Lettres Persanes

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Résumé

Usbek et Rica, deux Perses, décident de partiren voyage à travers l’Europe pour satisfaire leur « envie desavoir ». Leur progression, leurs découvertes, les évolutions de leur paysen leur absence, nous sont accessibles via les échanges épistolaires auxquelsils procèdent tout du long de leur périple.

Les deux lettres inaugurales sont de la maind’Usbek, alors qu’avec Rica il a déjà quitté sa ville, Ispahan, mais n’a pasencore dépassé les frontières de Perse : d’une part, il demande à son amiRustan, resté à la ville, de bien vouloir l’informer des réactions de leurentourage face à leur départ ; d’autre part, il commande au chef de seseunuques de divertir et de surveiller ses femmes, gardées dans un sérail.Quelques semaines après la première lettre, Rustan renseigne Usbek : cedernier est le centre des conversations de tout Ispahan, beaucoup le croientfou ou mélancolique. Rustan garantit néanmoins la loyauté des amis, la siennecomprise.

Arrivé à Erzeron, en Turquie, Usbek écrit àNessir, un autre de ses amis, et lui formule son chagrin. Il regrettemomentanément, en dépassant les frontières de la Perse, d’avoir entrepris cevoyage, surtout parce que ce faisant il abandonne ses femmes, alors qu’il estextrêmement jaloux. Puis Usbek répond à Rustan, en lui détaillant les motifs deson voyage. Il aurait, en plus d’un intérêt réel pour les sciencesoccidentales, entrepris de partir pour fuir les mesquineries de ses ennemis. Aucontact des peuples étrangers, Usbek se met à douter de la religion musulmane.Il lui semble qu’empiriquement l’impureté de la viande de porc est invalidée.Le mollak Méhémet-Ali, grande autorité religieuse perse, lui répond sévèrementque toutes les réponses sont dans le Coran. Il lui rappelle notamment que leporc est un animal ignoble parce qu’il est né du tas d’excréments des animauxde l’arche de Noé.

Au bout de quelques mois Usbek quitte Erzeronet progresse dans la Turquie jusqu’à Smyrne. Il décrit à Rustan les territoirestraversés, tous chaotiquement gérés par des populations disparates, ottomanes,juives, chrétiennes, qui essaient de prendre le pouvoir. À son sens, rien de cequ’il a vu pendant cette traversée de la Turquie n’est digne d’être gardé enmémoire. C’est alors qu’on prévient Usbek d’une probable infidélité de Zachi,qu’on a trouvé déshabillée en compagnie d’un des eunuques. Furieux, Usbek écritdeux lettres de rappel à l’ordre, une première destinée à Zachi, une seconde àl’eunuque. On apprend dans la première que Zachi est jalouse de Roxanne, ladernière épouse en date d’Usbek.

Usbek découvre avec émerveillement unepremière ville chrétienne, Livourne, en Italie. Il annonce à Ibben, amirencontré et resté à Smyrne, que sa prochaine destination est la France.

Après un mois passé en France, Rica et Usbekdécrivent à Ibben la prospérité et la modernité de Paris. Usbek écrit une lettremoins enthousiaste à Roxane au sujet des femmes européennes, qui luiparaissent, avec leurs coquetteries et leur absence de pudeur, bien vulgaires.Rica quant à lui décrit une soirée au théâtre, la réaction des Français faceaux Perses, le système religieux (plus particulièrement la hiérarchie qui placele pape à son sommet), les comportements peu réglés des Parisiennes. Incité parl’exemple d’Usbek et Ricca, Rhédi, neveu de Ibben, entame à son tour un voyageen Europe, en commençant par l’Italie. De là, il entame une correspondance avecUsbek.

À Venise, malgré la stimulation culturelle,Rhédi est déçu de ne pas trouver d’eau vive pour pratiquer les rituelsmusulmans, ce qui inspire à Usbek une réponse pleine de fiel, contre lesboissons européennes – plus spécifiquement le vin français, ses ivressesillusoires, et le café, distribué dans des maisons publiques où l’on s’égaredans des disputes futiles. Pour Ibben, Usbek et Ricca poursuivent l’explorationdu monde parisien ; le premier est perplexe face au grand âge du roi, etaux coutumes mortuaires pratiquées en France, le second s’amuse à retranscrireun débat qu’il a entendu au sujet de la liberté des femmes – les hommes d’Occident,au contraire des Perses qui ont depuis longtemps tranché la question, sedemandent quelle attitude il est préférable d’adopter, dominatrice ou laxiste,à l’égard de leur épouse. Rica confie qu’il trouve le point de vue occidentalassez pertinent après réflexion. Usbek écrit à Rhédi qu’il existe en France« trois sortes d’états ; l’Église, l’épée, la robe »(c’est-à-dire, pour le dernier, la magistrature). Il remarque avec effarementque d’un ordre à l’autre les Français se haïssent, pour le simple motif qu’ilsappartiennent à un ordre différent. Il note par ailleurs que les Français sonttrès prompts à disserter sur la religion mais qu’ils ne respectent en rien lesrègles qu’ils énoncent. Enfin il s’étonne de voir qu’il n’est pas difficile enFrance d’accéder à des postes de haute responsabilité en étant vil etirresponsable.

Rica mène à Paris une existence plusmouvementée, plus facétieuse. Un soir, dans un salon, il joue avec lacoquetterie des dames et les fait mentir sur leurs âges – chacune se rajeunitet vieillit les autres, afin de paraître la plus fraîche. Un matin, Ricasurprend à travers la fine cloison de sa chambre une conversation entre deuxhommes qui décident de s’associer pour paraître spirituels en société. Ilsferont mine en public d’improviser des bons mots, qui en fait seront préparésd’avance. Rica recopie aussi, pour Usbek, une conversation qu’il a entendueentre des personnages âgées au sujet de la jeunesse et du monde –systématiquement ces personnes trouvent qu’on va vers le pire, que les jeuneshommes par exemple n’ont plus du tout la même délicatesse qu’avant. Usbek écritune fois encore à Ibben pour le renseigner sur la communauté juive en Europe(similaire tout compte fait à la communauté juive perse) et à Rhédi, pour luiexposer d’après les paroles d’un ecclésiastique à quel point la position cléricaleest délicate dans la Cour française ; on doit s’y tenir entre austérité etindulgence.

Usbek passe sa vie à la campagne tandis queRica s’égaie en ville. En somme ils ont repris en France leurs habitudes persanes.Cependant Rica reproche à Usbek de ne plus jamais le voir. Il lui reproche encreux de ne pas profiter du voyage, en soulignant toutes les découvertes qu’ila faites, et lui délivrant son sentiment sur les Parisiens : à son goût,on est ici plus sincère car moins contraint qu’à Ispahan. Dans le même temps,le chef des eunuques écrit à Usbek pour le supplier de lui donner le pleinpouvoir pour la gestion du sérail. En effet il y règne un chaos grandissantqu’il ne sait pas contrôler dans la mesure des contraintes qu’Usbek lui impose.Celui-ci répond aussitôt et ordonne à ses femmes de retrouver le calme, sansquoi il se verrait obligé d’instaurer des nouvelles règles beaucoup plusstrictes.

Rica, pour Ibben, fait le portrait d’un Parisienqui avait la prétention de tout savoir, et notamment de maîtriser mieux queRica les tenants et aboutissants de la vie en Perse. Pour son destinataireanonyme, Rica accuse l’inutilité absolue de l’Académie française. Usbek raconteà Rica sa visite chez un puissant de France qui ne l’a pas dupé. Alors qu’ilétalait sa richesse, son savoir, son pouvoir, Usbek l’a simplement trouvéimbécile. À Rhédi, il déclare que les chrétiens sont trop inconstants enmatière de religion. Dès qu’une règle les dérange, il la plie dans le sensqu’ils veulent. À Ibben, il avoue ne pas comprendre la prohibition du suicidepar le dogme chrétien. Il démontre, Écritures à l’appui, qu’un suicide necontrevient pas aux desseins de Dieu. Ibben prend la plume pour expliciter laposition chrétienne : selon leur vision, il est préférable de vivre dansla douleur que de s’en libérer volontairement, ainsi l’on est mieux en contactavec le divin. Rica envoie à Usbek la copie d’une lettre qu’un Français qui setrouve en Espagne a écrite. Le portrait des mœurs espagnoles par le Françaisest virulent. Rica précise qu’il y a autant de raisons de se moquer desFrançais et imagine ce que pourrait écrire un Espagnol en guise de réponse.

Usbek adresse à Rhédi ses questionnementspolitiques. Il a eu l’occasion d’expérimenter en Europe d’autres formes degouvernement que celles qu’il a connues auparavant. Il n’est pas capable de distinguerfermement lequel est préférable, même s’il lui semble que les gouvernementseuropéens sont plus instables. À Rustan, Usbek se plaint du choix desdirigeants perses quant à leur représentation en France. En effet l’ambassadeurperse ne cesse de se ridiculiser, et donne une image catastrophique du pays.Usbek demande toutefois à Rustan de ne pas accuser l’ambassadeur publiquement :c’est moins de sa faute que celle de ceux qui l’ont choisi comme représentant.

Le roi de France meurt, événement quirenouvelle provisoirement les situations qu’Usbek et Rica ont l’occasiond’observer. Usbek détaille à Rhédi les manigances du régent pour s’octroyerplus de pouvoir que n’en prévoit le testament royal. Au même, Rica fait un étatdes lieux très sarcastique de la mode française, extrêmement versatile etchauvine. Pour les Parisiens, il paraît plus important d’être à la mode quetoute autre chose. Usbek avec Ibben relance la question du meilleurgouvernement possible. Cette fois non plus il ne parvient pas à choisir :chaque système a ses avantages et ses désavantages. À Ibben, Rica raconte qu’ila rencontré le nouveau roi de France. Il se demande s’il sera plus ferme queses prédécesseurs ou si, comme eux, il se laissera influencer par les femmes deson entourage. Une lettre de Rhédi déclenche la rédaction d’une longue série deréponses de la part d’Usbek : Rhédi pense que l’humanité va en se dégradant ;Usbek démontre qu’il y a des zones de progrès et des zones de régression.

Rica et Usbek apprennent que leur prince, sansque l’on sache précisément pourquoi, est destitué de ses fonctions, etemprisonné. Rica se montre plein de compassion. Les deux amis cependant continuentleur enquête ethnologique. À Ibben, Rica détaille le fonctionnement politiquede la Suède pour démontrer l’importance qu’ont les ministres dans lesgouvernements européens. À Usbek, il raconte la rencontre sur le pont Neuf d’ungéomètre et d’un traducteur. Le géomètre vilipende le traducteur en luiexpliquant que sa tâche est inutile, qu’il vaut mieux se consacrer à découvrirde nouvelles et belles choses. Le traducteur cherche à prouver la valeur de sontravail mais le géomètre ne l’écoute pas. Les deux savants se séparent, tousdeux mécontents. À Rhédi, Usbek loue le système patriarcal perse, et rejette laloi française, qui n’a pris que les mauvais aspects de la législation romaine.Au destinataire anonyme, Rica prouve, lettres de nouvellistes à l’appui, queles travaux de ceux-ci ne servent à rien. À Rica, Rhédi explique, enexplicitant comment elles se sont fondées, qu’il préfère les républiqueseuropéennes aux tyrannies d’Asie. Au destinataire anonyme, Rica détaille sesdiscussions au sujet de la littérature avec des inconnus rencontrés dans unebibliothèque. L’écart culturel se fait plus que jamais ressentir, par exemplequand Rica apprend à ses interlocuteurs interloqués que l’astrologie est unediscipline très importante pour lui. À Ibben, Rica moque le système des impôtsfrançais qui par cycles ruine les riches et enrichit les pauvres, puis loue lesdécisions de la reine de Suède, qui a pris le parti d’abandonner toute puissancepour suivre un amour. À Usbek, Rica écrit plusieurs longues lettres à lasuite ; dans l’une d’elles il traduit une histoire de Perse qui évoqueironiquement (l’ironie est tragique, elle ne vient pas de Rica) le destind’Usbek, dans la mesure où elle raconte comment un homme à force de jalousie acréé le chaos dans son sérail.

À ce moment, le chef des eunuques informeUsbek que le sérail est dans le désordre le plus absolu, et que tous sesefforts de régulation sont vains. Usbek, pour remédier à cela, fait ce qu’ilavait plus tôt refusé : il donne au chef des eunuques le pouvoir total.Mais le grand eunuque meurt et c’est un serviteur du nom de Narsit qui prend lerelais. Ce dernier n’a pas bien conscience de ce qui est en train de se passerdans le sérail et il n’ouvre même pas la lettre d’Usbek au sujet du pleinpouvoir. Furieux, Usbek le presse d’agir. Un autre serviteur, Solim, effaré parla licencieuse tournure des événements, réclame l’autorité – ce que Usbek luidonne, en même temps qu’il rédige une lettre à l’adresse de ses femmes :désormais il faut respecter les ordres et châtiments de Solim. Usbek annonce àRica qu’il veut retourner en Perse avant que son sérail ne se soit transforméen un lieu orgiaque. Roxane, Zachi et Zélis se lamentent du traitement infligépar Solim. Mais bientôt on surprend Roxane au lit avec un homme. Solim tue lecoupable et décide de châtier Roxane, laquelle à cette nouvelle se suicide,écrivant une lettre d’adieu où elle avoue toutes ses fautes, notamment qu’ellea toujours haï Usbek.

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