Les Nuits

par

La Nuit de décembre

La Nuit de décembre est totalement différente des trois nuits précédentes.Ici, Musset ne fait point allusion à son cœur brisé, sa rancœur envers sa maîtresseinfidèle, son retour à la poésie ou quelque autre sujet qui eût déjà été abordédans les autres nuits. De plus, bien que cette nuit soit également conçue sousforme de dialogue, il n’y a point de Muse et Musset est l’interlocuteur principal.C’est un peu comme s’il effectuait un monologue qui est cependant brisé à lafin par l’intervention d’une seconde personne.

Dans ce dernier poème, Musset se pose une question rhétoriqueconstante : « Quies-tu ? ». Il s’interroge sur la nature d’un être, d’une ombre,toujours vêtue de « noir »et qui lui ressemble « comme unfrère ». Le fait que cette ombre s’accoutre toujours en noir lui donned’emblée une connotation négative, une aura néfaste. Mais jusque-là on ne sait àquel point le sort jeté à Musset est mauvais, lui qui est poursuivi parcette ombre inconnue. Encore plus étrange, cette ombre se fait une place prèsde l’auteur à chaque moment de tristesse dans lequel il se trouve, et ceci àchaque stade de sa vie, dès l’enfance : « Du temps que j’étais écolier, Je restais un soir à veiller… / Devantma table vint s’asseoir / Un pauvre enfant vêtu de noir, / Qui me ressemblaitcomme un frère » ; à l’adolescence : « Comme j’allais avoir quinze ans / Je marchais un jour… / Dans unbois… / Au pied d’un arbre vint s’asseoir / Un jeune homme vêtu de noir, / Quime ressemblait comme un frère » ; à l’âge adulte, à la mort deson père : «Un an après, il étaitnuit ; / J’étais à genoux près du lit / Où venait de mourir mon père. / Auchevet du lit vint s’asseoir / Un orphelin vêtu de noir, / Qui me ressemblaitcomme un frère. »

Musset a donc l’impression que cet « hôte assidu à ses douleurs » est toujours avec lui danssa tristesse. Et bien que cette ombre ne soit point la cause des malheurs deMusset, elle ne lui offre cependant point de réconfort face à ces situationsdifficiles, ce qui rend le poète encore plus perplexe face à la nature de cetêtre qui n’est décidément ni son ange gardien, ni son ange de la mort. Ilcontinue donc à se questionner, sans jamais trouver de réponse : « Qui donc es-tu, morne et pâle visage,/ Sombre portrait vêtu de noir ? / Que me veux-tu, triste oiseau de passage ? /Est-ce un vain rêve ? / Est-ce ma propre image / Que j’aperçois dans cemiroir ? »

Et lorsque Musset n’en peut plus de se demander qui estréellement cet observateur de sa tristesse qui l’a suivi sur terre depuissa jeunesse, l’ombre se révèle à lui, dans sa véritable nature : « Ami, je suis la Solitude. »Cette révélation permet sans doute à Musset de comprendre pourquoi il s’estsenti aussi seul dans sa vie, de son enfance jusqu’à ses derniers jours. Et il clôtle poème sur un ton encore plus dramatique. La Solitude lui révèle qu’il nesera plus jamais seul, du moins dans ses moments de tristesse, jusqu’à l’heurede sa mort ; en effet, il sera pour toujours accompagné de la Solitude,son fidèle ami : « tu m’asnommé par mon nom / Quand tu m’as appelé ton frère ; / Où tu vas, j’yserai toujours, / Jusques au dernier de tes jours, / Où j’irai m’asseoir sur tapierre. »

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