Les Chimères

par

Entre mysticisme et ésotérisme

Le recueil desChimères demeure encore aujourd’hui une source d’interrogations pour bonnombre de spécialistes littéraires qui se sont penchés sur l’éclaircissementdes mystères qu’il contient. Cependant, en rassemblant les éléments quicomposent le recueil de manière à en montrer le caractère ésotérique etbiblique, nous pouvons recomposer une partie de la pensée troublée de l’auteur,qui revendique lui-même son œuvre comme n’ayant pas été écrite pour être percéeà jour ; Nerval a en effet affirmé l’avoir écrite « dans un état de rêverie supernaturaliste, comme diraient les Allemands […] [sessonnets] perdraient de leur charme à être expliqués ».

Cependant, nous pouvons noter une présence trèsmarquée des dimensions ésotériques et mythologiques au sein du recueil. Lesdifférents sonnets qui composent Les Chimèressont précisément au nombre de douze, et ce nombre peut bien sûr être mis enrelation avec le nombre des apôtres qui entouraient Jésus-Christ, ouvrant àpartir de là un champ d’interprétation biblique non négligeable. Le lien avecla liturgie chrétienne peut s’établir à partir de l’avant-dernier sonnet, « LeChrist aux Oliviers », quicompose à lui seul la majeure partie du recueil. Ce sonnet s’ouvre sur lesquatre vers suivants : « Quand leSeigneur, levant au ciel ses maigres bras, / Sous les arbres sacrés, comme fontles poètes, / Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes, / Et se jugeatrahi par des amis ingrats ». Ainsi,à travers l’association entre « le poète » et « leseigneur », l’auteur compare son propre travail à la création divine, etainsi assimile les douze sonnets de son recueil aux douze apôtres que sont les« amis ingrats », qui ne peuvent en effet que trahir une penséefluctuante qui peine à se saisir elle-même, incommunicable.

La matière chrétienne est donc fortement présente dans lerecueil, mais elle côtoie également le féérique, l’ésotérique, ainsi que lemythologique. Chacun des sonnets porte un nom propre, comme si chacun d’entreeux était l’une des chimères que poursuit Nerval, que son esprit tourmenté acréées. « Myrtho », « Horus », « Delfica » sont tous des noms qui font appel à l’imaginaire et semblent êtreles muses du poète, muses qui, plus qu’elles ne l’inspirent, le tourmentent,lui présentant un passé révolu et inaccessible. Il emprunte également des nomsdéjà présents dans la mythologie grecque, comme « Artémis ». Cette chimère-ci semble être la plusconcrète dans l’esprit de l’auteur : « La Treizièmerevient… C’est encor la première ; / Et c’est toujours la Seule […] ». Ce sonnet se situe juste avant « Le Christ auxOliviers », dont nous avonsmontré l’importance : il semblerait donc que Nerval ait placé lesdifférentes parties de son recueil suivant un ordre bien précis, en lien avecles différentes matières qu’il emploie : d’abord celle créée par son propreesprit, puis la plus forte, engendrée par la mythologie grecque, et enfin celleen lien avec la religion chrétienne. 

Gérard de Nerval crée ainsi une intensité dramatique allantde pair avec cet ordre. Plus il avance dans ses sonnets, plus sa poésie sembledésespérée et intense, s’adressant à des chimères de plus en plusinaccessibles. L’utilisation du lyrisme, de tournures emphatiques etexclamatives très abondantes traduisent souvent un désespoir. Ce sont donc lessonnets d’un poète torturé, exalté, en quête de chimères qui le tourmentent,qui nous sont livrés dans ce recueil.

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