Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

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Genre et style du roman : entre autobiographie et fiction

Ce roman, au style simple et linéaire, ne constitue pas une autobiographie d’Harper Lee, même si divers personnages et éléments sont inspirés de son enfance. Par exemple, le père de l’auteure exerçait la même profession d’avocat que le père de Scout. Les deux hommes prendront la défense d’hommes noirs accusés de crimes qu’ils n’ont pas commis, le seul reproche que leur adresse la société blanche de l’époque étant leur couleur de peau. C’est un procès auquel a donné lieu un fait divers réel s’étant produit en 1931 qu’a repris Harper Lee dans son roman, pour en faire un témoignage de la pérennité et de la ténacité de l’intolérance, du racisme et de la bêtise humaine. Si dresser une autobiographie, racontant des souvenirs d’enfance, n’est pas le but de son œuvre, Harper Lee utilise toutefois des faits réels pour écrire son roman, qui devient un témoignage poignant basé sur une réalité peu glorieuse. En se servant d’éléments véridiques, l’auteur rend son œuvre en quelque sorte inattaquable sur le fond – on ne pourra pas la taxer d’avoir exagéré.

Par ailleurs, d’autres éléments inhérents à l’histoire, et qui ont profondément marqué la vie de l’auteure, peuvent être retrouvés dans l’histoire. Par exemple, Harper Lee a connu assez tôt le décès de sa mère, lorsqu’elle était âgée de vingt-cinq ans. La petite Scout, elle, est également orpheline de mère et partage donc avec l’auteure le manque ressenti en l’absence d’une figure maternelle. De plus, l’environnement proche de Scout et de Harper est le même que celui dans lequel a grandi l’écrivaine, conjuguant nourrice noire, petit frère, et des amis similaires. L’auteure peut donc clairement être identifiée au personnage principal et, s’il n’a pas été question pour elle d’en faire un double d’elle-même, elle a pu exprimer avec sincérité les émotions et les ressentis de la petite Américaine curieuse et sensible qu’elle fut.

En utilisant un style drôle, parfois jubilatoire, Harper Lee parvient à aborder des sujets délicats dans son œuvre tout en offrant une lecture agréable et par conséquent plus facile, même si la fin du roman reste grave. Le roman est léger parfois, tel un conte, comme on peut le voir dans cet extrait où l’on assiste aux déboires de Scout dans la neige : « Je me retournai pour regarder l’espèce de bouillie formée par mes empreintes. Jem dit que si nous attendions qu’il soit tombé un peu plus de neige, nous pourrions en faire un tas et, avec lui, un bonhomme de neige. Je sortis la langue pour attraper un gros flocon. Il me brûla. / – Jem ! C’est chaud / – Mais non, c’est tellement froid que ça brûle, au contraire ! N’en mange pas, Scout, tu vas la gaspiller. »Cependant, son discours ne perds rien du poids de sa dénonciation et il a l’avantage de pouvoir être lu par n’importe qui, à n’importe quel âge. C’est là le talent de l’auteure, celui de mélanger avec facilité le monde de l’enfance avec des thèmes difficiles à aborder, afin de créer une œuvre qui réunit les gens en aplanissant leurs différences. Les mots sont simples, tout comme le sont les personnages, ce qui ne donne que plus de force et de clarté au message qu’a voulu transmettre Harper Lee.

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