Manifeste du Parti communiste

par

De la littérature socialiste et communiste

Il y a trois critiques majeures que Marx oppose auxcourants socialistes concurrents.

D’abord, ils usent de la misère présente de la classeouvrière comme prétexte pour restaurer des méthodes révolues d’organisationsociale. C’est cette vision arriérée qui prône une évolution à reculons queMarx condamne. Bien qu’il soit recommandé de résoudre les problèmes du présenten s’inspirant de la sagesse du passé, il n’est pas utile de retourner vivredans un passé. Car, selon l’auteur, un retour en arrière n’est pas simplementcontraire à la logique, mais il est impossible à réaliser. L’histoire ne semeut que dans un sens et une fois que les conditions matérielles et économiquesnécessaires à l’avènement d’une nouvelle époque sont réunies, on ne peut pasretourner à d’anciens modes de production, ou d’anciens modes d’existencesociale. Les conditions économiques déterminent tous les autres volets de lavie sociale et on ne peut donc les dissocier ou les décaler pendant longtemps.

« Quand lesféodaux démontrent que le mode d’exploitation féodal était autre chose quecelui de la bourgeoisie, ils n’oublient qu’une chose : c’est qu’ilsexploitaient dans des circonstances et des conditions tout à fait différenteset aujourd’hui périmées. Quand ils démontrent que, sous le régime féodal, leprolétariat moderne n’existait pas, ils n’oublient qu’une chose : c’estque la bourgeoisie moderne précisément devait nécessairement jaillir de leurorganisation sociale. »

La seconde critique s’adresse à ses contemporains quivoient la nécessité d’une nouvelle société mais qui ne parviennent pas à jaugerl’étendue des changements qui doivent être opérés. Leur erreur vient du faitqu’ils répugnent à user de la violence comme d’un agent du changement social.Ces contemporains croient que les réformes lentes et sûres sont le meilleur moyende parvenir à une amélioration de la condition du prolétariat. Marx les pensenaïfs de vouloir séparer le prolétariat de sa dimension révolutionnaire. Ainsi,selon Marx, une révolution sanglante est aussi inévitable que l’avènement duprolétariat qu’elle apportera.

« Notez que, partransformation des conditions matérielles, ce socialisme n’entend aucunementl’abolition des rapports de production bourgeois, laquelle n’est possible quepar la révolution, mais uniquement la réalisation de réformes administrativessur la base même de ces rapports bourgeois de production, réformes qui, parconséquent, ne changent rien aux rapports du capital et du salariat et ne fonttout au plus que diminuer pour la bourgeoisie les frais de sa domination etalléger le budget de l’État. »

Le troisième reproche touche à la nature même du conflit.Marx estime que les autres courants de pensée ne perçoivent pas la natureréelle du conflit social. C’est le cas du socialisme philosophique ou dusocialisme bourgeois. Tantôt ils ne prennent pas en compte l’existence desclasses telles qu’elles sont présentées par Marx, tantôt ils fonctionnent surla base d’une procuration de pouvoir au profit de la bourgeoisie. Cetteprocuration de pouvoir est une entrave aux yeux de Marx, car elle nie auxprolétaires l’opportunité de développer une conscience de classe.

« Les inventeursde ces systèmes constatent certes l’antagonisme des classes, ainsi quel’efficacité des éléments dissolvants que recèle la société dominanteelle-même. Mais s’agissant du prolétariat, ils n’aperçoivent dans l’histoireaucune activité autonome, aucun mouvement politique qui lui appartienne enpropre […] Ils ont certes conscience de défendre, dans leurs plans, lesintérêts de la classe ouvrière avant tout, parce qu’elle est la classe quisouffre le plus. Pour eux, le prolétariat n’existe que sous cet aspect declasse qui souffre le plus. »

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