Les Yeux d’Elsa

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L’éloge d’Elsa : la femme portée au rang de déesse

« Les Yeux d’Elsa » est le premier poème du recueil, et il donne le ton au reste desvingt poèmes dédiés à Elsa Triolet. Le lecteur y découvre dès les premièreslignes une sublimation de la femme aimée. En effet, elle est magnifiée dans saféminité et assimilée à une déesse, à une entité toute-puissante dont les yeuxcaptivent l’auteur. Des yeux qui, tour à tour, servent de miroir à tous lessoleils, engloutissent la mémoire des hommes, reflètent le temps qui change, etqui manquent au firmament pour compléter le nombre de ses étoiles. La femmeainsi évoquée fait l’objet de tout le recueil et chaque poème d’amour qui luiest adressé est une forme de prière à la femme, à la déesse, à la muse.

De plus, Aragon choisit de faire usage de la secondepersonne du singulier pour s’adresser à elle, de sorte qu’il crée unrapprochement entre le lecteur et la femme. Par cet effet, il fait vivre leportrait de cette femme non plus selon les traits d’une déesse hors de portéeet distante, mais d’une déesse qui vivrait parmi les hommes, à proximité.

Par ailleurs, le poète élève également la femme au rangd’entité supérieure de la nature. Elle n’est pas simplement un élément de plusdu paysage naturel, mais un élément dont les yeux suffisent à surpasser toutesles merveilles de l’univers. Ainsi, à travers ses vers, Aragon établit unecorrespondance entre tout ce qui dépasse le mortel, l’entendement humain, entretout ce qui relève du cosmique, du céleste, du temps et du divin, et les yeuxde sa femme bien-aimée. Il lui confère une immortalité en la sortant du carcanmortel de la femme.

« Mère des Septdouleurs ô lumière mouillée

Sept glaives ontpercé le prisme des couleurs

Le jour est pluspoignant qui point entre les pleurs

L’iris troué de noirplus bleu d’être endeuillé

Tes yeux dans lemalheur ouvrent la double brèche

Par où se reproduitle miracle des Rois

Lorsque le cœurbattant ils virent tous les trois

Le manteau de Marieaccroché dans la crèche. » (« Les Yeux d’Elsa »)

Mais chaque effort de sublimation de l’auteur est égalementrévélateur de sa situation. Chaque vénération qui place Elsa dans la sphèredivine a pour conséquence de maintenir le poète admiratif parmi les simplesmortels. Les émotions du poète rendent compte de cette situation d’infériorité.Il évoque la peur de perdre la femme qu’il aime et se présente lui-même commeune créature fragile et impuissante : « Jesuis auprès de toi comme un saule qui tremble / J’ai peur éperdument du sommeilde tes yeux » (« Elsa »).

« Le jour quisemblera l’arracher à l’absence

Me la rend plus touchanteet plus belle que lui

De l’ombre elle agardé les parfums et l’essence

Elle est comme unsonge des sens […]

J’aurai tremblétreize ans sur le seuil des chimères

Treize ans d’une peurdouce-amère

Et treize ans conjuré des périls inventés. » (« Cantique àElsa »)

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