Les Choses

par

Résumé

Le roman s’ouvre sur un descriptif détaillé et exhaustif desobjets d’un appartement idéal, rêvé par le jeune couple que forment Jérôme etSylvie, qui vivent dans le Paris des années 1960. Dans leur appartement cossuet haut en couleur qu’un regard neutre traverse du séjour au bureau en passantpar la chambre, les meubles fonctionnels côtoient les œuvres d’art etl’aménagement intérieur imaginé répond au plaisir des deux personnages. Celogement rêvé est censé leur permettre d’envisager une vie « facile »et « simple », où tous les problèmes matériels « trouveraientune solution naturelle », ce qui les ferait ainsi accéder au bonheurparfait.

Une fois la parenthèse de ce rêve refermée, le récit passe àl’histoire réelle du couple. Après avoir sacrifié leurs études pour travailleret améliorer leurs conditions de vie, Jérôme et Sylvie découvrent que laprécarité de leur travail et leur quête obsessionnelle d’un salaire les enchaînentà un processus de consommation qui leur apparaît dans tout son paradoxe :en effet il attise leurs désirs d’objets nouveaux et nourrit à la fois leur sentimentpermanent de frustration. Devenus esclaves de l’argent et de la richesse, lesdeux personnages s’attachent à la possession des choses plus qu’à la vieelle-même.

Contraints par la modestie de leurs salaires depsychosociologues à revoir leur définition de la richesse, pris dans l’étaud’un Paris où les objets sont exposés de façon agressive, Jérôme et Sylvie sevoient entraînés dans une folie d’acquisition de « choses » diverseset variées (meubles, vêtements, bibelots, etc.) qu’ils recherchent dans lesquartiers branchés de la capitale. Cette quête folle censée les mener aubonheur se heurte à leur insatisfaction incurable et les oblige à démissionnerde la vie réelle pour vivre dans l’espace de l’imaginaire et de l’illusion, sevoyant déjà propriétaires d’objets qu’ils ne peuvent acquérir. Au sein de cecercle funeste, le travail devient peu à peu une obligation paradoxale car illeur permet de vivre et en même temps les empêche de profiter pleinement decette vie qu’ils peuvent se payer. Plongés dans le système économique d’unesociété de consommation de plus en plus pressante, toujours impatients, Jérômeet Sylvie voient leur convoitise se transformer en quête de jouissanceimmédiate, et ils ressentent une forme de dépit face à un projet de vieimpossible.

Le mouvement de l’Histoire, symbolisé par la guerred’Algérie, vient leur fournir un exutoire inespéré. Fuyant leur cruelledésillusion, ils s’engagent dans le comité antifasciste de leur quartier etprennent part à des manifestations sans se sentir totalement concernés. Bientôt,la fin de la guerre réveille leur déprime et leur fait prendre conscience del’ennui total qui caractérise désormais leur vie. Condamnés à répéter les mêmesactions, fatigués de tant de projets inaccomplis, dévastés par tant dedésillusions, ils découvrent qu’ils ont vieilli et sombrent dans un état deprofonde lassitude.

L’acharnement du système ayant eu raison de leur courage,ils perdent toute envie de lutte et traversent une crise identitaire et socialequi s’aggrave quand ils constatent que leurs amis ont fait le choix d’emploisstables et parfaitement inscrits dans le système, abandonnant toute volonté derésistance et de combat. Se sentant impuissants face à cela, Jérôme et Sylviefont le choix de la fuite en s’exilant en Tunisie, à Sfax, où ils espèrent offrirun nouveau souffle à leur existence.

Installés dans un appartement vaste dont les grandes piècessuscitent en eux un sentiment d’égarement, ils se trouvent très vite écraséspar le poids de la solitude et gagnés par la nostalgie de leur vie d’autrefois.Jérôme étant sans travail, le couple vit grâce au salaire d’enseignante deSylvie, mais doit affronter l’échec de leur intégration locale. Rejetés ouignorés par les communautés de Sfax, ils se referment sur eux-mêmes, perdent leursdésirs et leurs envies pour sombrer dans une condition de vie toute nouvellepour eux, entre misère, vide et exclusion. Étrangers au monde qui les entoure,ils ne se reconnaissent plus dans un espace culturel et matériel qui n’est pasle leur. Leur quête est à nouveau bloquée par une réalité qui semble insurmontableet le souvenir de leur vie européenne par contraste leur paraît plus prometteur.

Faisant le choix de revenir à Paris et de se plier aux loisdu système qu’ils ont toujours fui, Jérôme et Sylvie, bientôt trentenaires, sevoient contraints de rentrer dans les rangs normés de la société et de changerradicalement leur mode de vie. Acceptant la logique du monde du travail et lanécessité de gagner de l’argent pour se procurer les biens qu’ils souhaitent,ils font le choix de la stabilité et d’une rémunération conséquente en prenantla direction d’une agence de publicité à Bordeaux. Une nouvelle période sembles’ouvrir dans la vie de Jérôme et Sylvie qui, désormais, « auront lavie devant eux » pour réaliser leurs projets.

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