Les Mots

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L’écriture pour spiritualité

L’enfantse crée un monde imaginaire dans lequel il joint le monde de la spiritualité àcelui de la lecture. Ainsi, l’apprentissage de la lecture prend chez lui desaspects de quête religieuse. Lorsqu’il découvre les livres, Sartre les assimileà des objets religieux, mystérieux et renfermant un savoir suprême. Songrand-père, qui est capable de comprendre les livres et de les expliquer, prendsystématiquement dans son esprit le rôle de prêtre. Et la parole de songrand-père devient pour lui parole d’évangile. Plus encore, Jean-Paul apprend àlire grâce aux lectures de sa mère et de son grand-père. Mais tandisqu’Anne-Marie ne fait que lui lire les textes, le grand-père Charles luiapprend à les comprendre. « Petit-filsde clerc, je suis, dès l’enfance, un clerc ; j’ai l’onction des princes d’Église,un enjouement sacerdotal. »

         « Jen’avais ni leurs dons ni leurs mérites et je n’envisageais pas encore d’écriremais, petit-fils de prêtre, je l’emportais sur eux par la naissance ; sansaucun doute j’étais voué : non point à leurs martyres toujours un peuscandaleux mais à quelque sacerdoce ; je serais sentinelle de la culture,comme Charles Schweitzer. Et puis, j’étais vivant, moi, et fort actif : jene savais pas encore tronçonner les morts mais je leur imposais mes caprices… »

         C’est en partie cette vision du mondequi a poussé l’auteur à lire avec autant d’entrain. Il n’en fait pas unpasse-temps, mais un véritable culte. Plus encore, l’identification de lalittérature à la religion se fait plus impérative lorsqu’il est question del’écriture. Jean-Paul se croit investi d’une mission divine. Son rôled’écrivain serait alors de devenir le sauveur de l’humanité. Cet aspect estencore un reflet de son orgueil personnel. Il rêve de parvenir un jour à unegloire suprême grâce à ses prouesses littéraires : « On écrit pour ses voisins ou pour Dieu. Je pris le partid’écrire pour Dieu en vue de sauver mes voisins. Je voulais des obligés et nonpas des lecteurs. »

« je voyais bien qu’ils avaient — Dieu seul savait pourquoi— besoin de mes secours et que ce besoin m’avait engendré, moi, l’unique moyende le combler. Je m’appliquais à surprendre, au fond de moi-même, cetteuniverselle attente, ma source vive et ma raison d’être ; je me croyaisquelquefois sur le point d’y réussir et puis, au bout d’un moment, je laissaistout aller. »

         Toutefois, le grand-père de Sartre quil’encourage à lire semble déterminé à empêcher l’enfant de devenir écrivain. Ilsemble donc mettre autant d’efforts pour le sortir de l’écriture qu’il en a mispour le mettre dans la lecture. Ainsi, lire et écrire constituent un sacerdocepour le jeune enfant et même s’il se sert de subterfuges pour faire croire àses prouesses intellectuelles, la vérité reste que son admiration pour legrand-père Charles est bien réelle, et il espère un jour devenir prêtre de laculture comme l’est le grand prêtre Charles.

         

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