Les Nuits

par

La Nuit d’octobre

Dans La Nuit d’octobre,on réalise que le poète semble avoir acquis quelque maturité. Il esteffectivement capable d’exprimer sa colère et son ressentiment à l’égard de samaîtresse infidèle (George Sand), et ceci lui permet de trouver la force deretourner à la poésie dans son cabinet d’étude, son « palais », son « petitunivers ».

De son côté, la Muse est heureuse d’avoir retrouvé sonpoète. Néanmoins, elle suspecte en s’inquiétant que cette maturation du poète apris une tournure quelque peu déviante, dans le sens où son amour passé pour samaîtresse précédente a été transformé en un sentiment diamétralement opposé :la haine, car en effet le poète vocifère : « Honte à toi qui la première / M’as appris la trahison… / Honte àtoi, femme à l’œil sombre, / Dont les funestes amours / Ont enseveli dansl’ombre / Mon printemps et mes beaux jours ! / C’est ta voix, c’est tonsourire, / C’est ton regard corrupteur, / Qui m’ont appris à maudire / Jusqu’ausemblant du bonheur… »

Mais la Muse, dans sa sagesse, suspecte que les blessuresdu poète seraient encore un peu trop fraîches et susceptibles de se réveiller.Elle l’incite à maintenir sa paix de cœur : « Si l’effort est trop grand pour la faiblesse humaine / Depardonner les maux qui nous viennent d’autrui, / Épargne-toi du moins letourment de la haine ; / À défaut du pardon, laisse venir l’oubli. »Elle rappelle également au poète que sa douleur est nécessaire pour samaturation. Ainsi, pour grandir il faut souffrir : « L’homme est un apprenti, la douleur est son maître, / Et nul nese connaît tant qu’il n’a pas souffert. » Elle pousse encore sonargument plus loin en faisant une analogie avec les cultures : « Les moissons pour mûrir ont besoin derosée ; / Pour vivre et pour sentir l’homme a besoin des pleurs… »

Dans ce poème, on remarque également que Musset ne selimite pas seulement à faire la leçon au poète, mais généralise cetenseignement au rang de tous les hommes. La souffrance fait partie du processusde développement, et comme le « baptême » chrétien, la souffrancebaptise l’homme face aux épreuves de la vie. De même, ayant souffert l’hommeest capable de mieux apprécier le bonheur, et la Muse le prouve au poète enpersistant dans son argument : « N’as-tupas maintenant une belle maîtresse ? / Et, lorsqu’en t’endormant tu lui serresla main, / Le lointain souvenir des maux de ta jeunesse / Ne rend-il pas plusdoux son sourire divin ? » (Ici, la belle maîtresse à laquelle la Musefait référence est Aimée-Irène d’Alton, nièce de Madame Jaubert. C’est unejeune fille de vingt ans avec laquelle Musset eut une relation durable.)

En fin de compte, le poète se sent guéri et apaisé :« Je suis si bien guéri de cettemaladie, / Que j’en doute parfois lorsque j’y veux songer… /Il est doux de pleurer, il est doux de sourire / Ausouvenir des maux qu’on pourrait oublier. » Il admet la nécessité de sa souffrance comme un moyen decroissance personnelle et émotionnelle. Il parvient donc à effacer de samémoire le souvenir de son premier amour avec George Sand, pour laisser placeaux nouveaux souvenirs qu’il est prêt à créer avec Aimée-Irène d’Alton.

 

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