Les Indes noires

par

La résistance des anciens ouvriers

De cette opposition, entre les Indes et la couleur noire de la région, on pourrait penser que l’endroit décrit est totalement désert (« Un indifférent lui-même eût été touché du triste aspect que présentait l’établissement abandonné. C’était comme le squelette de ce qui avait été si vivant autrefois ») mais il reste quelques « résistants », qui sont restés dans la région, malgré la difficulté et le manque de travail, malgré la misère qui guette, malgré le fait que désormais, l’activité soit ailleurs. Ainsi, si les machines ont disparu, il subsiste des « restes » de cette houillère, qui sont les trois membres d’une famille qui est restée: il y a Simon Ford (un homme d’une soixantaine d’années) qui fut overman ou contremaitre à l’époque, qui vit encore ici avec sa femme Madge ( à peu près le même âge ) et leur enfant, Harry, un jeune homme d’environ vingt-cinq ans. Cela fait environ dix ans que la famille subsiste tant bien que mal, avec très peu de ressources, bien que leur cottage soit relativement confortable. Ces cottages, ces maisons de campagne avaient été construites pour les mineurs : « Ces maisons de mineurs, construites en briques, s’étaient peu à peu disposées d’une façon pittoresque, les unes sur les rives du lac Malcolm, les autres sous ces arceaux, qui semblaient faits pour résister à la poussée des voûtes comme les contreforts d’une cathédrale ».

Mais Simon, même s’il a décidé à rester dans cette région qu’il aime tant, là d’où il vient, là où il a travaillé, sait que cette situation ne peut perdurer ; il lui faut trouver une solution, il n’abdique pas et a pour intuition qu’il y aurait un nouveau filon à exploiter dans la mine réputée, épuisée. De plus, il refuse de croire aux légendes de la région, qui répandent des rumeurs comme quoi des êtres humains vivraient depuis la naissance dans ces fosses et seraient dangereux, ou alors que certains filons sont maudits, comme le suppose Jack, qui ne préfère pas aller chercher des explications logiques : « Et, au surplus, répétait Jack Ryan, pourquoi se donner tant de mal pour expliquer une série de faits, qui s’expliquaient si aisément par une intervention surnaturelle des génies de la mine ? ». Ainsi Jules Verne, comme dans de nombreux romans faisant partie de ses « Voyages extraordinaires » où des mythes, et des croyances de personnages comme Jack se confrontent avec le monde moderne : la technique et l’industrie de son siècle représentées par James Starr, homme de science, ingénieur de formation et donc réfléchissant selon ce qu’il a appris. Il est décrit comme un homme cartésien : « James Starr était un homme solidement constitué… d’ ‘Athènes du Nord’ », comme pour le dépeindre en homme de savoir.

Pour décrire l’endroit, et les derniers habitants de sa fiction, Jules Verne s’est appuyé sur ses carnets de voyages, intitulés « relation de voyage », qu’il n’a jamais publiés, mais qui lui servirent beaucoup dans son écriture, ainsi l’amour pour l’Écosse qui lui a été transmis par sa mère, originaire de ce pays qui constituait sans aucun doute la seconde patrie de l’auteur. De plus, l’auteur avait visité comme le fera plus tard Emile Zola pour écrire Germinal, une mine de charbon au nord de la France autour de Lille, visite dont il dira : « Hein ! Quelle journée celle de lundi dernier ! J’avais envie de ne plus me laver, pour en mieux conserver le charbonneux souvenir ».

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