Lettres Persanes

par

Un récit de voyage

Laparution du roman, en 1721, correspond à une époque où l’Orient, symbole deluxe et d’exotisme, attire et intrigue. Les Européens sont fascinés par cettepartie du monde si éloignée de ce qu’ils connaissent, et qu’ils perçoiventcomme un fruit défendu : ils lui attribuent une dimension magique,fantastique, et des mœurs pour le moins étranges. Le désir d’exotisme mêlé aupouvoir attractif de l’inconnu fait que les Occidentaux accueillent avecplaisir les romans ou nouvelles ayant pour cadre cette zone géographique.

Montesquieusatisfait son lectorat en proposant comme personnages principaux deux seigneurspersans, mais inverse en outre la tendance en les rendant eux-mêmes visiteursde l’Occident. Ainsi, en posant un regard étranger sur le monde Occidental, àtravers les personnages d’Usbek et Rica, Montesquieu entend en proposer unevision nouvelle. Le roman excite la curiosité des Européens, et suscite parfoisl’appréhension : celle de se voir à travers les yeux d’un autre.

Usbeket Rica traversent plusieurs pays : la Perse, la Turquie et l’Italie ;et livrent ainsi au lecteur un récit de voyage riche et dépaysant sous la formede 161 lettres envoyées à 25 correspondants. Par ailleurs, Montesquieu lèvre levoile sur le fonctionnement d’un sérail dont les Occidentaux connaissent l’existencesans vraiment savoir de quoi il en retourne. Il l’évoque dès le début del’œuvre lorsqu’Usbek décide de partir : alors que Rica est libre de touteattache, lui est définitivement enchaîné à sa terre natale par son sérail decinq femmes.

Iln’y a pas d’échanges réels entre le maître et ses épouses ou maîtresses ;leurs conversations sont relativement pauvres et il s’agit davantage d’unerelation de protection, inscrite dans une longue tradition, que d’une relationbasée sur le sentiment amoureux ou sur le désir. La vie au sein du sérailsemble difficile : Roxane, la favorite d’Usbek, finit même par se suiciderà la fin de l’œuvre en clamant son droit à la liberté. Le lecteur peut doncobserver une véritable évolution dans le roman : alors qu’au départ lesfemmes, cloitrées dans leurs rôles d’épouses et de maîtresses, semblaienttotalement soumises et dépendantes, à la fin certaines prennent conscience deleur droit à la liberté et de l’enfermement dans lequel elles vivent.

Usbek,dans les quinze dernières lettres de l’œuvre, tente de régler à distance tousles conflits qui agitent son sérail laissé à la garde d’eunuques. Cependant,tout semble partir à la dérive et le péché envahit de plus en plus le petitmonde dont Usbek a la charge. Privé de son maître, le sérail devient finalementun noyau de passions humaines qui se révèlent après avoir été trop longtempsétouffées, et Usbek se retrouve prisonnier des responsabilités qui l’yrattachent.

Ainsi, Montesquieu brise lemythe du sérail en dévoilant sans pudeur les évènements qui peuvent s’y dérouler,les sentiments éprouvés du côté du maître comme de celui de l’esclave et del’épouse. Il entend ainsi démonter le mythe fabuleux et fantasmagorique ques’étaient construit les Occidentaux sur l’Orient et ses coutumes. 

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