Nadja

par

Résumé

Nadja est une œuvre d’André Breton composée d’éléments très divers : souvenirs, réflexions, photographies, dessins. Ce texte à teneur autobiographique est divisé en trois parties : la première est une introduction avec des souvenirs, la deuxième le journal en lui-même, la troisième une conclusion avec quelques réflexions. En 1962, l’auteur corrige le livre et ajoute un « avant-dire ».

 

L’avant-dire parle des quelques modifications apportées au livre. L’acte d’écrire y est présenté comme un acte vaniteux en soi, et la correction d’un texte, plusieurs années après sa première mouture, un travail plus vaniteux encore. Mais prenant le poète Paul Valéry comme exemple, il parle de l’importance de fluidifier le texte. Il ajoute que la tâche est d’autant plus nécessaire pour celui-là qu’il a été rédigé comme un rapport médical. Cela bénéficierait selon lui à l’intemporalité d’un texte beaucoup lu. Il conclut par une réflexion sur la bataille éternelle entre l’objectivité et la subjectivité dans l’art en général.

 

La première partie est une sorte de prologue au roman. L’auteur commence par énoncer des réflexions abstraites, ainsi qu’à évoquer ses souvenirs.

Breton commence par s’interroger sur qui il est et sur les personnes qu’éventuellement il peut hanter. Alors qu’on croit avancer dit-il, on revient toujours sur ses pas. Il hante donc certains souvenirs, certains lieux et certaines personnes. Il poursuit en se demandant ce qui le différencie de l’autre, ce qui fait que la vie a un sens ; il s’interroge sur sa mission à lui, qui le rend unique, qu’il souhaite découvrir un jour.

Il voudrait que les critiques ne fassent pas attention à la rigueur et à la partie consciente du texte, mais fassent plus attention aux menus détails qui font un auteur et qui le différencient d’un autre. Pour cela il reprend une anecdote concernant Victor Hugo, qui passe lors d’une balade devant deux portes à l’entrée d’un bâtiment. Il pointe alors la grande porte cochère pour montrer qu’il « est » cette porte. Sa maîtresse Juliette Drouet lui montre alors la petite porte piétonne, lui signifiant qu’il est aussi la petite porte, c’est-à-dire qu’en plus d’être la grandeur il est aussi la petitesse.

Il continue avec des anecdotes sur Flaubert, qui dans ses grands romans ne voulait évoquer que de petites choses. Il parle aussi du peintre Courbet, de la lumière de ses tableaux, et de Chirico. Pour Chirico en particulier, il regrette de ne pas pouvoir connaître les détails infimes qui ont amené à la composition de ses tableaux, étant donné que ce peintre développait l’idée d’être « surpris par la disposition des choses » par sa peinture. À partir de cet exemple, il développe l’idée du lien entre la connaissance des choses et la naissance (les conditions de la naissance et de la vie menée jusqu’au moment de la découverte de l’image de l’œuvre), entre l’image et l’œuvre. On reconnaît donc une œuvre par surprise, c’est-à-dire que la disposition des choses soudain nous étonne. Cette connaissance d’une œuvre peut s’apparenter au rêve ou à une connaissance avant la naissance.

Ayant ainsi parlé de la disposition des choses liée à la disposition de l’esprit, il remercie Huysmans pour lui avoir fait découvrir le désespoir lié aux limites du conscient, notamment par ses énumérations sur la tristesse et l’ennui. Huysmans en touchant les limites du conscient est au bord de la disposition secrète des choses qui dépassent le conscient. André Breton prétend que nous en portons le secret en nous-mêmes.

De là il passe à la critique des romans psychologiques romanesques, qui font d’un personnage réel deux personnages, ou vice-versa. Il dit préférer les romans avec des noms réels, des faits. L’auteur peut se retrancher entièrement derrière son livre, comme par exemple Lautréamont, mais il soupçonne ce retranchement de ne pas être totalement pur de mauvaises influences.

Il précise donc son dessein de n’écrire un roman ne relatant que des faits précis de sa vie, ainsi que les hasards et les réflexes inconscients qui l’ont amené à regarder ailleurs ou à regarder autrement, de façon plus large ou plus petite, les choses de la vie. Ces choses de la vie dépendent largement des circonstances et des dispositions spéciales des choses. La révélation de ces dispositions spéciales amène à un état de sortie de soi, après lequel le retour à la réalité est difficile.

On pourrait donc, selon l’auteur, présenter deux types de fait, l’un banal et logique, l’autre frappant, propre à précipiter vers une autre réalité. Il les compare à deux formes de textes, l’un écrit en écriture consciente, l’autre écrit en écriture automatique. On est souvent plus fier et plus curieux de l’écriture automatique car, comme pour les émotions, on préfère ce qui est incommunicable ; l’incompréhensible serait plus profond.

L’auteur va donc parler en détail des heureux hasards et des malchances rencontrés, par le biais du souvenir. Son point de départ est son lieu d’habitation de 1918, l’hôtel des Grands Hommes, place du Panthéon ; une « étape » est constituée par le manoir d’Ango près de Varengeville-sur-Seine, où il habitait en 1927 au moment de la publication du roman.

Grâce à l’anecdote de son amour-répulsion pour la statue d’Étienne Dolet, il introduit le sujet de la psychanalyse, et demande à ce qu’on ne le psychanalyse pas.

Il enchaîne ensuite sur des souvenirs sans logique. D’abord le spectacle « Les couleurs du temps » d’Apollinaire, où il fera connaissance sans le savoir de Paul Éluard, qui le prendra pour un ancien ami de guerre. Par la suite, il correspond avec lui et apprend qui il est.

Il se balade et discute avec Philippe Soupault. André Breton joue à repérer à chaque coin de rue l’inscription « Bois et charbon ». Il voit ensuite un tas de bûches et le haut de la statue de Jean-Jacques-Rousseau, qui lui font peur.

Une femme sous prétexte de venir chercher un numéro de la revue Littérature vient lui recommander Benjamin Péret, qu’il rencontrera plus tard.

Un regard brûlant d’une femme à Nantes, qu’il croise dans la rue.

La justesse et la présence de Robert Desnos qui finalise d’une façon pure l’acte artistique de Marcel Duchamp à travers son écriture. Il retrouvera plus tard ses images poétiques où qu’il aille.

Ses balades dans Paris ; notamment ses balades répétitives du boulevard de la Bonne Nouvelle, où il « sait » que quelque chose de précis se passera. De ce boulevard il se souvient aussi de l’inutile porte Saint-Denis et du huitième épisode du film-feuilleton L’Étreinte de la Pieuvre.

Il entre souvent au cinéma sans connaître le programme et tombe sur des mauvais films, s’ennuie. Parfois, avec Philippe Soupault, il va manger au cinéma, comme un soir aux « Folies-Dramatiques ».

Il se souvient d’un théâtre en particulier, le Théâtre Moderne, très médiocre et mal entretenu. Il y a cependant entendu un très beau quatrain. De là, il lie ce souvenir à l’envie de rencontrer un jour dans la forêt une femme nue devant laquelle il ne saurait quoi faire.

Il se souvient d’une pièce de théâtre qui l’a marqué, au « Théâtre des Deux-Masques ». Elle s’appelait Les Détraquées. Il y était allé car elle avait de très mauvaises critiques. Il est fasciné par l’actrice interprétant la directrice, Blanche Derval. Cela lui fait penser à un cauchemar où il avait rêvé qu’il avalait un insecte.

Il raconte sa fascination pour Rimbaud. Il va au marché aux puces pour acheter ses œuvres, où il fait une rencontre intéressante avec une jeune femme qui lui a lu quelques-uns de ses propres écrits. Il acquiert aussi au marché aux puces un étrange objet mi-cylindrique qu’il décrit plus tard.

Il a le souvenir d’une femme qui veut offrir à la centrale surréaliste un gant qu’elle portait. Cela lui fait peur. Elle finit par offrir un gant en bronze, qui le fascinera toujours au point de le soupeser très régulièrement.

Il se souvient de lui et de Louis Aragon observant la façade d’un hôtel dont les lettres, d’un certain point de vue, peuvent se lire « police ». Cet hôtel sera plus tard le lieu d’un drame. Il fait le lien avec un tableau que la « dame au gant » lui montre, qui selon le point de vue représente un tigre, un ange ou un vase.

Il conclut sur une réflexion sur le travail. Les vrais évènements n’arrivent pas à force de travail, mais par paresse et flânerie. L’évocation de tous ces souvenirs a introduit le lecteur dans son univers formé de hasards, et l’a préparé à sa future rencontre avec Nadja.

 

Le centre de l’ouvrage est occupé par un journal daté du 5 au 12 octobre (1926) relatant les promenades et les conversations de Breton avec Nadja, une jeune femme qu’il a rencontrée dans la rue le 4 octobre.

 

C’est le 4 octobre, après avoir flâné près de la librairie de L’Humanité, qu’il rencontre Nadja. Ils s’abordent d’une façon tout à faire anodine. Ils vont s’attabler ensemble au café de la gare du Nord. Nadja partage avec lui sa mauvaise situation financière et l’histoire de son arrivée à Paris, son histoire d’amour avec un étudiant qu’elle a quitté avant de le rencontrer à nouveau. Elle raconte l’histoire de son prénom qu’elle s’est elle même donné, Nadja – son vrai nom est Léona Delcourt –, car c’est le début du mot « espoir » en russe. Elle évoque ses parents, son père faible, sa mère trop bonne, les mensonges qu’elle lui dit, car elle pense que sa fille se trouve avec les sœurs de Vaugirard pour lesquelles elle avait un mot de recommandation. En réalité, Nadja fait tout autre chose. Notamment, le soir, elle s’amuse à observer les gens dans le métro. Ils engagent une discussion sur les préoccupations de ces gens, André soutenant qu’ils subissent le travail et ne pourraient faire la révolution. Nadja parle de sa mauvaises santé, du traitement qu’on lui a recommandé : un voyage thérapeutique impossible pour elle à financer. Elle dit sa volonté de guérir par le travail pratique dans des boulangeries, des boucheries, etc.

Elle apprend qu’il est marié, elle en est choquée. Il est ému de ses idées et de sa liberté de pensée. Il lui propose qu’ils se revoient le lendemain ; elle accepte. Elle veut absolument lire ses livres, et le complimente sur sa simplicité, ce qui l’émeut beaucoup.

Le 5 octobre, ils se revoient. Nadja commente ses livres, et s’émeut d’un poème de Jarry en particulier, habituellement pas très attractif. Elle lui parle de son premier ami à Paris qu’elle appelle « Grand ami », un homme beaucoup plus âgé qui la prenait pour sa fille Lena. Elle imagine le narrateur avec sa femme et prétend lire ses pensées. Elle voudrait revenir à l’endroit où ils se sont rencontrés. Ils se séparent, en se donnant rendez-vous pour le lendemain.

Le 6 octobre André est en avance pour le rendez-vous. Il croise par hasard Nadja qui ne voulait pas venir au rendez-vous. Elle critique son chapeau, commente un article qu’il a écrit sur les rencontres du hasard, une histoire où lui et Louis Aragon ont croisé par hasard la même personne le même jour. Elle déplore son objectivité à propos de cette anecdote. Elle croit qu’il ment, alors il veut la raccompagner car une gêne s’est installée entre eux. Il la raccompagne en taxi. Dans le taxi, elle prétend être Hélène, un des personnages d’une pièce qu’il a écrit, Poisson soluble. Ils s’embrassent. Ils dînent ensemble ensuite chez un marchand de vin, sous le regard d’un ivrogne. Elle a ensuite des visions et des prémonitions : une souterrain passerait sous leurs pieds, la place serait pleine de morts, et elle prévoit la façon dont une fenêtre va s’illuminer en rouge. Elle parle du vent bleu. Ils se promènent et elle a des peurs imprévues ; une fenêtre d’une prison la fascine, elle a des visions de ses vies passées. Il tente de la rassurer avec un poème, mais cela aggrave la situation. Plus tard elle voit une main enflammée sur l’eau et le jet d’eau d’une fontaine symboliserait la réunion de leurs deux pensées. Elle reconnaît un homme qui passe comme un ancien prétendant, puis parle de sa propre fille qu’elle aime beaucoup, qui a pour habitude d’enlever les yeux des poupées pour voir ce qu’il y a derrière. Elle se parle désormais toute seule et André commence à fatiguer. Il ne l’écoute plus. Ils se retrouvent dans un autre bar où elle panique également. Il décident de se revoir, mais uniquement le surlendemain.

Le 7 octobre, le narrateur se plaint de violents maux de tête, à cause dit-il de l’émotion de la veille et de l’attention qu’il a dû fournir pour écouter Nadja. Il se demande s’il l’aime, s’il doit la revoir. Il veut rester avec elle si elle a besoin d’aide, et ne veut pas qu’elle croie qu’elle a simplement été un objet de curiosité. Il veut la revoir donc sans attendre. Il prévoit de revenir au bar habituel de leurs rencontres à 6 h. Avant, il sort avec sa femme et une amie, mais par hasard croise Nadja dans la rue. Ils vont au café. Elle avoue sa précarité matérielle, son attachement pour lui et du coup son impossibilité de recourir à la prostitution. Elle a déjà participé à un commerce de drogue, mais cela s’est mal passé et elle a arrêté. Il lui promet 500 francs pour le lendemain. Il se reparlent de façon plus légère, André est heureux et l’embrasse. Ils « communient » par ce baiser.

Le 8 octobre, il se rend au rendez-vous sans y trouver Nadja. Il s’inquiète et se rend alors directement à l’hôtel où elle habite en lui portant une lettre lui disant comment le contacter pour lui donner l’argent.

Le 9 octobre, elle le contacte. Elle l’invite à 17 h 30à un café. Il lui donne l’argent, une plus forte somme que prévu. Elle pleure. La veille, il s’était trompé de café. Un homme entre, un vendeur de cartes postales reproduisant l’histoire de France en images d’Épinal ainsi que des cartes postales de femmes. Nadja convainc Breton d’en acheter. Le vendeur ému leur donne des cartes postales gratuites en plus. Nadja lit ensuite à Breton une lettre d’un homme qui veut la séduire. André est gêné par cette lecture, d’autant plus que l’homme en question est un président d’assise qui s’est permis une grossièreté envers une femme qui avait tué son amant, lors d’une séance, lui disant qu’elle n’avait même pas « la reconnaissance du ventre ».

Le dix octobre ils dînent à nouveau ensemble, au restaurant Delaborde. Le garçon est fasciné par Nadja et casse onze assiettes à cause d’elle. Nadja avoue qu’elle a parfois cet effet de fascination, notamment sur les hommes noirs. Elle parle de son « Grand ami » qui par ses conseils l’a empêchée de devenir une prostituée. Elle le pensait respecté et énergique, mais elle l’a revu récemment et l’a trouvé fatigué et vieilli.

Ils se promènent le long de la Seine. Soudain elle a à nouveau la vision d’une main de feu. Peu après elle voit une main rouge sur une affiche. Elle pose la main dessus et prédit, triste, qu’il écrira un jour un roman sur elle . Elle lui décrit le symbole auquel il devra penser en l’écrivant, une main de feu avec un papier qui brûle. Elle lui raconte une anecdote qui lui est advenue le 8 : une femme l’a abordée près du Palais Royal et lui a demandé un crayon. Elle lui a aussi donné sa carte de visite, lui expliquant qu’elle était venue voir Madame Camée. Elles étaient alors devant le magasin « Camées durs ». Nadja pense que cette femme qui lui a donné sa carte est une sorcière.

Le 11 octobre, Paul Éluard, à la demande d’André Breton, se rend à la demeure de Madame Aubry-Abrivard, la femme désignée par la carte de visite, mais ne trouve personne. Nadja est en retard à leur rendez-vous. Il pense qu’il va s’ennuyer avec elle ce jour-là. Elle lui dit que « le temps est taquin, car chaque chose arrive à son heure ». Au restaurant, elle s’attarde sur le menu, ce qui irrite Breton. En rentrant ils passent devant l’hôtel Sphinx, le premier hôtel où elle est descendue à Paris et où son « oncle » ou son « Grand ami », lui rendait visite.

Le 12 octobre, André Breton demande à Max Ernst de faire un portrait de Nadja. Il lui répond que Mme Sacco, une voyante qu’il a rencontrée, lui a dit de se méfier d’une Nadia ou Natacha et il refuse.

Alors qu’il se trouve au café avec Nadja il doit à nouveau écouter les lettres de l’admirateur de celle-ci, G… Elle lui explique des dessins qu’elle a faits, dont un avec un masque, des lettres L et un serpent. Elle lui demande qui a tué la Gorgone et commence un monologue obscur, qu’il n’arrive pas à suivre, avec beaucoup de silences. Il lui propose, pour changer, de partir de Paris. Mais à la gare ils ratent le train et ils attendent une heure. Un ivrogne vient les aborder pour demander son chemin. Ils se rendent compte qu’on les observe très attentivement, Nadja dit que c’est à cause de ce qu’ils dégagent ensemble et de la flamme dans ses yeux. Dans le train, alors qu’il l’embrasse, elle croit voir une tête renversée qui les regarde par la fenêtre. Il vérifie : c’est un employé du train à plat-ventre sur le wagon. Plus tard, elle reçoit des baisers et des hommages d’hommes qu’il ne connaît pas, et elle les reçoit comme si cela lui faisait plaisir. Ils veulent aller au Vésinet mais y renoncent, et partent finalement à Saint-Germain. Devant un château, elle se prend alors pour Mme de Chevreuse en s’imaginant avec un chapeau à plume sur la tête.

Le narrateur commence alors une réflexion sur leur relation, durant laquelle il a échangé avec elle des opinions qui dépassaient le réel. Il l’admire comme un génie libre. Il sait qu’il était un Dieu pour elle, un soleil. Il parle de ses yeux, de ses façons de quitter le réel. Alors commence une réflexion sur les mystères de la nuit et des musées de nuit : il compare Nadja à un musée, et se demande qui elle est. Un jour dit-elle elle aurait erré toute la nuit dans une forêt pour retrouver des ruines, mais était-ce pour les ruines ou pour la passion de l’homme qui l’accompagnait ? Est-elle la femme remarquée dans la rue, qui considère la rue comme le seul champ d’expérience possible ? Il se pose des questions sur sa faiblesse, parfois, quand quelqu’un lui adresse la parole, et sur l’incapacité des autres à voir sa pauvreté et sa fragilité. Il lui arrivait de trembler aux récits qu’il entendait d’elle, où sa dignité en ressortait maltraitée. Il se souvient particulièrement d’un épisode raconté le 13 octobre : elle s’était refusée un jour à un homme dans une brasserie. Il l’avait alors frappée, elle s’était retrouvée pleine de sang et elle avait fui. Cet écart entre l’idée qu’il se fait d’elle et la réalité sordide dans laquelle elle vit la lui fait presque quitter, tant cette idée rabaisse l’image qu’il a d’elle.

Mais il la revoit plusieurs fois par la suite et il est heureux de constater que l’esprit de Nadja s’affine à sa rencontre, il est émerveillé par son intuition pure et sa légèreté d’esprit. Cependant, l’histoire dans la brasserie ne le quitte pas et continue à le travailler. Il voit que Nadja lutte par des moyens dégradants ou illégaux pour manger et se loger. Au fil des rencontres, elle l’écoute de moins en moins, et il n’arrive pas à l’aider à se sortir de ses problèmes matériels. Il renonce par la suite au cours du récit autobiographie à expliquer tous les détails et coïncidences de leurs autres rencontres et ne retient que quelques phrases d’elle, ainsi que des dessins et des découpages.

De ces dessins il en retient quelques-uns en particulier, « la fleur des amants » (une fleur composée de quatre yeux montés sur une tige), une sirène vue de dos qui la représente, un visage aux longs cheveux tirés en l’air qui le représente, un chat suspendu, un « personnage nuageux », un visage de femme ornementé et lourd de dessins, etc. Dans un des dessins, deux cornes d’animal ornent un visage de femme. Quand plus tard elle viendra visiter son appartement, elle reconnaîtra les cornes du dessin dans un masque guinéen qui avait appartenu à Henri Matisse. Elle observe sa collection d’art, voit des signes, des coïncidences, a des visions et entend même des voix dans les œuvres d’art. Elle commente un tableau de Georges Braque, Le Joueur de guitare, et celui de Chirico, L’Angoissant Voyage, ou l’Énigme de la Fatalité, où elle voit à nouveau la main de feu. Une statue africaine semble lui dire « je t’aime ».

Il raconte aussi qu’elle a voulu se représenter sous la forme de Mélusine. Elle commence par se représenter sous les traits d’une sirène de dos, puis chez le coiffeur elle exige d’avoir une coiffure qui lui fasse une étoile sur le front avec l ‘espacement des touffes de cheveux, ainsi que des cheveux en corne de bélier autour des oreilles. Elle aime aussi se représenter en dessin comme un papillon dont le corps serait formé par une lampe « Mazda », avec un serpent charmé.

Mais Breton s’entend de moins en moins bien avec elle, parfois d’exaspération il fuit leur rendez-vous, et ils se disputent. Il sait qu’il ne l’aime pas, et que seul l’amour aurait pu sauver une telle situation. Un jour il apprend que Nadja est considérée comme folle, et qu’elle a été internée de force à l’asile de Vaucluse, suite à un incident dans le hall de l’hôtel où elle habitait. Il évoque alors les gens qui diront que ça allait forcément arriver. Il déplore les conditions dans lesquelles Nadja va désormais vivre, la médiocrité de ce milieu et des rencontres qu’elle fera, jusqu’à la compétence des docteurs de l’asile, obtus et stupides. On va définitivement faire d’elle une folle en l’enfermant, faute de la placer dans un milieu sain et de lui faire rencontrer des personnes qui la rééquilibreraient. Il ajoute que les personnes qui y sont incarcérées de force le sont souvent pour des faits anodins ou auraient été guéries par d’autres circonstances à l’extérieur, mais qu’elles vont malheureusement y rester à vie. Il dit son mépris de la psychiatrie, science très jeune, et son mépris des aliénistes, qui ont mis en prison des gens comme Baudelaire ou Nietzsche.

Nadja eût-elle été riche, on l’eût bien traitée. Mais elle est pauvre et par là elle est méprisée. Elle souffre de solitude ; elle l’appelle, lui et sa femme, leur disant qu’ils sont ses seuls amis. Il se dit qu’il est en partie responsable de son déséquilibre, mais qu’elle était faite au fond pour servir l’idée de l’instinct et de la liberté.

 

La conclusion donne un aperçu de ses réflexions sur ce qui s’est passé. André se retrouve seul et tente de comprendre ce qui lui est arrivé lors de cette courte, intense, singulière relation. Les liens qu’il y avait entre André et Nadja dépassaient l’entendement, et prenaient forme quelque part au-delà des limites du rationnel, voire de la logique. Il parle de sa vie, définie comme « la vie à perdre haleine », vie où il ne prévoit pas les choses, où il n’a pas de « souffle » pour faire de grands projets. Il envie ainsi ironiquement les écrivains qui peuvent préparer un long roman et qui ont le « souffle » pour le faire. Beaucoup de temps le sépare des souvenirs évoqués, et il a du mal à conclure.

Il a voulu revoir les lieux du récit et les prendre en photo, mais les lieux se sont refusés à lui, se sont révélés froids, morts. Il a aussi photographié des objets et des personnes, mais il n’a pas eu l’autorisation d’immortaliser une statue du musée Grévin, une statue de femme se rattachant la jarretière, qu’il voulait absolument placer dans le livre même s’il n’en avait pas parlé.

Certains lieux ont changé, le boulevard Bonne-Nouvelle, le Théâtre des Deux-Masques devenu le Théâtre du Masque. Il médite sur la forme physique et psychologique d’une ville, et dit être incapable de la définir, d’en éprouver la forme mentale. Il rend un hommage à l’inconscient, qui est tout pour lui. Il raconte l’anecdote d’un homme à l’hôtel, qui perdait sans cesse ses clés, et qui les avait remises au concierge censé les lui rendre à chacun de ses retours. Un jour qu’il était tombé par la fenêtre de sa chambre, trop méconnaissable, ce concierge lui avait refusé les clés, sachant – ou du moins pensant – le client dans sa chambre.

Breton termine par un texte à la deuxième personne adressé à une personne qu’il aime. Il lui dédie le livre, la remercie et lui rend hommage comme à la femme qui n’est pas une énigme pour lui, et qui l’a détournée de toutes les énigmes.

L’œuvre se termine sur cette phrase : « La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas. »

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