Les Nuits

par

La Nuit de mai

La Nuit de mai fut inspirée à Musset par sa rupture amoureuse avec George Sand. Musset eut du mal à se séparer d’elle malgré l’infidélité de celle-ci, et ce fut Sand qui prit l’initiative finale de terminer cette relation qui avait toujours été tumultueuse. Accablé dans son cœur écorché par un amour insatisfait, Musset se résout à écrire La Nuit de mai.

Ce poème commence par une interpellation du poète par la Muse, un appel à la réconciliation entre lui et sa poésie : « Poète, prends ton luth et me donne un baiser ». Le baiser ici représente le signe de la réconciliation, et le luth (instrument lyrique à cordes) représente la poésie. Mais pour le poète, il est encore trop tôt pour trouver de l’inspiration, car son cœur est trop meurtri par les blessures que lui ont laissées Georges Sand : «Pourquoi mon cœur bat-il si vite ? / Qu’ai-je donc en moi qui s’agite / Dont je me sens épouvanté ? » Mais la Muse continue d’insister sur l’urgence de cette reconnexion avec la poésie : « Mon sein est inquiet ; la volupté l’oppresse, / Et les vents altérés m’ont mis la lèvre en feu. » Pour l’en convaincre, elle lui rappelle cette nuit magique où elle devint sa muse, sa seule source d’inspiration.

Cependant, la Muse reconnaît aussi que quelque peine brûle toujours dans le cœur du poète, et n’est pas insensible à son malheur : « c’est moi, ton immortelle, / Qui t’ai vu cette nuit triste et silencieux, / Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire / Te ronge, quelque chose a gémi dans ton cœur ». Mais elle sait aussi que cette peine que ressent le poète est aussi passagère que l’était la source de cette peine (l’amour humain), amour qu’elle qualifie comme « Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur ». Pour la Muse, le bonheur réel viendra de la réalisation de sa mission de poète, dans le retentissement de ses chants partout dans l’univers, et même dans d’autres cœurs aussi brisés que le sien. On ressent donc une certaine insistance de la part de la Muse, lorsqu’elle pousse le poète à retourner à sa véritable essence. La Muse insiste car elle réalise la valeur de la poésie et l’importance critique des poètes : « Prends ton luth ! Prends ton luth ! Je ne peux plus me taire ».

La Muse démontre également au poète que son don de poésie est un don divin, et qu’il doit l’utiliser pour créer le véritable bonheur, les plaisirs durables. Mais ces plaisirs ne peuvent pas ne pas être accompagnés de souffrance, et c’est dans cet ordre d’idées que la Muse présente même la souffrance du poète comme une sorte de bénédiction, ou mieux, d’inspiration. Ainsi, elle ne souhaite pas que le poète se sépare de sa souffrance, loin de là : elle l’incite plutôt à ne pas se lamenter et paresser éternellement sur cette souffrance : « L’herbe que je voulais arracher de ce lieu, / C’est ton oisiveté», et à utiliser cette peine humaine de façon positive, d’une manière qui puisse l’aider à toucher d’autres cœurs : « Quel que soit le souci que ta jeunesse endure, / Laisse-la s’élargir, cette sainte blessure / Que les noirs séraphins t’ont faite au fond du cœur ». Car en effet la mission du poète ne s’arrête pas là, et en temps de peine et de souffrance le poète devient donc indispensable. Comme le pélican qui a désespérément fouillé la profondeur des mers à la recherche de quelque nourriture pour ses petits, ainsi le poète « Pour toute nourriture… apporte son cœur » pour satisfaire son audience (le cœur étant la métaphore pour les pensées, sentiments, émotions, meurtrissures, etc.) ; et ce cœur demeure son ultime source d’inspiration.

La Nuit de mai est donc un plaidoyer en faveur de la continuation de l’art qu’est la poésie malgré la peine de cœur dont souffre le poète. La Muse, source d’inspiration du poète, l’incite à « s’inspirer » de ce mal de cœur comme d’une source d’illumination, car en réalité « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux ». La Muse utilise donc une variété d’arguments tels que la mission essentielle du poète, son don divin, sa peine comme source d’inspiration, les souvenirs de cette nuit passée où elle devint sa Muse, etc. pour convaincre le poète de retourner à son art. 

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