Malaise dans la civilisation

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La constitution du psychisme humain

D’après Sigmund Freud, le psychisme humain est structuré en trois parties : le Moi, le Surmoi et le Ça. Dans cette œuvre, l’auteur s’appesantit sur le Moi.

Freud essaie de comprendre la nature du Moi. Il estime de prime abord que le Moi est délimité, ce n’est point une étendue infinie. Il convient de rappeler ici quelques éléments de la psychanalyse freudienne, qui à tous égards est opposée à celle de Descartes. En effet, Descartes déclare « Je pense donc je suis », ce qui revient à dire que rien en dehors du Moi n’existe, le Moi seul existe. En d’autres termes, l’Homme est uniquement doté d’une conscience et rien n’existe en dehors de cette conscience. Ce que Freud réfute car il établit un inconscient. Cette dimension innovante apportée par Freud marque une révolution dans le monde philosophique.

Voici donc comment Freud structure le psychisme humain : la première partie, le Moi est la représentation de ce que nous sommes dans la société. Le Moi est réglé sur le monde réel. La deuxième partie est le Surmoi qui se forme et se construit durant notre enfance. Lui est réglé sur les normes que nous enseigne la morale. Il existe dans le but de jauger nos actions et notre conduite. Il régente également l’instinct animal qui pousse l’homme à se comporter comme un prédateur en société. Enfin, il y a le Ça qui veut assouvir tous nos désirs et plaisirs, quelles qu’en soient les conséquences. Il vit en dehors de la réalité.

Pour en revenir à la nature réelle du Moi, l’auteur estime que, malgré le fait que le Moi « paraît comporter des limites nettes et précises » dans certains cas, il peut arriver qu’il brise ces limites pour se projeter dans la réalité. Selon lui, le sentiment amoureux est un exemple. Lorsque l’homme est amoureux, il n’y a plus de frontières, le Moi n’est plus cantonné. Dans cet état, le Moi semble s’identifier à l’objet du sentiment. C’est pourquoi les amoureux dans leur idylle soutiennent ne plus former qu’une seule personne. L’auteur souligne à cet effet : « Il n’est qu’un seul vrai état exceptionnel. Il est vrai, mais qu’on ne saurait pour cela qualifier de morbide, qui soit de nature à modifier cette situation : au plus fort de l’état amoureux, la démonstration entre le Moi et l’objet court le risque de s’effacer. À l'encontre de tous les témoignages des sens, l'amoureux soutiendra que Moi et Toi ne font qu'un, et il est tout prêt à se comporter comme s'il en était réellement ainsi. » Le constat est clair, le Moi n’a pas de frontières certaines et absolues car il peut arriver, lorsqu’il l’estime vital, qu’il ne s’impose aucune limite. L’auteur, toujours dans le cadre de l’analyse de la nature du Moi, s’interroge sur le processus de formation de celui-ci ; de son origine. Freud note que la perception du Moi diffère selon l’âge ; le nourrisson et l’adulte n’ont certainement pas la même perception. Le nourrisson n’a pas connaissance de l’existence du Moi puisqu’il est incapable de différencier les éléments du monde extérieur : « Le nourrisson ne différencie pas encore son Moi d'un monde extérieur qu'il considère comme la source des multiples sensations affluant en lui. » De cette analyse, il ressort que le Moi commence à prendre forme à partir de l’enfance et ne cesse d’évoluer, de se développer, jusqu’à l’âge adulte. Freud nous fait remarquer que si le Moi chez le nourrisson semble s’identifier au monde extérieur, avec le temps, il cesse de le faire. Il va plus loin pour s’opposer radicalement au monde extérieur. La raison de ce détachement réside dans le fait que certaines situations engendrent des souffrances et d’autres pas. Le Moi a tendance à fuir et à rejeter tout ce qui peut être source de souffrance. Cet état de choses vient du fait que le principe du plaisir qui réside dans le Ça nous pousse à éviter, à rejeter, toute sensation qui ne procure pas de plaisir. Freud souligne à cet effet : « Un second facteur va contribuer, en outre, à détacher le Moi de l'ensemble des sensations, c'est-à-dire à lui faire apercevoir ce "dehors" : ce sont les sensations de douleur et de souffrance fréquentes, variées et inévitables que le "principe du plaisir", en maître absolu, exige que l'on supprime ou que l'on évite. La tendance se développe à isoler du Moi, à expulser au-dehors tout ce qui peut devenir source de déplaisir, à former ainsi un Moi purement hédonique  auquel s'oppose un monde extérieur, un "dehors" étranger et menaçant. » Selon l’auteur, pour parvenir à se détacher dans de telles situations, le Moi doit apprendre à discerner l’interne qui renvoie au Moi et l’externe qui correspond au monde du dehors. Seule cette démarcation peut permettre au Moi de comprendre le principe de réalité.

Freud parvient donc à la conclusion que durant l’enfance, le Moi ressemble à un océan sans fin. Avec le temps, à l’âge adulte, les perceptions changent, son champ d’action se voit imposer quelques limites : « A l’ origine le Moi inclut tout, plus tard il exclut de lui le monde extérieur. Par conséquent, notre sentiment actuel du Moi n'est rien de plus que le résidu pour ainsi dire rétréci  d'un sentiment d'une étendue bien plus vaste, si vaste qu'il embrassait tout, et qui correspondait à une union plus intime du Moi avec son milieu. Si nous admettons que ce sentiment primaire du Moi s'est conservé -en plus ou moins large mesure- dans l'âme de beaucoup d'individus, il s'opposerait en quelque sorte au sentiment du Moi propre à l'âge mûr, et dont la délimitation est plus étroite et plus précise. »

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