Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

par

Racisme et intolérance

Les thèmes les plus importants du roman sont l’enfance, la tolérance, l’injustice et le racisme. Il s’agit presque d’un conte philosophique, propre à faire réfléchir sur chacun de ces thèmes à travers les yeux de Scout. L’enfance de la petite fille et de ses amis est rythmée par les jeux, l’insouciance, la curiosité pour le monde et les choses de la vie, les querelles d’écoliers. Elle occupe la première partie du roman, et installe le lecteur dans l’histoire de la ville et de la famille Finch. Les choses se gâtent ensuite lorsqu’Atticus est commis d’office pour défendre Tom Robinson, et le racisme ambiant va s’exacerber, accroissant les tensions existantes entre Noirs et Blancs. Il est insupportable à l’époque qu’un homme noir porte atteinte à une blanche, et les rumeurs aidant, Robinson va paraître coupable aux yeux de tous alors qu’il est innocent. Les préjugés prennent le dessus sur tout le reste, et juger sans savoir, surtout un Noir, est monnaie courante à l’époque. À travers le roman, l’auteure tente donc de faire passer un message au lecteur, à savoir qu’il ne faut pas juger les gens sur les a priori et les rumeurs. C’est d’ailleurs ce que tente d’inculquer Atticus à ses enfants, afin qu’ils ne deviennent pas comme les gens qui les entourent.

Cependant, en peignant une telle société, ce sont également la bêtise humaine et le manque d’ouverture face aux autres, la peur de changer d’avis et le désir de se fondre dans la masse qui sont mis en valeur. En effet, la plupart des membres du tribunal qui accuseront Tom Robinson savent pertinemment qu’il est innocent. La force des traditions, l’instinct grégaire des hommes (qui les poussent à agir comme un seul homme) et la peur d’élever la voix dans le sens opposé à la pensée générale, voilà ce qui va pousser l’ensemble de la population à jeter la pierre au jeune homme malgré son innocence. Même si l’auteure rappelle que « La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu »,ce n’est pas chose aisée pour une grande partie des personnages du roman. Remettre en cause ce que l’on nous a toujours appris et ouvrir les yeux, s’éloigner de la pensée commune (dangereuse autant pour les autres que pour soi) constitue l’un des autres enjeux de l’œuvre. C’est en s’affranchissant de cette pensée que les membres de la société blanche s’affranchiront également de la bêtise dans laquelle l’intolérance les plonge. Ce changement des mentalités qu’Atticus aimerait voir venir passe par une prise de conscience qu’il est ardu d’entreprendre. L’extrait suivant montre notamment tout l’enjeu de ce mode d’éducation : « Vous connaissez la vérité, et la vérité est que certains Noirs mentent, certains Noirs sont immoraux, certains Noirs représentent un danger pour les femmes – noires ou blanches. Mais cette vérité s’applique au genre humain dans son ensemble, pas à une race en particulier. » En élevant ses enfants dans la générosité et l’ouverture d’esprit, Atticus prend le contrepied de cette société qui transmet de fausses valeurs et de faux préjugés, et tente de leur transmettre une ligne de conscience bien différente que celle que nourrissent leurs semblables. On assiste donc ici à une mise en abyme de la pédagogie car bien évidemment, par rebond, le discours humain de l’avocat à ses enfants s’adresse aux lecteurs de Nell Harper Lee.

L’injustice est flagrante dans cette histoire, toutes les preuves apportées par Atticus lors du procès n’y feront rien, les gens ont décidé que Tom Robinson était coupable à l’instant même où ils ont aperçu sa couleur de peau. Ils font preuve d’une hypocrisie insupportable, se voilant la face et ne souhaitant pas reconnaître la culpabilité d’un Blanc, préférant la facilité d’un coupable tout trouvé. On observe ici la mise en œuvre de la bêtise humaine, et la difficulté de l’évolution des mentalités, thème intemporel.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur apparaît donc comme une œuvre universelle, un hymne à l’égalité et à la tolérance, l’auteure cherchant à faire réaliser quelques vérités frappées au coin du bon sens au lecteur : « Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue. »

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