Manifeste du Parti communiste

par

Des bourgeois et des prolétaires

Publié avant les révolutions qui ont secoué l’Europe en 1948, le Manifeste du Parti communiste venait expliquer, sur un ton sûr et presque prophétique, les causes d’un conflit qui n’avait pas encore commencé – un conflit qui d’après la vision de Marx était prédestiné.

Marx hérite d’Hegel, son mentor philosophique, le concept de progrès. Comme Hegel, Marx croit que l’histoire de l’humanité suit une série d’étapes distinctes mais consécutives – des « étapes historiques » qui mènent, finalement, à un stade de l’évolution où il n’y a plus de changement. La distinction principale entre Marx et Hegel vient du fait que Marx croit que ces étapes peuvent être prédites grâce à des méthodes empiriques d’étude des lois qui gouvernent l’histoire. C’est ce qui lui donne son ton sûr lorsqu’il prédit la chute du capitalisme et l’avènement du communisme.

D’après Marx : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes ». Le moteur de l’évolution historique est donc la lutte des classes. Les époques de l’histoire sont donc définies par des classes différentes à des moments donnés. Ainsi, sur la base de ce principe, le féodalisme a laissé la place au capitalisme bourgeois, qui à son tour cèdera devant le règne du prolétariat.

« Enfin, au moment où la lutte des classes approche de l’heure décisive, le processus de décomposition de la classe dominante, de la vieille société tout entière, prend un caractère si violent et si âpre qu’une petite fraction de la classe dominante se détache de celle-ci et se rallie à la classe révolutionnaire, à la classe qui porte en elle l’avenir. De même que, jadis, une partie de la noblesse passe à la bourgeoisie, de nos jours une partie de la bourgeoisie passe au prolétariat, et, notamment, cette partie des idéologues bourgeois qui se sont haussés jusqu’à l’intelligence théorique de l’ensemble du mouvement historique. »

Il est intéressant de remarquer que cet antagonisme prend la forme de la dialectique. D’après le récit dialectique de l’histoire de Marx, chaque classe est instable, destinée à mourir en raison de ses contradictions intérieures. De ces cendres naît une nouvelle classe qui a résolu les contradictions de la précédente, mais qui contient ses propres contradictions, qui conduiront également à son déclin. Il illustre son point de vue par l’exploitation du prolétariat par la bourgeoisie. Le prolétariat est créé par la bourgeoisie, qui par souci de maximisation du profit doit aggraver ses conditions de travail tout en réduisant sa rémunération. Mais alors qu’ils les oppriment, les bourgeois donnent aux prolétaires les moyens de s’associer politiquement. La conséquence qui en découle est la prise de pouvoir par les prolétaires qui renverseront, à terme, leurs oppresseurs. Le besoin que la bourgeoisie a du labeur du prolétaire est sa contradiction interne qui remplit les conditions de sa propre chute.

« Les armes dont la bourgeoisie s’est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd’hui contre la bourgeoisie elle-même. Mais la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort : elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes – les ouvriers modernes, les prolétaires. »

Mais encore, l’avènement historique du prolétariat conduira à une société sans classes. Or, sans classes il ne peut y avoir d’antagonisme, et sans antagonisme des classes il ne peut y avoir d’évolution historique. Le règne du prolétariat apparaît donc aux yeux de Marx comme l’étape utopique de l’histoire à laquelle conduisent toutes les autres étapes. De plus, les concepts tels que la morale, les lois, la culture, la religion ou l’ordre politique sont des effets de la production économique, des échanges et des moyens de production. Ainsi, de même que les bourgeois ont construit un monde à leur image caractérisé par une instabilité et un chaos économique constant, le monde du prolétariat détiendra ses propres valeurs, bien distinctes de celles de l’époque qui l’aura précédé.

 

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