Les Chimères

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Résumé

Les Chimères contiennent douze poèmes, nombre ô combien symbolique. Unethématique se dégage a priori de tous les titres où se rencontrent dieux etdéesses de toutes les cultures – Horus, Artémis, le Christ, et tous les autres: la poésie des Chimères sera donc mystique.

 

« El Desdichado »

 

Ce sonnet en ABAB ABAB CDD CEE est le poème le plus connu deGérard de Nerval. « El Desdichado » (soit « le déshérité »en espagnol), logiquement placé en premier dans le recueil, introduit le poète,qui s’y décrit de manière cryptée. En effet, chaque vers fait allusion à unfait authentique de son existence, mais de façon indécelable pour quiconque nes’en doute pas, tant le matériel autobiographique est dissimulé sous les couchesmultiples mêlant travail sur la langue et références. Prenons un exempleconcret : dans le treizième vers, le poète clame « Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron ». Lelecteur – qui n’a pas été averti – ne voit là qu’un renvoi à la mythologie grecque,l’Achéron étant le fleuve des Enfers. Ce même lecteur songe alors que lepoète se décrit ici comme un héros triomphant de tout, même de la mort. Mais cevers, en réalité, contient quelque chose de beaucoup plus intime et de beaucoupplus terre-à-terre, étant moins orgueilleux qu’à première vue : Nerval (onpeut le déduire en recoupant différents textes, en particulier les dernièreslignes d’Aurélia) désigne par cetteimage ses deux violentes dépressions. Rien de glorieux, donc. Plusgénéralement, la vie du poète, telle qu’elle est ici décrite, paraît lugubre,dominée par la nuit (« Ma seuleétoile est morte » ; « lesoleil noir ») et la mélancolie. Le dernier tercet, toutefois, seraitcomme une lueur d’espoir : la poésie semble avoir le pouvoir de dépassercet état de fait.

 

« Myrtho »

 

Structure en ABBA ABBA CDC DDC. « Myrtho », bienque la porteuse de ce nom soit décrite tout du long comme une déesse, nerenvoie à aucune créature d’aucune mythologie. C’est donc une mortelle queNerval divinise ici. Le poème a tout de l’invocation faite à la gloire d’unedéesse : Nerval accentue la grandeur, la richesse et la toute-puissance dusujet. Dans le vers final, « La pâlehortensia » (qui symbolise la modernité) « s’unit au myrte vert » (qui symbolise l’Antiquité). Le lecteurpeut voir ici un petit manifeste esthétique : la poésie de Nerval est belet bien le lieu de cette rencontre puisqu’on y trouve à la fois de nombreusesréférences aux textes fondateurs antiques et bibliques, une forme poétiquetraditionnelle datant de la Renaissance, et un éclatement du sensavant-gardiste qui inspirera jusqu’aux surréalistes.

 

« Horus »

 

Structure en ABBA ABBA CCD EED. Variation par rapport ausystème poétique qu’installaient les deux précédentes pièces : le poèmeest plus narratif que descriptif. L’épisode narré raconte comment Isis,triomphante, ordonne l’exécution de son mari, puis se laisse envahir par« l’esprit nouveau ».

 

« Antéros »

 

Structure en ABBA ABBA CCD EED. Comme le titre du poèmel’annonce (« Antéros » paraît appeler une antériorité), le poète s’attacheà détailler sa généalogie, une généalogie évidemment fictionnelle et parailleurs absolument monstrueuse, puisqu’elle n’est composée que de meurtriersardents et de victimes accablées, dont le poète semble avoir conservé la rage.Le drame du poète est peut-être, on le comprend à la fin du deuxième quatrain,de descendre à la fois d’Abel, « pâleur[…] ensanglantée », et de Caïn, « l’implacable rougeur » : deux tempéraments manifestementdifférents, et même, a fortiori, totalement antagonistes.

 

« Delfica »

 

Structure en ABBA ABBA CCD EED. Une fois de plus, le poètedécrit, nourri de vers virgiliens, un univers cyclique – « Cette chanson d’amour qui toujours recommence » ;« Le temps va ramener l’ordre desanciens jours » –, geste qu’il reproduit immédiatement après dans lepoème suivant.

 

« Artémis »

 

Structure en ABAB ABBA CDC CDC, avec des vers tels que« La Treizième revient… C’est encorla première ». On notera que ces cycles qui enferment le poète ne sontpas forcément ici source de souffrance et d’ennui, comme cela aurait été le caschez Baudelaire par exemple. La figure cyclique produit une émotionambivalente – « Ô délice, ôtourment » – où l’exaltation a autant de place que la douleur.

 

« Le Christ aux oliviers »

 

C’est un poème composé de cinq sonnets distincts :

 

I : structure en ABBA ABBA CCD EED. Il s’agit du récitd’un faux épisode biblique. Le Christ sur la croix prend la parole et révèleaux hommes que Dieu n’existe pas (ou du moins n’existe plus), mais les gens,endormis, n’entendent pas la révélation.

 

II : structure en ABAB ABAB CCD EED. L’épisode sepoursuit, le Christ continue son discours et décrit son exploration des mondes,durant laquelle il n’a rencontré que chaos et néant.

 

III : structure en ABAB ABAB CDD CEE. Le Christpoursuit sa narration et, contrairement aux deux poèmes précédents, il fait unepeinture mortifère de la figure cyclique – les deux premiers mots sont « Immobile Destin ».

 

IV : structure en ABBA ABBA CCD EED. Le Christ appelleJudas, car personne d’autre ne l’entend, et lui demande de mettre fin à sessouffrances en le vendant le plus vite possible aux Romains. Judas fuit. Legeste de Pilate devient un geste de pitié.

 

V : structure en ABBA ABBA CDC DDC. Ce dernier sonnetprend de la distance, et refuse de répondre à la question « quel est ce nouveau dieu ? ».

 

« Vers dorés »

 

Structure en ABBA ABBA CDC DEE. Ce dernier poème forme unbilan qui s’adresse au « librepenseur », à qui sont formulés un certain nombre de conseils enadéquation avec ce que Nerval vient de dire à travers ses sonnets. Une forme depanthéisme ou d’animisme en émane : la vie et le verbe sont attachés àtoutes choses : la bête, la fleur, le métal, la matière en général – « Toutest sensible ! ».

 

Pour compléter la lecture de ces Chimères, l’idéal est de lire le recueil qu’elles venaientinitialement conclure – Les Filles du feu– car elles en sont comme la finalité, la couronne, le sommet fantasmagoriqueet hermétique. Les Filles du feu,dans une démarche similaire mais nettement plus accessible, rassemblent dansleur premier mouvement huit nouvelles qui se nourrissent, comme Les Chimères, d’une sacralisationdémesurée de la femme et du terreau mythologique nervalien. 

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