Les Raisins de la colère

par

Les fondements d’un nouvel état d’esprit

Steinbeck jette les bases d’une nouvelle manière de penser et d’envisager le monde, tout en les critiquant avec virulence. Il veut mettre en valeur l’injustice constante à laquelle sont livrés les hommes. Il utilise la métaphore du cycle des saisons pour montrer que non seulement la terre est violée, mais également que l’ordre logique des choses, la nature en tant que berceau de l’humanité se trouvent chamboulés. En effet, l’homme qui ne vient pas de la terre, en s’appropriant des terres dont il connaît peu l’histoire et le fonctionnement, désorganise complètement le cycle naturel des récoltes et des plantations. Il se dresse contre la terre qui l’a porté, même de loin, et la renie totalement. Steinbeck dénonce ainsi les cultures de coton qui assèchent et meurtrissent les sols, tout en montrant l’inconscience humaine. Ces cultures utilisent une variété de produits nocifs pour que ses rendements soient plus importants pour un temps déterminé, ce qui ne les situe plus dans une logique de durée et de respect, mais à l’inverse, elles relèvent alors d’un viol brutal et d’une forte production dont le but visé est l’immédiateté. En raison de ce comportement, l’homme se met la terre à dos puisqu’il est lui-même victime des produits qu’il utilise pour la rendre plus « efficace ». En effet, l’auteur décrit parfaitement les masques, les gants, tout l’arsenal que les paysans doivent désormais porter pour être protégés des exhalaisons chimiques des substances employées. Étant désormais dans une logique de haine et de danger, ils font d’elle une ennemie à combattre, affaiblie et rendue vulnérable dans une logique d’épuisement.

L’injustice est également mise en valeur du point de vue de la loi, qui devient de plus en plus un objet de peur et d’incompréhension plutôt qu’une fondation tangible sur laquelle on peut s’appuyer. Parmi l’effondrement des valeurs mis en lumière par Steinbeck, la loi apparaît qui se retourne contre ses citoyens. En effet, les représentants de celle-ci sont considérés comme ceux qui ajoutent du tracas supplémentaire à la vie en ignorant complètement l’humanité des voyageurs. Par exemple, lorsque le père de Pa Joad décède sur la route, la loi de l’État où l’événement survient interdit de l’enterrer dans son sol :« Y a des cas où qu’y a pas moyen de suivre la loi […]. De la suivre en se comportant de façon convenable, tout au moins. […] Y a des fois qu’il faut tourner la loi. Et je maintiens que j’ai le droit d’enterrer mon propre père ». Ainsi, Pa Joad soulève une objection contre la loi, montrant que dans cette société où de nouvelles valeurs remplacent peu à peu les anciennes, on ne peut même plus se fier aux sentiments que l’on croit être les meilleurs, ni à nos bonnes intentions. Il faut suivre la loi, et d’une façon qui semble parfois arbitraire puisque celle-ci fluctue d’un État à l’autre. Steinbeck insiste sur ce flou existant entre les différentes manières d’appliquer la loi, ce qui rend les voyageurs d’autant plus perdus et déboussolés. Cette incompréhension creuse d’autant plus l’écart entre l’État et les citoyens, qui se sentent dissociés de cette structure qui devient ainsi à leurs yeux un instrument de rejet.

Le voyage des Joad prend donc la forme d’un parcours où il s’agit, malgré les obstacles, de rester fidèle à certaines valeurs, dans un monde où la règle paraît mouvante. Alors que le rapport avec la nature est refondu et bafoué, la loi devient un objet de crainte. 

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