Maître et serviteur

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Résumé

Maître et serviteur est une nouvelle de Léon Tolstoï parue en 1895. Vassili Andrévitch Brékhounov et son serviteur Nikita vivent une difficile nuit dans le froid, épreuve qui aurait pu être évitée, mais qui permet de faire changer profondément Brékhounov.

C’est le jour de Saint-Nicolas le Thaumaturge, où il fait bon faire la fête et rester chez soi. Mais Brékhounov, même si la richesse ne lui manque pas, n’a qu’une idée en tête : aller faire l’acquisition d’un bois pour gagner davantage d’argent. Il prend avec lui Nikita, le seul serviteur qu’il put trouver ne touchant plus à l’alcool.

Ils croisent sur leur route une famille conviviale et accueillante – le froid rigoureux de l’hiver a façonné les caractères des foyers de cette partie du monde, prompte à héberger les voyageurs – et Tarass, vieux patriarche d’une famille nombreuse, les recueille chez lui, faisant abriter le cheval par Pétrouchka, son petit-fils, dans le hangar où vivent, protégés du froid, leurs animaux.

Vassili Andrévitch accepte de faire honneur à cette famille en buvant de bonne grâce de la vodka tandis que Nikita se rabat sur le thé, buvant jusqu’à cinq verres pour se réchauffer autant qu’il le peut.

Le plus prudent aurait encore été de rester coucher chez cette famille puis de repartir le lendemain, de bonne heure si Brékhounov le désirait, d’autant plus qu’on lui en fait la proposition, mais toujours motivé par son âpreté au gain, il n’a en tête que de repartir sur-le-champ, prétextant qu’il aurait à rattraper une heure perdue pendant plus d’une année.

Pétrouchka les accompagne un temps pour leur indiquer la route à suivre, mais celui-ci parti, les deux hommes subissent impuissants la violence d’une tempête de neige. Nikita, malgré les protestations de son maitre, détache les rênes de la douga pour dételer et laisser se reposer le cheval fatigué.

Si Vassili Andrévitch est emmitouflé dans deux pelisses, Nikita n’est pas assez vêtue pour faire face au froid et aux incessantes bourrasques de vent ; c’est lui qui se soucie du cheval tandis que son maître n’a de pensées que pour ses affaires ou pour lui-même. Si l’idée de mourir gelé sur place fait frémir Vassili Andrévitch, Nikita en parle calmement, sans aucun état d’âme – il déclare simplement : « Eh bien, nous mourrons, s’il n’y a pas moyen de faire autrement… » Cette sérénité affichée est peut-être le meilleur moyen pour le serviteur de ne pas se désoler ou s’attrister inutilement, car son maître, à ce point égoïste, ne songe nullement à faire une petite place à Nikita dans le traîneau.

Ainsi, après avoir couvert Moukhorty, le cheval, de son mieux, Nikita se trouve dans l’obligation de creuser un trou dans la neige pour se protéger contre le vent, après y avoir déposé de la paille, seulement couvert de son caftan et d’un morceau de toile.

Son maître, pourtant non loin, ne semble pas avoir mauvaise conscience ; il pense toujours aux bonnes affaires qu’il va faire, imagine les procédés auxquels il va recourir.

Cependant, à un moment, Vassili Andrévitch doit admettre qu’il aurait dû rester à Grichkino, où Tarass et sa femme lui offraient de les héberger pour la nuit, mais aussitôt il se remet à penser à ses affaires quand la question de survie devrait, plutôt que toute autre considération, prévaloir.

Parmi ses égoïstes préoccupations, le maître ne manque pas d’en vouloir à son serviteur qui a voulu s’arrêter pour ne pas fatiguer inutilement le cheval ; sans cela, ils auraient peut-être pu trouver à se faire héberger en temps voulu.

Finalement, Vassili Andrévitch s’endort mais il est, plus tard, réveillé par un choc dont il ne peut déterminer l’origine. Ayant eu l’idée de s’enquérir de l’état de son serviteur, il en vient à espérer que celui-ci n’est pas mort de froid, non par compassion, mais par peur de passer pour responsable de son décès. Si l’idée de recouvrir Nikita de la toile posée sur le cheval lui vient à l’esprit, il revient aussitôt dessus, car il s’agit d’une bête acquise au prix fort ; de plus, il n’a aucun envie de quitter le traîneau.

Il reste donc dans son coin, à tressaillir en sentant d’autres dangers le guetter, et surtout à se tancer intérieurement d’avoir été avide au point de risquer sa vie alors qu’il était déjà assez fortuné sans l’affaire de ce bois.

Néanmoins, son égoïsme le reprend et il s’en va avec son cheval, laissant là ce serviteur qui disait ne pas se soucier de la mort, n’ayant pas une assez bonne vie : « la mort imminente ne […] parut ni trop regrettable, ni trop effrayante » à Nikita, repenti de ses mauvaises actions et qui croit au « Maître des maîtres ».

Vassili Andrévitch finit par se retrouver à l’endroit où il avait abandonné son serviteur. Finalement emporté par un élan d’humanité, il s’allonge sur Nikita pour le réchauffer, et cesse de s’en faire pour lui-même.

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