Le zéro et l’infini

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Résumé

Le Zéro et l’Infini,roman paru en 1941, raconte la vie d’un personnage fictif plongé dans lapériode historique réelle des Grandes Purges suivies des procès de Moscou. Cepersonnage, Roubachof, est un ancien dirigeant russe qui se trouve victime dusystème auquel il a participé et qu’il a si longtemps défendu. L’auteur arecourt à plusieurs analepses pour retracer l’histoire de Roubachof, de sonrègne à sa chute.

 

En pleine nuitRoubachof se fait réveiller par deux agents tambourinant à sa porte, puis forçantl’entrée et exhibant un mandat d’arrestation, déclarant devoir l’écrouer au nomde la loi. Il est emmené dans la cellule 404 d’une morne prison, pourvue d’une minusculefenêtre et d’un judas au moyen duquel lequel les gardiens l’épient. Bien quedans une situation délicate, Roubachof se sent enfin en sécurité après lessemaines de tensions qui ont précédé l’arrestation. Il finit sa nuit par un sommeilsans rêve, et se voit tiré de sa paillasse par une sonnerie de clairon. Ilprend alors conscience de sa situation, et se voit condamné. Alors qu’ungeôlier le blâme pour ne pas s’être levé et ne pas avoir nettoyé sa cellule,Roubachof se dit souffrant, ce qui lui vaut la privation de son petit-déjeunerpour non-respect des procédures. Plus tard, alors qu’il va et vient dans sacellule, il entend des coups venant de la paroi de la cellule 402 : ledétenu d’à côté essaie d’entrer en contact avec lui. Communiquant vial’alphabet quadratique, Roubachof révèle son identité et décrit à la demandeinsistante de son voisin la dernière femme qu’il a connue. Bien que cela lerebute, il estime nécessaire de ne pas froisser ce détenu qui pourrait bienêtre le dernier contact humain sans hostilité qu’il connaîtra avant sa mort.

Roubachof se souvientensuite d’un rendez-vous qu’il a eu quelques mois auparavant avec le camaradeRichard, en tant que représentant du Comité central du Parti. Ces réunionsétaient faites dans la clandestinité, et c’est dans un musée qu’il retrouve lejeune homme. On prend alors connaissance de la situation délicate dans laquellese trouve le parti, essuyant défaite sur défaite et voyant ses militantsexécutés. Suite au non-respect des directives du Parti, ayant falsifié lestracts car ils n’étaient pas représentatifs de la réalité, Richard est exclu,et Roubachof s’en va en le laissant démuni. Une semaine après leur entretienRichard est arrêté.

Ayant aperçu deuxpromeneurs dans la cour, Roubachof demande à son voisin de la 402 de qui ils’agit. Il apprend alors que d’autres personnes de son Parti sont ici pour lesmêmes raisons que lui, et qu’elles se font torturer. Roubachof s’attend donc àsubir les mêmes sévices, et se prépare mentalement aux interrogatoires.

Le repas de midi ne luiest pas apporté, et de surcroît Roubachof se trouve à cours de cigarettes. Ungarde lui explique qu’à la prison, les achats des détenus se font parbons ; or l’argent du nouvel arrivé n’a pas été converti. Le détenu de la402 essaie de lui faire passer du tabac, mais cela est contraire au règlement.Encore une fois Roubachof se trouve confronté à la rigidité et l’entêtementstupide du système carcéral, et ne peut que ruminer sa colère. L’après-midi etla nuit s’écoulent douloureusement, Roubachof frissonnant entre hallucinationset souvenirs, enivré par le froid et son envie de fumer. On l’emmène au matinvoir le docteur, mais il refuse une opération dentaire proposée sansanesthésie, ce qui remet en cause son intention d’endurer sans broncher leséventuelles tortures des interrogatoires.

Justement, son premierinterrogatoire a lieu trois jours après. Roubachof connaît le juged’instruction chargé de l’entretien, il s’agit d’Ivanof, un ami d’université etancien chef de bataillon. Les deux hommes entament une conversation politique,et il est reproché à Roubachof de s’être dissocié du « nous »représentant l’État et le Parti, à la faveur d’un « je », figure del’individu qui doit justement s’effacer pour appartenir au « nous ».Selon Roubachof, ce « nous » ne représente plus les intérêts despopulations, il est vicié et perverti, et nécessite d’être réorganisé etredéfini. Ces pensées font de lui un opposant au régime, et justifient sa placederrière les barreaux. Ivanof tente de le forcer à signer des aveux de sonappartenance à l’opposition, afin de faciliter les choses et peut-être luiépargner la peine de mort. Roubachof refuse, et demande à être reconduit danssa cellule après s’être vu accorder un délai de quinze jours pour repenser àcette proposition.

Lors d’un dîner, Ivanofparle du cas Roubachof avec son collègue Gletkin. Ce dernier estime que le juged’instruction se montre trop tendre, et qu’il faut employer la force pour fairecéder le prisonnier politique.

Suite au premierinterrogatoire les conditions de vie de Roubachof se sont nettement améliorées,il possède à présent de quoi écrire, un nécessaire de toilette et des bons pouracheter nourriture et tabac, grâce à l’intervention d’Ivanof qui espère par cemoyen l’amener à prendre la bonne décision relativement aux aveux forcés. Ilpasse donc ses journées dans ce nouveau confort, entre réflexions et prises denotes, rêveries à la fenêtre ou dans ses souvenirs, et brèves sorties dans lacour désormais autorisées.

Durant son onzième jourd’incarcération, Roubachof ressent une ambiance étrange et pesante, à justetitre car le détenu de la 402 lui révèle que c’est un jour d’exécution. Uncertain Bogrof va être fusillé, et les prisonniers communiquent entre eux,toujours en tapant sur les parois, afin de diffuser l’information. La marche àsuivre passe ainsi de cellule en cellule, et lorsque le condamné est escorté auniveau du couloir, un tonnerre de tambourinements salue son passage, comme unadieu respectueux. Roubachof se prend au jeu de cette fraternité, et se trouvebouleversé par la vision du condamné gémissant, emmené de force vers sa mort,qui appelle son nom avant de disparaître.

Le délai accordé parIvanof arrive à son terme, et Roubachof lui fait transmettre une lettre faisantfoi de sa capitulation. Trois jours après, toujours sans nouvelles du juged’instruction, des gardes viennent quérir le détenu au milieu de la nuit sanslui dire pour autant la raison de cette intervention. Il est amené en salled’interrogatoire, mais c’est Gletkin qui lui fait face et non pas Ivanof.Gletkin est chargé de son affaire en l’absence d’Ivanof, et Roubachof en déduitqu’il est arrivé quelque chose à ce dernier. Son nouveau juge lui lit ses chefsd’accusation, qui sont créés de toute pièce, d’un ton monocorde et plat, commedétaché de la situation. Vient ensuite un témoin factice qui dit avoir étéincité par Roubachof à tenter un assassinat contre le chef du Parti, le« N°1 » Staline. L’interrogatoire s’étend sur plusieurs jours ;on compte sur l’épuisement psychologique et la fatigue physique de l’accusépour lui faire accepter les accusations. Las, à bout de nerf et usé de fatigue,Roubachof signe sans en avoir vraiment conscience toutes les déclarationsd’aveux, faisant de lui un criminel lucide quant à sa conduite illégale etnéfaste pour la communauté.

Le procès a lieu, etc’est d’une petite voix que Roubachof plaide coupable. On le dit dénué de toutsens moral, traître et ennemi du régime, et le tribunal le condamne à êtrefusillé. Au pied de la mort, il ne peut s’empêcher d’espérer le meilleur àvenir pour ce pays qu’il a défendu avec ferveur, et repense à tout ce qu’il aentreprit au cours de sa vie au nom du Parti. Finalement, Roubachof entend unroulement de tambour venant des cellules voisines, et il comprend que sonpeloton d’exécution vient le chercher.

 

Les Grandes Purges, lesprocès de Moscou et les injustices du régime soviétique sont au cœur de ceroman qui se veut fictif, mais qui est une fenêtre ouverte sur une période del’histoire parfois oubliée. L’auteur lance un appel à la réflexion sur larigueur du totalitarisme qui écrase l’individu et qui lui enlève toute trace depersonnalité propre pour le rendre simple serviteur de la cause commune. Lesméthodes et le fonctionnement de ce régime sont ici mis à jour et dénoncés, etle lecteur assiste, impuissant, à la mise à mort d’un prisonnier politiqueinnocent, tué pour le « nous » afin d’éviter toute existence du« je ».

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