Leçons d’éthique

par

Le rejet de l’éthique indulgente

Kant présente, à côté de l’éthique rigoureuse, l’éthique indulgente. Bien qu’il ne lui trouve pas que des défauts, il lui préfère largement l’autre forme d’éthique et a donc tendance à rejeter l’éthique indulgente. Cette éthique, présentée et définie comme « compréhensive » – parce qu’elle s’adapte à l’homme et lui pardonne ses méfaits, ses défauts, le fait qu’il ne soit pas au meilleur de ce qu’il pourrait être – est bien loin des idéaux que prône le philosophe : « L'éthique peut proposer des lois de moralité qui sont indulgentes et qui s'ordonnent aux faiblesses de la nature humaine, et ainsi elle s'accommode à cette nature en ne demandant rien de plus à l'homme que ce qu'il est en mesure d'accomplir. »

Cette éthique indulgente voit l’homme tel qu’il est et l’accepte ainsi, ce qui lui permet de présenter une large vision de l’humanité, dans tous ses éléments, quand l’éthique rigoureuse rejettera en bloc et ne prêtera guère attention à tous ceux qui n’en suivent pas la voie stricte.

Elle se présente donc comme à caractère plus humain et doux, ce qui peut sembler bon dans un sens ; ce que Kant lui reproche, c’est qu’elle soit « la corruption de la mesure de perfection de l’humanité. » Kant estime ainsi qu’elle corrompt, au sens où elle décourage la recherche de perfection de l’être humain ; elle corrompt donc les meilleures velléités, les valeurs les plus pures.

En effet, elle semble si peu stricte qu’elle apparaît comme dévoyée face à l’éthique rigoureuse qui apparaît comme droite, inflexible, intangible. L’éthique indulgente semble résulter de la quête d’absolu de l’éthique rigoureuse, quête dans laquelle l’homme se serait lancé sans succès et qu’il aurait abandonnée, composant donc avec ses imperfections et ses défauts tel un aveu de faiblesse.

Kant lui préfère l’autre forme d’éthique, et refuse que l’on prenne pour prétexte l’imperfection intrinsèque de l’homme pour ne pas rester rigoureux dans sa quête : il rejette donc la complaisance de l’homme se contentant du travail qu’il a accompli, de ce qu’il a, de ce qu’il est, et montre donc que le travail sur soi n’est jamais fini.

Cependant, Kant ne rejette pas cette éthique en bloc et lui trouve des points positifs, dans sa dimension humaine et plus souple, dressant des parallèles avec la religion et le pardon de Dieu face à ceux qui ont péché mais qui ont eu le courage de se confesser. L’éthique indulgente, comme la religion, pardonne à l’Homme ses erreurs, ses errements, sans l’encourager non plus dans la facilité ou le vice ; elle l’encourage à changer.

Mais son manque de rigueur fait dire au philosophe que les Hommes ne la suivront pas, car elle manque d’autorité, et préfèreront rester dans leur faiblesse, tournés vers les instincts les plus vils et proches du monde animal, plutôt que de s’élever spirituellement et de progresser vers le divin. Tout cela dépend en réalité des hommes et de leur volonté propre ; Kant admet une large part de subjectivité liée à la personnalité de chaque Homme, qui forge chaque destin. Seule la nature est assez diverse et large pour pouvoir prendre en compte l’infinité de l’être humain.

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