Leçons d’éthique

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Résumé

Leçons d’éthique est une œuvre d’Emmanuel Kant, philosophe à l'origine du mouvement de philosophie de l'idéalisme transcendantal. Cette œuvre est une sorte de recueil des cours qu'a donnés Kant lorsqu'il enseignait la philosophie. Ces cours furent dispensés de 1775 à 1780 environ. Il est intéressant de constater que de nombreux thèmes abordés et de nombreuses réflexions développées dans ces leçons seront repris et étoffés dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, ouvrage publié en 1785.

Dans ces cours, Kant cherche à enseigner quelque chose de simple et de compréhensible, loin des clichés de la philosophie aux pensées trop alambiquées. Un des thèmes présentés est la nature, et le rôle de ce qui est naturel dans l'existence de l'être humain. Pour faire passer son message et rester accessible aux autres penseurs et aux étudiants, Kant n'a pas hésité à user de tous ses talents, même au niveau de la forme, à savoir par exemple l'humour, mais aussi de nombreux traits d'esprit et d’images. Il surprend en s'accordant des largesses au niveau du verbe et on imagine aisément sa verve lorsqu’il dispensait ces cours. Ce ton lui permet de mieux s'ancrer dans la valeur et la morale de l'être humain.

Ces cours représentaient des outils pour ses disciples ou simples étudiants afin qu'ils puissent ensuite grâce à ce matériau penser par eux-mêmes, réfléchir de façon autonome, élaborer leurs propres raisonnements et façonner leur esprit à leur manière. Kant prime beaucoup la liberté de l'esprit, qui est la condition pour avancer au mieux et sans entrave ; il évoque l'absence de contraintes pour laisser l'Homme le plus près possible de la nature, du naturel.

L'éthique, selon Kant, c'est s'interroger sur tout ce qui fait la vie de l'Homme comme par exemple le bien et le mal, la religion, mais aussi la liberté dans les conduites humaines et les relations humaines, entre les individus, mais également avec soi-même, le but étant d’atteindre une certaine pureté dans la morale.

Kant s'attache ainsi à montrer que l'éthique n'est pas une notion unique et universelle et cherche à exposer une certaine opposition entre deux conceptions différentes de l'éthique. Il distingue d’une part l'éthique dite indulgente, qui est compréhensive, dans le sens où elle représente une adaptation à l'être humain, afin de mieux l'englober, l'appréhender dans son entier. D’autre part il s’étend sur une notion d'éthique qui elle est moins souple, moins compréhensive. C'est une éthique dite rigoureuse, qui ne laisse pas de marge d'adaptation ; elle est liée à une conception stricte et recoupe l'idée d'une certaine perfection, ou d'un perpétuel perfectionnement de l'homme, car cette quête est impossible à conclure.

Avec ces deux notions, Kant montre que la définition générale de l’éthique, qui pourrait s'entendre comme un ensemble des lois morales de l'homme, peut se scinder.

Les normes que chacun se doit de respecter pour être bon ne sont pas une manière d'atteindre le bonheur selon Kant. Ce respect permet une meilleure connivence, une meilleure vie en société, et donc force chacun à être meilleur pour les autres, afin que le monde plus globalement s’améliore. La perfection n'existe pas, mais Kant prône un travail perpétuel dans cette direction afin d'atteindre au moins une sorte d'idéal pour tous.

L'indulgence, bien que certainement plus humaine et souple, constitue selon Kant « la corruption de la mesure de perfection de l’humanité ». L'éthique indulgente est une sorte d'éthique dévoyée, détournée, et donc une pâle copie, un ersatz de l'éthique rigoureuse, compromise par le fait même que l'homme essaie de mélanger l'exactitude de l'éthique rigoureuse avec ses imperfections et ses faiblesses, tentative d’où résulte l'éthique indulgente.

Que la perfection soit inatteignable n’est pas, selon Kant, une excuse valable pour rendre l'éthique plus indulgente. Il refuse que l'on en fasse un prétexte pour rester léger à ce sujet. Il refuse par ailleurs de considérer que l'être humain, qui ne sera jamais parfait, puisse ainsi se laisser aller à enfreindre les règles en se justifiant par l’argument que rien ne sert de les atteindre puisque cela n'est pas possible. Bien sûr, dans l'absolu, c'est un travail qui n'aboutira jamais à son but ultime, mais on peut espérer s'en approcher au maximum, ce qui est une récompense en soi.

Ces règles ne sont donc pas quelque chose à respecter à la lettre – car chacun se trompe et personne ne peut clamer être parfait – mais elles doivent servir de cadre idéal, en tant qu’une sorte d'absolu qu'il faut rechercher toute sa vie, afin de permettre à la société et à soi-même d'être meilleurs. C'est une quête, une poursuite perpétuelle de l'élévation de soi – c'est ainsi que l’homme progresse.

Concernant les arguments favorables à l'indulgence, Kant fonde une sorte de parallèle entre la religion et le pardon que l'on accorde et qu’il justifie par le fait que l'homme, imparfait par nature et par essence, est faible, et tenté par le vice qui l’attire fatalement vers la facilité et les plaisirs peu élevés, simples, relevant des aspects les plus animaux de chacun.

Kant souligne, soucieux de ne pas généraliser, la différence de chaque homme et donc la part de subjectivité qui se trouve en chaque individu, et donc partant la propension à tomber dans ces vices et ces faiblesses ou au contraire à résister à ces tentations et à rester fort. Kant, dans la démonstration de cette infinie différence entre les hommes, souligne également l'égoïsme, qui entraîne parfois à faire de mauvais choix et favorise une opposition entre les hommes qui va à l'encontre du liant qu'il prône dans la société. Il n'existerait pas de normes communes assez larges et capables d'englober l'homme dans toute sa diversité, si ce n'est la nature.

Kant attire l'attention sur la rigueur de la morale, la présente comme une éthique strictement nécessaire ; c'est la condition de son existence. Il la compare à la géométrie, qui pour être exacte et parfaite, doit suivre un certain nombre de règles ; une application stricte est ainsi indispensable.

De plus, l’homme n’est absolument pas apte à juger de ce qu’il est en mesure d’accomplir moralement, car il aura toujours une propension à se surestimer, ou même à se sous-estimer. Il faut donc que l’éthique soit une valeur tout à fait extérieure à l’homme, et une entité qui ne prend en compte que la loi morale universelle. Kant estime que la morale devant être pure, elle doit être unique et ne pas changer. Elle est extérieure à l'homme, comme une valeur, une vertu à viser, sans que jamais l’homme ne puisse se l'approprier, telle une idée, une valeur intangible.

Pour finir, si Kant rejette l'éthique indulgente, c'est parce qu'il veut que l'homme reste constamment dans un état de recherche du « mieux », et donc qu'il soit toujours en train de travailler sur lui-même à être meilleur. Une éthique indulgente, imparfaite, le laisserait se complaire dans son état actuel et ne le pousserait pas à progresser, ce que l'éthique rigoureuse, impossible à atteindre mais image de l'idéal, par définition, le force à faire. Le but, c'est de toujours être en quête de mieux.

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