Les Nuits

par

La Nuit d’août

Dans La Nuit d’août, les rôles (et émotions) du poète et de la Muse s’inversent. En effet, ici c’est la Muse qui vit désormais dans la détresse, et se sent abandonnée par le poète. Le poème s’ouvre alors sur une lamentation de la Muse : « Depuis que le soleil, dans l’horizon immense, / A franchi le Cancer sur son axe enflammé, / Le bonheur m’a quittée, et j’attends en silence / L’heure où m’appellera mon ami bien-aimé. / Hélas ! Depuis longtemps sa demeure est déserte ; / Des beaux jours d’autrefois rien n’y semble vivant. »

En réalité, la Muse se plaint du fait que le poète, ayant regagné quelque espoir passager, s’éloigne d’elle, sa source d’inspiration, pour rechercher des plaisirs mondains et se relancer dans des folies amoureuses identiques à celles qui l’avait précédemment brisé : « Que t’en vas-tu chercher, sinon quelque hasard ? Et que rapportes-tu, sinon quelque souffrance ?Il ne te restera de tes plaisirs du monde / Qu’un impuissant mépris pour notre honnête amour. » Elle essaie de le convaincre que la voie qu’il suit est vaine, temporaire, et ne lui apportera qu’une satisfaction passagère : « Tu suis un pâle éclair dans une nuit profonde. » Mais le poète lui répond de manière plutôt joviale pour quelqu’un qui vient d’avoir le cœur brisé : « Salut à ma fidèle amie ! Salut, ma gloire et mon amour ! » Pour défendre sa position, le poète argumente avec la Muse que tout comme les fleurs, l’homme se renouvelle toujours, et suivant l’ordre de la nature, tout n’est que poussière, raison pour laquelle il décide de vivre sa vie et d’aimer, car de toute façon il finira par mourir : « Ô Muse ! Que m’importe ou la mort ou la vie ? »

Il utilise une anaphore persistante : « puisque », mettant ainsi l’accent sur tous les éléments de la nature – à titre d’exemple – qui prouvent que la condition humaine, heureuse ou malheureuse n’est que temporaire. Il insiste également sur son désir d’aimer, en utilisant l’anaphore : « J’aime ». Étant donné que tout est éphémère, le poète se dit donc prêt à vouloir tout sacrifier pour un simple plaisir : « J’aime, et je veux pâlir ; j’aime et je veux souffrir ; / J’aime, et pour un baiser je donne mon génie… ». La Muse, désolée par sa décision, est forcée d’accepter ce choix du poète, bien qu’elle sache qu’il ne fait que s’engouffrer dans l’erreur à cause de sa recherche effrénée d’une consolation humaine. Elle réalise donc que peu à peu, il perd sa flamme artistique, sa lumière de poète : « Hélas ! Mon bien-aimé, vous n’êtes plus poète. / Rien ne réveille plus votre lyre muette ; / Vous vous noyez le cœur dans un rêve inconstant ; / Et vous ne savez pas que l’amour de la femme / Change et dissipe en pleurs les trésors de votre âme ».

Par la réaction du poète, on se rend compte qu’il a atteint un niveau de souffrance ultime. Il est encore dans la peine et essaie de soigner sa blessure sentimentale en faisant de nouvelles conquêtes. Il ne prend pas le temps de laisser guérir cette blessure, et se jette aveuglement dans une autre aventure, car il veut vivre.

 

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