Les dix petits nègres

par

La chanson

La chanson apparaît très tôt dans le livre. Placée au-dessus de la cheminée, elle est au début simplement considérée comme une petite comptine amusante. Beaucoup la connaissent de leur enfance, comme par exemple Véra. Cette chanson est par ailleurs très appropriée puisqu’elle conte l’histoire de la mort de petits nègres sur l’Île du Nègre. Mais cette comptine, au départ innocente, va prendre des proportions dramatiques. En effet, chaque vers s’avèrera annoncer la mort de l’un des invités de l’île.

« Dix petits nègres s’en allèrent dîner.

L’un d’eux étouffa.

Et il n’en resta plus que Neuf.

Neuf petits nègres veillèrent très tard.

L’un d’eux oublia de se réveiller.

Et il n’en resta plus que Huit.

Huit petits nègres voyagèrent dans le Devon.

L’un d’eux voulut y demeurer.

Et il n’en resta plus que Sept.

Sept petits nègres coupèrent du bois avec une hachette.

L’un d’eux se coupa en deux.

Et il n’en resta plus que Six.

Six petits nègres jouèrent avec une ruche.

Une abeille a piqué l’un d’eux.

Et il n’en resta plus que Cinq.

Cinq petits nègres étudièrent le droit.

L’un d’eux devint avocat.

El n’en resta plus que Quatre.

Quatre petits nègres s’en allèrent en mer.

Un hareng saur avala l’un d’eux.

Et il n’en resta plus que Trois.

Trois petits nègres se promenèrent au zoo.

Un gros ours en étouffa un.

Et il n’en resta plus que Deux.

Deux petits nègres s’assirent au soleil.

L’un d’eux fut grillé.

Et il n’en resta donc plus qu’Un.

Un petit nègre se trouva tout seul.

Il alla se pendre.

Et il n’en resta plus Aucun. »

La première mort a lieu dès le premier dîner sur l’île, par étouffement, comme prédit. En effet, alors qu’Anthony Marston porte un toast et boit son whisky, il s’étouffe. La mort par cause naturelle étant écartée, un climat de peur s’instaure.

La deuxième personne à mourir est la domestique, Ethel Rogers. Couchée dans son lit la veille, son mari la retrouvera morte à côté de lui à son réveil, ayant « oublié de se réveiller » comme l’annonce la chanson.

Suit Macarthur qui, voulant s’isoler sur l’île, est retrouvé mort, assommé par un objet contondant.

Roger quant à lui, comme la comptine le prédisait, meurt alors qu’il coupait du bois pour la cheminée de la maison. Le juge l’assomme par derrière et lui vole les clefs de la salle à manger.

Vient alors le tour de Miss Brent, qui serait morte d’une piqûre d’insecte, en réalité endormie grâce à du chloral puis tuée avec une seringue hypodermique pour simuler la plaie provoqué par le dard d’un bourdon.

L’angoisse est à son comble. Il devient évident que les morts suivent de façon progressive et méthodique la petite chanson.

« Sans doute êtes-vous parvenu à la même conclusion que moi… à savoir que la mort d’Anthony Marston et celle de Mrs Rogers ne sont ni des accidents ni des suicides. De même, avez-vous certainement abouti à une seconde conclusion, qui concerne le but poursuivi par Mr O’Nyme en nous attirant sur cette île ? »

À ce moment-là, le juge simule sa propre mort grâce à la complicité d’Armstrong, réalisant la suite de la chanson. Tout le monde en sera dupe, ce qui permet au premier d’exécuter paisiblement les autres meurtres.

Armstrong est alors le suivant sur sa liste : simulant une découverte intéressante faite du bord de la falaise, le Juge le pousse en contre-bas. Après son méfait, le juge retourne dans la maison et reprend sa place de mort.

Sans méfiance, Blore lui tourne le dos. C’est un bloc de marbre en forme d’ours qui l’achève.

Puis Véra tue Philip sous le coup de la peur et d’une certaine folie paranoïaque. Honteuse et coupable, Véra se pend, réalisant inconsciemment les deux derniers couplets de la chansonnette.

Ainsi, la prophétie de la comptine est entièrement réalisée. La dernière mort est celle du Juge Wargrave, qui se suicide, ne laissant plus personne sur l’île : « Et il n’en resta plus aucun… ».

Le mystère est rondement mené par Agatha Christie qui laisse planer le doute et la suspicion jusqu’au bout. Grâce au malaise suscité par la comptine, l’angoisse monte petit à petit, et ce rythme particulier, en partie prévisible, joue un rôle essentiel dans le déroulement de la nouvelle.

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