Malaise dans la civilisation

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Résumé

Chapitre I

Le pointde départ de l’essai est une lettre reçue par Freud, en réaction à un précédentessai, intitulé L’Avenir d’une illusion, sur le thème de la religion. Onlui fait remarquer que son analyse est pertinente, mais qu’elle ne prend pas encompte la véritable source de la religion – qui serait le sentiment d’éternité,appelé aussi sentiment « océanique » (image la plus concrète de cequi n’a pas de bornes). Selon l’auteur de la lettre, ce sentiment, dès lorsqu’il est ressenti, fait de celui qui en est le sujet un religieux, même si parailleurs il s’affirme athée. Freud rétorque qu’il n’a jamais expérimenté cesentiment, mais qu’il n’en nie pas l’existence. Il précise toutefois qued’après lui, ce n’est pas un sentiment d’éternité, mais d’appartenance aumonde. Il propose ensuite d’étudier si réellement ce sentiment est la conditionsine qua non du religieux. Pour ce faire, il tâche de décomposer l’installationde ce sentiment d’appartenance au monde. Il résume ainsi le processus : « àl’origine le moi contient tout, ultérieurement il sépare de lui un mondeextérieur ». Pour justifier cela, il explique que le nourrisson perçoitd’abord le monde et soi-même comme un, mais qu’à force de sentir que certainessources de plaisir sont séparables de lui, il en déduit la distinction entre unmoi et un dehors. Cependant, la perception première d’unité entre le moi et lemonde, qui concorde avec l’idée de sentiment océanique, n’est réellement vécueque par le nourrisson. Freud se demande alors s’il est possible qu’un telsentiment subsiste chez les adultes. Il postule, à travers l’exemple del’édification de Rome par strates historiques distinctes mais toujoursvisibles, que tout ce qui a été ressenti par un individu est conservé d’unemanière ou d’une autre en lui. C’est là même une des idées fondatrices de lapsychanalyse. Autrement dit : il est possible que le sentiment océaniquepersiste chez l’adulte. Mais peut-on dire que ce sentiment est cause intrinsèquedu sentiment religieux ? Freud pense que le lien entre l’un et l’autre estune construction a posteriori.

 

ChapitreII

Freudpoursuit la défense de son opus précédent en précisant qu’après tout, laquestion de la source de la religion n’en était pas l’enjeu. En fait, ilessayait d’y identifier ce qu’était au fond la religion pour l’homme lambda eten arrivait à la conclusion que le sentiment religieux n’était qu’un désirinfantile de père tout-puissant ; partant, il espérait une libération del’homme. À son sens, la religion n’est pas utile à l’homme en ce qu’elle permetde régler la question du sens de la vie et de la peur de la mort ; ellel’est en tant qu’elle est une voie possible pour atteindre le bonheurterrestre, voie inavouée et aussi peu sûre que les autres. En effet, Freudpostule que la finalité concrète de la vie est le bonheur, c’est-à-direpositivement la quête du plaisir et négativement l’évitement de la souffrance.Il inventorie d’ailleurs les différents moyens que l’homme choisit pours’octroyer le plaisir ou esquiver la douleur : satisfaction par lecontrôle des pulsions, par les drogues, par les plaisirs intellectuels ouesthétiques, par la sexualité et l’amour, par un fantasme de modification duréel… Il conclut en réaffirmant que la religion n’est rien de plus que l’unde ces moyens ; en outre, il affirme que c’est un moyen trompeur etréducteur, en ce qu’il empêche l’homme lambda de réellement choisir savoie : « La religion porte préjudice à ce jeu du choix et del’adaptation, du fait qu’elle impose à tous de la même façon sa propre voiepour l’acquisition du bonheur et la protection contre la souffrance. »

 

ChapitreIII

Freuds’étonne qu’une partie de l’humanité pense que la culture est mauvaise(vise-t-il Rousseau, qui prétend que l’homme est bon à l’état de nature et quela civilisation le corrompt ?) alors que d’après lui c’est par elle quel’homme se protège de ce qui est contraire à son bonheur – la puissance de lanature, la fragilité de notre corps, et l’incomplétude des instances étatiquespour la régulation des relations entre les hommes. Freud constate que cettehaine de la culture serait une haine de la culture contemporaine – et ilremarque que ce constat peut peut-être s’étendre à tous les hommes, de touttemps : si ceux qui détestent le contemporain prennent souvent le passécomme modèle, Freud note que ce n’est que fantasme, et qu’il est très probableque les hommes de l’époque vivaient tout aussi mal leur présent. S’il y a pertepour l’individu dans l’établissement de la culture, c’est une perte de liberté,mais cette perte est compensée par un gain de force considérable.

 

ChapitreIV

Freud se proposede décrire comment la culture se met en place à travers les âges, tâche énormequ’il ne prétend pas épuiser. Ses réflexions rejoignent celles qu’il adéveloppées dans un précédent essai intitulé Totem et Tabou :l’histoire de la mise en place de la culture est avant tout l’histoire de larépartition sexuelle – c’est-à-dire qu’il est question de la manière parlaquelle l’humanité se découpe, alors qu’elle n’y est pas spécifiquementprédisposée (Freud postule que l’homme par nature est bisexuel), en deux genresdistincts, avec d’un côté l’homme très ancré dans la culture et de l’autre lafemme mise en arrière-plan. Freud relate une nouvelle fois le mythe du père,gardant pour lui toutes les femmes de la tribu, et engendrant à force d’abus larévolte des frères unis. Il montre ainsi que la culture, en premier lieu, estune instance de régulation des pulsions sexuelles, et il raille alors lasociété chrétienne, qui repose sur la prohibition du plaisir génital, en dehorsdes liens sacrés du mariage. Pour lui, cette position est tout simplementintenable – du reste, l’histoire et l’expérience prouvent bien qu’elle l’est.D’après lui, seules les « natures débiles » se plient à ceconditionnement anti-organique.

 

Chapitre V

Freud,toujours pour délimiter ce qui est bénéfique et néfaste dans la culture, montrecomme certains préceptes de notre culture contredisent absolument notre nature,à commencer par le commandement « Aime ton prochain comme toi-même »,ce qui revient à dire selon Freud « Aime ton ennemi ». Freud montre qu’ilest absurde de demander à l’homme d’être bienveillant envers quelqu’un defondamentalement égoïste, qui se préoccupe lui-même peu d’honorer cecommandement. En somme l’homme se connaît trop bien, être égoïste par essence,pour accorder aveuglément sa confiance à l’ensemble de l’humanité. Il saitqu’il existe en lui une potentielle pulsion d’agression qui peut surgir à toutmoment. Dans ce chapitre, Freud ne s’en prend pas qu’au christianisme, ilcritique également la vision du monde communiste. D’après lui, les communistespostulent que les hommes sont bons mais corrompus par la structure économique.Freud pense que c’est de l’idéalisme malhonnête. Il conclut de toutes cesaffirmations que la culture occidentale méconnaît la nature humaine et de fait luilaisse peu de marge de manœuvre pour parvenir au bonheur. Freud part duprincipe qu’une part des tyrannies de la culture sont structurelles (il nepourrait y avoir de culture sans contrainte) mais qu’on peut éventuellement,pour l’autre part, imaginer des réformes, au profit de l’épanouissement humaingénéral.

 

ChapitreVI

Freuds’attarde plus précisément sur l’idée problématique de pulsion d’agression, enfaisant un rapide récapitulatif de ses recherches dans le domaine de lapsychanalyse. Il rappelle que toutes ses affirmations sur les pulsions de vie,liées à l’Éros, ont rapidement été reconnues comme valides par lesintellectuels. En revanche, le concept de pulsion de mort s’est ancrédifficilement dans les pensées. Freud pense que cette résistance est due àl’omniprésence de la pensée chrétienne : on ne peut concevoir que l’homme,créé par Dieu à sa propre image, ne puisse être authentiquement mauvais.Pourtant, Freud pense que cette pulsion de mort existe bel et bien, et quec’est elle l’obstacle majeure à la toute-puissance de la culture.

 

ChapitreVII

Freud sedemande alors comment la culture peut canaliser le désir d’agression. C’est àce moment qu’il fait intervenir la notion de culpabilité : c’est par elleque l’homme tempérerait son désir d’agression. L’auteur se questionne donc surla formation du sentiment de culpabilité, et distingue deux processusparticuliers : d’une part, l’homme culpabilise par peur de ne plus êtreaimé des autres ; d’autre part, il culpabilise par assimilation de larègle morale dans l’instance animique du sur-moi (à distinguer de celle du ça,où la pulsion est libre, et de celle du moi, produit du compromis entre le çaet le sur-moi). Le sur-moi, énonçant ce qu’il convient de faire contre ce quel’individu a envie de faire, est le lieu de la conscience morale.

 

ChapitreVIII

Cet ultimechapitre conclut le traité, et comme la démarche de Freud est celle d’unchercheur, on y trouve les deux temps de la conclusion du travail derecherche : récapitulation du propos et limites de ce propos. Il s’excusenotamment d’avoir produit un essai aussi alambiqué en termes de structure. Ledernier temps de la conclusion détonne avec le reste de l’essai : Freud sefocalise sur des problématiques extrêmement contemporaines. Il note – il s’agitd’une évocation de la puissance atomique – que l’humanité a désormais atteintune pleine maîtrise de la nature, et qu’elle peut, au profit du désird’agression, s’autodétruire. Toutefois, il espère que « l’Éros éternel »empêchera l’homme d’entraîner sa propre perte.

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