Les Nuits

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Résumé

Les Nuits est une œuvre du poète et dramaturge français Alfredde Musset. C’est un ensemble de quatre longs poèmes de l’auteur, rédigés de1835 à 1837. Ils furent tout d’abord publiés dans La Revue des deux Mondes.

Les Nuits forment un cycle, comme les quatre saisons d’uneannée, qui débute par « La nuit de mai » (le printemps), et sepoursuit par « La nuit de décembre » (pour l’hiver), « La nuitd’août » (pour l’été) et enfin « La nuit d’octobre » (pourl’automne). Ces poèmes seront ensuite souvent rassemblés et réédités ensemble,surtout en France.

Dansces œuvres, l’auteur privilégie l’expression de l’émotion, et s’attache àdécrire la variété et la complexité des sentiments qui accompagnent la passionamoureuse tout au long de sa relation avec sa muse. Ces poèmes furent écritssuite à la rupture de Musset avec l’écrivaine George Sand, et il s’agit donc d’uneoeuvre sentimentale, nostalgique, présentant une allégorie de l’amour, où lepoète va dialoguer avec sa Muse qui l’a quitté.

Cespoèmes, représentant chacun une des quatre saisons, bien que rédigés sur deuxannées et non une seule, forment une sorte de chronique sentimentale, un étatdes lieux de l’auteur, dans son corps, son esprit, son cœur aussi. Il fautnoter que Musset a perdu son inspiration, a arrêté d’écrire, ou en tout cas aperdu en rendement et en qualité à partir de 1838. Ces productions sont doncparmi les derniers chefs-d’œuvre de l’écrivain, qui fut contesté par sonépoque, ses observateurs et analystes, pour avoir pris ses distances avec lamode d’alors en littérature, le romantisme. Ces quatre poèmes élégiaques des Nuits ressemblent ainsi à une chroniquepassionnelle mais aussi douloureuse (la passion étant montrée comme une douleur,un mal qui ronge l’homme). Musset avait d’ailleurs écrit dans La Revue desdeux Mondes que l’utilisation des quatre saisons n’était autre que samanière de comparer l’année aux saisons du cœur et de la vie.

 

Dans« La nuit de mai », poème en alexandrins quand la muse s’exprime, enoctosyllabes quand il s’agit du poète, on retrouve l’auteur en discussion avecsa muse imaginaire. Celle-ci est toujours à ses côtés dans son esprit, bienqu’elle ne soit physiquement plus là. Lors de cette conversation, la muse lepousse à se lancer, à se remettre au travail, à écrire. Elle lui propose mêmede chanter afin d’extérioriser son mal-être. Ce poème est donc une mise en abyme,où le poète écrit à propos du fait d’écrire de la poésie. Mais le poète avoueêtre une sorte d’amant « paresseux ». La muse lui propose des sujets,des thèmes pour écrire, mais aussi des genres poétiques ; elle lui parleavec grâce. Le poète « écoute parler le cœur », préfère le silence, etprend ainsi du recul, enfermé dans sa douleur immense. Il veut ainsi rapprocherle « dire » et le « vivre », en écoutant plutôt le cœur, lecorps, en réfléchissant sur la vie, pour mieux l’exprimer, le plus jolimentpossible.

Lamuse lui propose de faire part de sa douleur dans la poésie, par des poèmesmélancoliques, qui sauront trouver un écho dans le public. Le poète appréciel’idée, mais juge la tâche au-dessus de ses forces ; il s’incline face àla douleur qu’il ressent, et reste cloîtré dans son silence.

 

Dans« La nuit de décembre », Musset se remémore son passé et retombe enenfance. Puis vient son adolescence, les expériences nouvelles d’un jeune hommeneuf. Il enchaîne ensuite avec l’évocation des mauvais moments, ceux d’un amanttrompé par celle qu’il aimait et en qui il avait eu aveuglément confiance. Ilfait rapidement le parallèle avec sa rupture avec G. Sand et révèle un genre dedouble étrange et complice à la fois, représenté par son passé, lui en plusjeune ; son souvenir de l’adolescence présente quelqu’un selon lui « Quime ressemblait comme un frère » dit-il. Ce thème du double est fréquentdans les œuvres de Musset, adepte des parallèles et des rapprochements despersonnes avec les esprits. Ce double qui incarne l’auteur dans sa jeunesseindique que les déceptions amoureuses forment un cycle qui se reproduit. Lepoète, sans espoir et sans foi dans l’humanité, exprime que le seul être quipourrait être digne de sa confiance, devenue chère et rare à ses yeux, seraitun double de lui-même, ayant vécu les mêmes choses, senti le même mal-être, quieût été présent aux moments les plus douloureux.

Sasituation est la suivante : il n’a plus sa muse, celle qu’il aimait, avecqui il parlait tant, qui lui donnait envie de vivre, d’écrire, de raconterl’amour, de continuer. Il est donc dans une solitude extrême, une solitude quil’obsède. Il entame par conséquent un dialogue avec ce double, qui est enréalité un monologue, afin de s’interroger sur ce qu’il doit faire. Le double aconscience qu’il faut s’en aller de ce corps, de cet autre moi qui ne peut serelever. Sa solitude est telle qu’il exprime dans le dernier vers clairement :« Ami, je suis la solitude ».

 

« Lanuit d’août » fait référence aux plaisirs d’été, aux gourmandises, au soleil,à la chaleur, à la beauté et au temps qui passent si vite. C’est également undialogue entre le poète et sa muse. Le poète accueille sa muse avec une grandejoie, enthousiasmé par la belle saison : il lui montre qu’il se sent bien,qu’il va mieux. La muse pour sa part est inquiète pour lui, car elle sait queles plaisirs de l’été ne sont qu’illusions ; son bonheur seraittemporaire, et même factice. Elle veut le calmer, qu’il reprenne ses esprits.

Lamuse lui annonce que cette saison ne doit pas lui donner l’impression qu’il estguéri de ses désillusions amoureuses, de ses blessures encore vives. Ellecraint qu’il ne soit rattrapé par la réalité et qu’il ne regrette ces momentsd’insouciance.

Lepoète pour sa part n’entend guère ces mises en garde, il croit qu’il peut êtreheureux à nouveau, renaître après la douleur. Mais ce bonheur n’est qu’uneillusion, l’été est si court que le poète sera bientôt malheureux à nouveau. Eneffet, Musset présente un poète ivre, seul, mais qui ne se rend pas comptequ’il sera malheureux passé les beaux jours. Le poète, si sincère, voudraitpouvoir oublier ses souffrances, mais ce n’est pas possible.

 

« Lanuit d’octobre » présente le calme et « les bienfaits de ladouleur ». Le poète est plus posé et réfléchi que lors de l’été si faste,si beau mais si court. L’auteur pense avoir guéri de ce mal qui le rongeait, dece mal d’amour. Il évoque alors le passé, ses souvenirs. Mais rapidement, il serend compte qu’il souffre et maudit de tout son cœur celle qui en est àl’origine, qu’il aime encore tant. La muse, toujours à ses côtés, essaie de leconsoler. Elle lui explique que grâce à cette expérience, cette leçon del’ivresse de l’été et de la tristesse qui arrive en automne, il doit mieuxprofiter et savourer les plaisirs simples de tous les jours, les « joiesterrestres ». Le poète, après réflexion, prend conscience que la muse araison ; il se résout à renaître avec le jour qui se lève et à retrouverle bonheur.

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