Lettres Persanes

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Montesquieu

Chronologie : Vie,
Regards sur les œuvres & Pensée

 

1689 : Charles Louis de Secondat, dit Montesquieu, naît au château de La Brède, près de Bordeaux, dans une famille de magistrats de vieille noblesse. Élevé
parmi les paysans, on lui donne un mendiant pour parrain : il ne sera
jamais un courtisan, ni même un Parisien. De onze à seize ans il étudie chez
les oratoriens au collège de Juilly, où l’enseignement se
focalise beaucoup sur l’histoire. Il
étudie ensuite le droit à Bordeaux – il dira qu’à l’époque déjà
il cherchait l’« esprit »
de cette matière – et devient avocat
à dix-neuf ans. Il passe ensuite quatre ans à Paris, où il écrit notamment un traité sur la damnation des païens
aujourd’hui perdu, qui traduisait déjà une pensée peu orthodoxe.

1714 : Montesquieu est nommé conseiller
au Parlement de Bordeaux
. L’année suivante, son mariage lui rapporte une
importante dot. Il hérite de son
oncle la charge de président à mortier
en 1716, l’année où il entre à la
toute récente Académie des Sciences de
Bordeaux
, pour laquelle il s’emploiera à des travaux plus à même de
satisfaire sa curiosité. Il y
multipliera les interventions et les
communications, en physique (Mémoire sur l’Écho, sur la
transparence des corps
, sur le flux
et le reflux
, le mouvement), en sciences naturelles (Mémoire sur les maladies des glandes rénales).
Il y lit également une Dissertation sur
la politique des Romains dans la religion
– qui épingle l’usage que font
les puissants des croyances religieuses – ou sur les dettes de l’État, prémisses à d’autres travaux. Il partage
alors son temps entre Bordeaux et Paris et accorde sa préférence aux sciences physiques et naturelles,
toujours, plutôt qu’à l’histoire et la politique. Il mène des expériences scientifiques et aime à
observer au microscope.

1721 : Sous des dehors frivoles et une intrigue exotique (une histoire de
sérail où se croisent femmes infidèles et eunuques), les Lettres persanes offrent
une satire mêlée d’analyse cumulant hardiesses et propos irrévérencieux. Montesquieu s’est inspiré d’un procédé d’une
nouvelle de Dufresny mettant en scène un Siamois pour présenter la société française, surtout parisienne, à travers les regards ingénus de deux Perses visitant
l’Europe, occasion d’un changement de
perspective 
: l’étrange et l’étranger, c’est Paris et les Parisiens
eux-mêmes, et il s’agit de s’étonner de soi-même. Ces deux Perses écrivent à
leurs amis restés à Ispahan et leurs lettres évoquent sans préjugés les ridicules qu’ils observent. Il est
notamment question des cafés littéraires, des salons, de la courtisanerie, de
la mode. Le règne de Louis XIV, austère en sa fin, venait de s’achever, et
c’est une société versant facilement
dans la jouissance et le vice qui est représentée. Mais
Montesquieu se livre également à de nombreuses considérations politiques, historiques,
mais encore – et il est en cela un précurseur – sociologiques. Il est ainsi question des institutions de la monarchie
française
, des formes de
gouvernement
, de disputes théologiques – la charge contre les institutions religieuses et même l’esprit du christianisme est féroce –,
de la démographie et de ses rapports avec certains facteurs sociaux, des colonies, d’économie, etc. L’œuvre, publiée
sans nom simultanément à Amsterdam et Cologne, connut immédiatement un très grand succès et fut rééditée de
nombreuses fois au XVIIIe siècle. Montesquieu mène dès lors une vie mondaine jusqu’en 1725, se gagnant
une réputation de bel esprit dans
les salons, tout en continuant
d’administrer ses terres et son vignoble. À cette période il s’intéresse à la
politique, à la morale et aux mœurs. Dans ses Considérations sur les richesses de l’Espagne, il étudie la
décadence d’un pays qui s’était assuré le monopole de l’or, développant une nouvelle méthode d’analyse des civilisations
qui se déploiera plus amplement dans ses autres Considérations de 1734.

1725 : Le Temple de Gnide apparaît aujourd’hui comme un exercice de style qui eut quelque succès dans le monde galant de l’époque, et que Montesquieu jugea même bon de reprendre
et rééditer en 1743. Ce fut même son œuvre la plus éditée au XVIIIe
siècle. Il prétendit en être seulement l’éditeur, le véritable étant prétendument
un auteur de l’Antiquité, ce qui ne trompait personne, et Montesquieu de
recomposer une Grèce fantaisiste
la vie se déroulait légèrement, au gré d’amours
contrariées
, de voyages improvisés, d’épisodes reliés par une mince intrigue, prétexte à brosser
quelques tableaux. Le ton de satire et de persiflage des Lettre persanes n’est perceptible ici que sur un mode très mineur.

En 1726,
Montesquieu vend sa charge, et en 1728, il est reçu à l’Académie française. Il commence alors
un long tour d’Europe jusqu’en 1731,
se forgeant un esprit cosmopolite en
observant les mœurs et les institutions
des pays qu’il traverse, notamment celles de l’Angleterre où il séjourne un an.
Il s’intéresse également aux différents métiers, au fonctionnement des ports,
aux égouts, au système des impôts, à l’agriculture, s’entretient avec des
ambassadeurs comme des prostituées, et prend de nombreuses notes qui traduisent une curiosité sans limite. À cette documentation s’ajoutera celle qu’il
puise dans des livres et des journaux dont il recopie et découpe des extraits.
À l’issue de ce long voyage il se retranche chez lui pour deux ans.

1734 : Dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et leur
décadence
, Montesquieu livre un vaste tableau de la Rome antique,
analysant les différentes causes,
d’ordre général, moral ou physique, présidant à l’enchaînement des faits dans l’évolution d’une civilisation.
Montesquieu découvre ainsi à l’origine de la Rome antique des principes, comme la sévère discipline
militaire ou la sage conduite des affaires politiques par le Sénat, qui ont
d’abord assuré sa grandeur et sa prospérité. La décadence est venue de leur
corruption quand l’Empire s’est démesurément agrandi et qu’un nouveau
mode de gouvernement fut exigé : les armées durent s’éloigner de la cité,
trop de peuples purent se prévaloir du droit de cité, des fortunes s’élaborèrent
dans l’injustice, et les empereurs abusèrent d’un pouvoir dont les praticiens
avaient été dépossédé et qui résidait désormais dans le peuple. Même si
Montesquieu analyse les choses d’une façon plutôt déterministe, il relève des évolutions
discrètes
et des influences bilatérales : les institutions créées par
les chefs conforment à leur tour les gouvernants. L’auteur parle d’un « esprit général » que l’apparition
de nouvelles réalités vient altérer, et les idées fondamentales de L’Esprit des lois s’incarnent ici dans
un exemple historique concret. Si Montesquieu se montre parfois crédule
vis-à-vis de certaines légendes antiques, sa prise en compte de facteurs comme
le milieu et la tradition annonce
l’historiographie moderne
, bien qu’il évoque trop peu l’influence du fait
religieux. Entre 1734 et 1743, Montesquieu partage à nouveau son temps entre
Bordeaux et Paris.

1738 : On sait simplement que l’écriture de l’apologue Histoire véritable avait
commencé avant 1738. Montesquieu le reprendra ensuite plusieurs fois sans
jamais l’achever. Un homme raconte ses vies
passées d’une incarnation à l’autre
. Il est au départ le valet d’un
gymnosophiste puis il devient animal – insecte, perroquet, petit chien, bœuf,
éléphant – et à nouveau humain : eunuque ou femme de harem. Ces diverses
« transmigrations » comme les appelle Montesquieu visent à montrer l’immuabilité des véritables biens en dépit de la variété de conditions qui ne sont toujours que relatives. L’auteur livre à nouveau la satire d’une société qu’il
situe en Italie et le ton est globalement celui d’un pessimisme moqueur.

1748 : De l’esprit des lois est l’ouvrage philosophique majeur de
Montesquieu, fruit de vingt ans
d’enquête
. Il y distingue les lois
humaines
et les lois de la nature,
qui obéissent toutes à des rapports
nécessaires
. De la nature du
gouvernement
– despotique, monarchique, républicain – dépendent les lois.
Le législateur a un rôle fondamental
d’éducateur, il doit donc
privilégier la prévention à la
répression – Montesquieu condamne la torture. Le législateur devant prendre
soin d’adapter les lois aux conditions
générales d’un pays
, il convient de prendre en compte ses mœurs particulières, son climat, la nature du sol, la religion – à la base de la culture et
des traditions –, les façons de penser, l’« esprit de la nation » donc, ainsi que les conditions démographiques, des aspects commerciaux, etc. Les lois sont donc éminemment relatives (mais pas arbitraires) et
leur pertinence dépend également de l’époque considérée. Montesquieu livre ainsi
des études des lois romaines ou féodales. Sa préférence va à une monarchie constitutionnelle inspirée de
l’Angleterre, dans laquelle la noblesse
aurait un rôle majeur pour tempérer le pouvoir du monarque. Condition
cardinale, les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, pour éviter tout abus et assurer la liberté
institutionnelle et sociale, doivent être attribués à des personnes et instances
diverses. Il parle également du principe sur lequel repose chaque régime – la
crainte pour le despotisme, l’honneur pour la monarchie et l’esprit civique
pour la république – et dont dépend son maintien. L’ouvrage, s’il connaît un grand succès, sera également violemment attaqué, et Montesquieu
devra publier en 1750 une Défense
de l’Esprit des lois
, où il répond notamment aux critiques des jésuites
et des jansénistes. Condamné par la Sorbonne puis mis à l’Index, l’ouvrage
exercera toutefois une grande influence
sur les gouvernants des XVIIIe et XIXe
siècles
.

1754 : L’Histoire orientale ou Arsace et Isménie est un court roman
difficile à dater. Il a été en tout cas composé avant 1754, et fut peut-être envisagé
d’abord comme un épisode de l’Histoire
véritable
. Il s’agit d’un divertissement
dans le goût oriental de l’époque où,
à travers les péripéties que rencontrent
deux amants avant d’accéder au trône
ils forment un couple de souverains
idéaux
, Montesquieu défend la fidélité
conjugale
et livre sa conception d’un pouvoir
éclairé
.

1755 : Montesquieu meurt à Paris
à soixante-six ans. S’il a également écrit pour l’Encyclopédie (Essai sur le goût), sa participation ne
connaîtra de publication que posthume, comme nombre d’autres travaux laissés en
jachère. Philosophe aux convictions philanthropiques profondément ancrées, il reste
dans l’histoire comme un des fondateurs
de la pensée politique moderne.

 

 

« La tyrannie d’un prince ne met pas un État plus près de sa
ruine que l’indifférence pour le bien commun n’y met une république. »

 

Montesquieu, Considérations sur les causes
de la grandeur

des Romains et leur décadence,
1734

 

« Paris est peut-être la ville du monde la plus sensuelle, et
où l’on raffine le plus sur les plaisirs ; mais c’est peut-être celle où
l’on mène une vie plus dure. Pour qu’un homme vive délicieusement, il faut que
cent autres travaillent sans relâche. Une femme s’est mis dans la tête qu’elle
devait paraître à une assemblée avec une certaine parure ; il faut que,
dès ce moment, cinquante artisans ne dorment plus et n’aient plus le loisir de
boire et de manger : elle commande, et elle est obéie plus promptement que
ne serait notre monarque, parce que l’intérêt est le plus grand monarque de la
terre. »

 

Montesquieu, Lettres persanes, 1721

 

« Pour qu’on ne puisse
abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir
arrête le pouvoir. »

 

Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748

 

« L’étude
a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais
eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté. »

 

Montesquieu,
Mes pensées, 1899

 

« Si on ne voulait qu’être heureux, cela serait bientôt fait.
Mais on veut être plus heureux que les autres, et cela est presque toujours
difficile parce que nous croyons les autres plus heureux qu’ils ne le
sont. »

 

Montesquieu, Pensées diverses

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