croisades qui ne rapportaientde bénéfices concrets qu’à l’Église – des croisades qui ne se sont arrêtées quepour laisser place à des guerres de successorales.

De ce point de vue, Voltaireprésente la France comme une force rédemptrice de l’histoire moderne, en raisonde la solution apportée par la France à la question de l’autorité directe etuniverselle du pape. Ainsi, plutôt que d’associer le caractère sacré au pouvoirpolitique de Rome, la France opère une nette distinction entre les deuxdimensions du père de l’Église. « Lamaxime de la France est de le regarder comme une personne sacrée, maisentreprenante, à laquelle il faut baiser les pieds, et lier quelquefois lesmains. »

Malgré sa mise en garde contrel’Église, Voltaire ne nie pas l’importance de s’en assurer le soutien. L’intolérancereligieuse dont a fait preuve Louis XIV en révoquant l’édit de Nantes n’étaitdonc pas un des actes les plus inspirés du souverain, car cette révocation a privéla France de certains de ses citoyens les plus talentueux tout en contribuant àses défaites spectaculaires dans la guerre de la succession d’Espagne. Larévocation de l’Édit de Nantes a donc troublé un équilibre entre le religieuxet le politique au sein du pays.

« MaisLouis XIV, conciliant les intérêts de sa religion et ceux de sa grandeur,voulut à la fois humilier le pape d’une main, et écraser le calvinisme del’autre […] Tandis qu’on faisait ainsi tomber partout les temples, et qu’ondemandait dans les provinces des abjurations à main armée, l’édit de Nantes futenfin cassé, au mois d’octobre 1685 ; et on acheva de ruiner  l’édifice qui était déjà miné de toutes parts. »

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