Le siècle de Louis XIV

par

Voltaire, un penseur révolutionnaire ?

Les idées dites des Lumières deVoltaire, philosophe novateur et prônant d’abord l’égalité entre les hommesentre toutes autres valeurs, sont loin d’être réellement présentes dans l’œuvreparue en 1751. En effet, le choix de l’auteur de faire de Louis XIV sonpersonnage principal, sur lequel il portera son étude, débouche sur un angletout sauf critique et dépréciatif.

La pensée des Lumières répondantdavantage à un désir d’abolition de la monarchie absolue et d’encouragement àla libération de la pensée humaine et de son intelligence brimée, il estdifficile de la retrouver dans Le sièclede Louis XIV. En effet, il nous faut expliciter quelque peu le contexte del’époque si nous voulons comprendre en quoi Voltaire n’écrit pas ici en penseurrévolutionnaire. La cour du Roi-Soleil est somptueuse à l’époque, basée sur unesociété de l’apparence que Montesquieu, contemporain et penseur du siècle de Voltaire,critique dans ses Lettres Persanes.Cette conception des facultés dont doit faire montre tout homme pour y acquérirune bonne place procède d’une négation totale de l’intelligence humaine, valeurque les penseurs des Lumières défendent corps et âme. La cour de Louis XIV, àl’inverse, n’existe que par les effets de mode, le paraître, l’élégance, lescritères physiques et langagiers qui sont alors de mise. Dans les salonsroyaux, chacun tente de rivaliser d’esprit afin de montrer sa culture et lafinesse de sa pensée. Mais plutôt que de se livrer à des réflexionsphilosophiques, ces membres de la cour placent le raffinement le plus extrêmedans les jeux de mémoire, de langage, les bons mots et les traits d’esprit.Ainsi, acquérir une bonne place dans cette société est davantage affaire desuperficialité que de véritable intelligence humaine.

« Le5 mai, le roi y vint avec la cour composée de six cents personnes, qui furentdéfrayées avec leur suite, aussi bien que tous ceux qui servirent aux apprêtsde ces enchantements. Il ne manqua jamais à ces fêtes que des monumentsconstruits exprès pour les donner, tels qu’en élevèrent les Grecs et lesRomains : mais la promptitude avec laquelle on construisit des théâtres,des amphithéâtres, des portiques, ornés avec autant de magnificence que degoût, était une merveille qui ajoutait à l’illusion, et qui, diversifiée depuisen mille manières, augmentait encore le charme de ces spectacles. »

C’est ici que la question se posede savoir de quel côté Voltaire fait réellement pencher son œuvre. Celle-ci, clairementdédiée au monarque, ne peut passer outre la censure si elle s’avère tropincisive ou ironique, même si cela fait plusieurs décennies que le Roi-Soleil n’estplus. Or, l’œuvre de Voltaire ne soulève aucune controverse, elle estrapidement acceptée. De plus, nous retrouvons précisément dans le styled’écriture de Voltaire un goût marqué et inévitable pour le bel esprit qui estde rigueur dans les salons. L’écriture ne s’appesantit pas sur de longuesphrases explicatives. Elle préfère l’élégance du langage, le souci de ne paschoquer le lecteur, dans une exigence de faire preuve de « belleslettres », propre à flatter l’égo du lecteur qui y retrouvera le langageampoulé dont lui-même raffole. Ainsi, évoquant la disgrâce dont souffre lemonarque, causée par une fistule anale, c’est-à-dire un abcès, Voltaireévoquera délicatement la présence d’une « fistuledans le dernier des intestins », soucieux de ne point choquer sonlectorat.

Ainsi, tout au long de son œuvre,l’auteur manifeste davantage la volonté de plaire à l’aristocratie par le bongoût dont il fait preuve ; elle n’est donc absolument pas destinée aupeuple des travailleurs, des ouvriers, des paysans. La description donnée du sièclede Louis XIV par le philosophe des Lumières n’a donc que peu d’affiliation avecune lecture supposée ouvrir le débat philosophique, celle-ci restant confinéeaux salons de la cour aristocratique.

« On a déjà vu ce qu’étaient et la Franceet les autres États de l’Europe avant la naissance de Louis XIV ; on décriraici les grands événements politiques et militaires de son règne. Legouvernement intérieur du royaume, objet plus important pour les peuples, seratraité à part. La vie privée de Louis XIV, les particularités de sa cour et deson règne, tiendront une grande place. D’autres articles seront pour les arts,pour les sciences, pour les progrès de l’esprit humain dans ce siècle. Enfin onparlera de l’Église, qui depuis si longtemps est liée au gouvernement ; quitantôt l’inquiète et tantôt le fortifie ; et qui, instituée pour enseigner lamorale, se livre souvent à la politique et aux passions humaines. »

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