Les Raisins de la colère

par

Une vision prophétique

Le roman présente une société où la lutte desclasses prend l’apparence d’une lutte idéologique. Les ouvriers accusés d’êtredes rouges sont incarcérés et réprimés, parfois sur la base de simples rumeurset de dénonciations infondées. Publié en 1939, bien avant la guerre froide, Les Raisins de la colère constitue uncompte rendu précoce de la situation qui a prévalu dans le monde occidentalpendant la période de la guerre froide. Seule la crainte qu’inspirait alors unepropagation de l’idéologie communiste était plus grande que les mesures misesen œuvre pour l’endiguer. Le climat décrit dans l’ouvrage trouve une consonanceréelle avec les notions de « chasse aux sorcières », de « peur rouge »ou de « maccarthysme », qui seront un peu plus tard d’actualité aux États-Unis.

Mais au-delà de la guerre froide, le message contenudans Les Raisins de la colère estresté pertinent plus d’un demi-siècle plus tard. En effet, les criseséconomiques qui ont affligé le monde à la fin du XXe siècle et surtoutau début du XXIe siècle, devenues évidentes avec la crise dessubprimes, peuvent faire écho au pessimisme de l’auteur qui revêt un caractèreprophétique. La responsabilité des temps de crise est attribuée dans le roman àune politique irresponsable des grandes banques américaines, motivéesuniquement par l’appât du gain : « Etles sociétés et les banques travaillaient à leur propre perte. Les vergersregorgeaient des fruits et les routes étaient pleines d’affamés ».

Même si aux États-Unis le mécontentement socialn’est jamais allé plus loin que l’organisation de quelques manifestationspopulaires, ailleurs dans le monde occidental une révolte de grande ampleur –appelée par Steinbeck une « vendange » – a pu se constituer. L’histoireregorge d’exemples d’États où l’oppression des masses par les plus fortunés amis en route de véritables révolutions. C’est le cas de la plupart des Étatsd’Europe de l’Est et d’Afrique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale –autant d’États où les moins nantis ont pris en main les rênes du pouvoir pourpunir les crimes du capitalisme et de la bourgeoisie : « Il y a là un crime si monstrueuxqu’il dépasse l’entendement […]. Il y a une faillite si retentissante qu’elleannihile toutes les réussites antérieures […] Dans l’âme des gens, lesraisins de la colère se gonflent et mûrissent, annonçant les vendangesprochaines ».

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