Les Indes noires

par

Les paysages de désolation en Europe, le Noir

Le titre du roman « Les Indes noires » renvoie au mouvement du colonialisme de l'Europe, notamment les grandes puissances maritimes (Grande Bretagne, Espagne, Portugal, France) qui ont conquis des nombreux pays du monde. Les Indes par exemple qui est une colonie britannique, représente le nouveau monde, et ainsi des nouvelles richesses, venues des nouvelles terres, (ici les Indes), qu’elles soient orientales (l’Asie) ou occidentales (le continent américain) qui furent longtemps une terre promise pour les Européens qui y cherchèrent la fortune. Les Indes est donc l’image des terres du nouveau monde, avec beaucoup de ressources naturelles, de richesses et donc d’espoir d’y faire fortune pour les navigateurs et aventuriers venus du vieux continent. Jules Verne dans ce titre fait un parallélisme entre les richesses des pays les plus industrialisés d’Europe, richesses fondées sur l’industrie, le travail ouvrier, les grandes villes, et l’exode rural, et donc partant le début d’une nouvelle forme de consommation mais surtout sur l’énergie de l’époque, le charbon, durant la période de la révolution industrielle dans la seconde moitié du 19ème siècle suite à l’invention de la machine à vapeur. Ces richesses s’opposent : d’un côté la nature et les vastes terres du nouveau monde, et de l’autre l’industrie lourde, la métallurgie et l’exploitation des mines de charbon en Europe, d’où l'adjectif « Noires ». Ce titre est donc un oxymore entre les Indes et le noir.

Car ce roman, loin de se focaliser sur les Indes à proprement parler, situe son récit en Europe, dans des paysages désolés par la misère, quasi désertiques dans des anciennes régions industrielles du vieux continent, et notamment les vieilles houillères qui sont des sites d’exploitation et d’extraction de la matière première la houille, ou le charbon que l’on peut utiliser comme énergie ou combustible, dans la région d’Aberfoyle en plein milieu de l’Écosse : ces houillères sont à l’arrêt car elles sont censées être quasiment épuisées, depuis une dizaine d’années plus rien ne fonctionne, plus personne ne travaille et la région ne crée plus aucune richesse.

Cependant le parallélisme ne s’arrête pas là, vue la découverte d’un nouveau filon par les deux compères, ainsi que leur exploration d’une nouvelle fosse. La possibilité de relancer l’activité minière de la région renvoie à l’image de la découverte du nouveau monde par les navigateurs européens, permettant à leur pays d’origine de s’enrichir considérablement ; les pays du nouveau monde pouvant être comparés à des nouveaux filons miniers.

Pour reprendre l’opposition Indes et noires, le paysage décrit verse du côté du noir, car il est désolé, dépeuplé et sombre, comme si plus aucune âme n’y vivait depuis des nombreuses années, comme un endroit totalement mort. Jules Verne utilise une métaphore cadavérique pour personnifier la situation de la mine : « La houillère, épuisée, était comme le cadavre d’un mastodonte de grandeur fantastique, auquel on a enlevé les divers organes de la vie et laissé seulement l’ossature », « Ce morceau de houille, mes amis, reprit James Starr, c’est comme le dernier globule du sang qui circulait à travers les veines de la houillère ! ». L’auteur y dépeint des cages d’ascenseurs, des rails hors d’usage, et la disparition des machines, des wagons et de tout ce qui a pu être déplacé depuis que l’activité y a cessé.

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