Les Raisins de la colère

par

Une mutation dans le travail de la terre

L’auteur à travers son roman se livre à une critique virulente d’un capitalisme nouveau, d’une nouvelle manière de concevoir le progrès. La terre, la famille et la patrie, idéaux et objets chers aux Américains, perdent complètement leur valeur à mesure que de grands propriétaires se l’approprient. Toute tradition, du temps où chacun y trouvait son compte, est remise en question, et à tout propos est montrée la prédominance du riche sur le paysan et du propriétaire sur le métayer. La propriété concerne désormais, d’abord et avant tout, des institutions abstraites, telles que la banque, qui apparaît comme un ogre, un monstre invincible que personne ne peut toucher, mais que tous craignent. Tout est désormais calculé, pesé, classé. Cette logique froide et implacable contribue à créer un chômage massif ; les métayers doivent dorénavant faire avec un monde qu’ils ne connaissaient pas jusqu’alors et dont il est difficile de maîtriser tous les mécanismes.

De plus, cette nouvelle forme de « progrès » mène à une violation de la terre que Steinbeck ne manque pas de souligner. Ceux qui en sont désormais propriétaires ne l’aiment pas, ne la respectent pas. La terre est utilisée comme matière à produire, à donner, puis à être épuisée sans partage. L’auteur va jusqu’à parler de « viol sans passion », et il qualifie l’esprit de la banque de « corrompu » et d’« inconscient ». Il utilise souvent la métaphore de la terre-mère, nourricière, violée et meurtrie par un fils déchu.

Le monde rural perd ainsi totalement de sa valeur, il est présenté comme faible et pitoyable. Tout ce qui paraissait tangible et fiable s’effondre peu à peu dans la misère de l’exploitation par le système bancaire. Ainsi, affaibli dans sa chair, ce monde perd confiance et ne croit même plus en lui. Il suivait une logique affective, basée sur l’amour et la reconnaissance, et en perdant leurs terres, les métayers perdent une partie d’eux-mêmes, une partie de leurs valeurs morales et de ce à quoi ils aspiraient. Ils sont déshumanisés et ne savent même pas à qui s’en prendre, puisque l’ennemi semble appartenir à une machine aux échelons tellement hiérarchisés que le sommet en reste inaccessible.

« C’est ça qui fait qu’elle est à nous… d’y être nés, d’y avoir travaillé, d’y être enterrés. C’est ça qui donne le droit de propriété, non pas un papier avec des chiffres dessus ». Le « ça » qui donne droit de propriété selon Steinbeck, c’est donc l’amour et la patience avec laquelle la terre est cultivée.

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