Lettres Persanes

par

Un roman épistolaire

Lorsde la parution des Lettres persanes, leroman épistolaire est en plein essor et connaît un énorme succès. En effet, àla même époque sont publiées Les Liaisonsdangereuses, et La Nouvelle Héloïse,ouvrages respectivement écrits par PierreChoderlos de Laclos et Jean-Jacques Rousseau. Cependant, le roman épistolaire deMontesquieu se distingue par la diversité des lettres qui le composent et lenombre d’idées nouvelles qui y abondent.

Àl’époque, Montesquieu ne désignait pas son roman comme « épistolaire »,tout simplement parce que le terme n’existait pas encore. Par ailleurs, ilétait impossible de parler de « genre épistolaire » puisqu’iln’y avait alors qu’une seule œuvre pouvant s’apparenter, par sa forme, à cellede Montesquieu : les Lettresportugaises de Guilleragues.

Chaquelettre constitue comme un élément du roman qui contribue à construire sastructure et à mener la progression de son intrigue. La correspondance estavant tout un mode de transmission, un support : elle permet àMontesquieu, à travers ses personnages, de confronter des idées et desarguments. En cela elle se distingue de la correspondance des Liaisons Dangereuses où les missives enelles-mêmes forment le moteur de l’action : des lettres sont secrètementéchangées, d’autres détruites ou recopiées, etc.

Deplus, la structure épistolaire n’est soumise à aucune règle (les élémentsconstituants du genre du roman épistolaire seront rassemblés plus tard sous leterme de « pacte épistolaire ») : la correspondance est donc totalementirrégulière. Usbek et Rica sont les personnages dont les échanges sont les plusimportants : ils sont les auteurs de 66 lettres pour Usbek et de 47lettres pour Rica (dont celle qui clôt le roman). La correspondance des autrespersonnages est particulièrement chaotique : l’un d’eux, Ibben, un desdestinataires favoris des deux protagonistes, reçoit 42 lettres mais ne répondqu’à deux d’entre elles, tandis qu’un autre, uniquement désigné par unpseudonyme (« *** ») reçoit 18 lettres sans répondre à aucune. Onpeut même relever une étrange anomalie avec une lettre d’un certain Hagi Ibbi envoyéeà un nommé Ben Josué, aucun de ces deux personnages n’étant mentionné ailleursdans le roman.

L’auteur s’offre donc unetotale liberté dans l’agencement des lettres qui composent son roman et sembleinviter le lecteur à ne pas tenir compte des bizarreries de la correspondance.Finalement, on peut supposer que les lettres ne sont qu’un prétexte pouréchanger des idées, pour transmettre un savoir. 

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