Les Yeux d’Elsa

par

Aragon : poète courtois

Elsa est mise sur un piédestal par son admirateur, elleparaît merveilleuse mais également inaccessible. Aragon parvient donc à recréerle schéma du conte courtois avec un chevalier servant qui voue à sa dame unamour pur et inébranlable. Le poète s’assimile donc à un chevalier qui faisantface à de nombreuses épreuves, se montre digne de l’amour d’Elsa. Cet aspect durecueil est mis en avant dans le poème « C » où le poète décrit unevéritable quête galante :

« Une chansondes temps passés

Parle d’un chevalierblessé

D’une rose sur lachaussée

Et d’un corsagedélacé

Du château d’un ducinsensé

Et des cygnes dansles fossés

De la prairie oùvient danser

Une éternellefiancée »

Il emprunte dans ce poème à plusieurs figures célèbres dufolklore médiéval. Il évoque les chansons des temps passés, le chevalierblessé, l’éternelle fiancée, le long lai des gloires faussées et ainsi desuite. Ainsi, l’amour défendu par des personnages tels que Lancelot ou Tristan,qui dicte toutes leurs actions et les garde fidèles à travers les épreuves, estle même amour dont l’auteur se réclame. C’est le contenu du court poème« On dira qu’un homme… ».

Ainsi, le poète n’a que son amour à donner, et loin de luifaire honte ou de l’embarrasser, l’amour qu’il ressent est une richesse, laseule richesse dont il puisse se vanter et pour laquelle il œuvrecontinuellement, afin d’être capable un jour de se montrer digne dans sesaffections de l’attention de la dame à laquelle il voue toute son admiration.

« On dira qu’unhomme

se doit de ne pasexposer son amour

sur la placepublique.

Je répondrai qu’unhomme

n’a rien de meilleur,

de plus pur, et deplus digne

d’être perpétué queson amour. » (« On dira qu’un homme… »)

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