Lettres Persanes

par

Une satire originale

Ignorant tout du monde occidental, Usbek et Rica sont porteurs d’un regard neuf, innocent et spontané. C’est donc à travers ce regard neuf qu’Usbek et Rica observent en toute franchise les mœurs et les coutumes qui leur paraissent étranges et auxquels les Français, sous la Régence, sont habitués. Ils considèrent d’un œil critique ce que les Français décrivent comme le « bon goût » : ce luxe et ce déploiement ridicules d’atours en tout genre – ce qui est assez ironique lorsque l’on sait que les Français eux-mêmes imaginent en l’Orient un monstre d’exotisme regorgeant de bizarreries. Le lecteur se rend compte, à la lecture de l’œuvre, que c’est son propre monde, ses propres coutumes qui peuvent paraître étranges, parfois absurdes, et qui sont tournées en dérision.

Lorsque l’action se déroule en France, le roman décrit les nouveautés qui prennent de l’ampleur à ce moment-là. En effet, les cafés fleurissent un peu partout dans Paris, les théâtres se multiplient. Le café, par exemple, devient le lieu où l’on se retrouve pour échanger des idées, pour débattre. La popularité qu’acquièrent les deux Perses en visitant la capitale souligne le caractère ridicule et superficiel de l’attitude des Français. Alors que les deux acolytes se plaisent à comprendre et à analyser les différentes institutions politiques, les tribunaux, les instances religieuses, les Français ne voient en eux qu’un phénomène de foire, un objet de curiosité. Ainsi, c’est l’étranger qui s’intéresse au fonctionnement d’un pays dont les arcanes ne semblent pas beaucoup passionner ses habitants, aux intérêts plus superficiels, plus attirés par le divertissement.

Usbek et Rica soulignent l’aberration que constitue le système autoritaire en place à cette époque, c’est-à-dire l’existence d’un homme au sommet de l’État, Richelieu, auquel tous les pouvoirs sont conférés. La religion est également passée au crible : Usbek confronte l’islam au christianisme et reconnaît que certains points de sa propre religion pourraient être révisés, notamment l’interdiction de consommer certains aliments. Or, le christianisme ne tolère, à cette époque, aucun écart de conduite, aucune remise en question de son autorité. Usbek, lui, a le courage de faire ce qu’aucun Français n’aurait fait à l’époque : écrire aux hautes instances religieuses de son pays en leur demandant les raisons précises des interdictions en vigueur.

Ainsi, Montesquieu nous livre, à travers le regard de ces deux étrangers, une vision particulièrement dépréciative d’une société française dont le besoin de renouveau est palpable. Il encourage le lecteur à prendre conscience de son asservissement à l’autorité en place et l’engage à changer de comportement. 

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