OEdipe roi

par

Le destin élément déterminant dans la structure de la pièce

A. Le destin préside la structure, l’organisation temporelle du texte

 

Œdipe roi se construit sur un rapport au temps particulier ; loin de retracer un ordre chronologique, la pièce est un constant retour vers le passé, alors qu’au début de la pièce, c’est l’avenir de Thèbes qui est au centre de l’histoire (il faut sauver la cité de la peste). Très vite on se détourne du futur pour reconstruire les énigmes du passé qui se présentent : le meurtrier inconnu de Laïos et l’origine énigmatique d’Œdipe. Nous remontons le temps petit à petit jusqu’à l’époque qui a précédé la naissance d’Œdipe, au temps de la révélation de l’oracle à Laïos. On continue à suivre le temps jusqu’au présent, avec sans cesse des analepses (récit des origines adoptives d’Œdipe).

Cette structure temporelle permet d’insister sur le déterminisme d’un passé pourtant oublié qui préside au présent et au futur. Le présent n’est que la suite logique d’un passé dont les personnages sont plus ou moins responsables. Le poids du passé ne peut s’effacer, il s’impose à l’homme et à tous les personnages de la pièce.

Le présent dramatique correspond alors à une remontée dans le temps, vers le passé du héros. Le temps dans cette pièce est l’élément tragique, le temps humain n’est qu’une apparence qui est dominée par le temps divin qui triomphe, Œdipe n’a de réalité temporelle que par rapport au temps mesuré par les dieux – son temps ne lui appartenait pas avant même qu’il soit conçu.

 

B. Motif de la répétition incessante des mêmes oracles

 

En réalité, la tragédie répète en boucle la même histoire racontée selon différents points de vue et différentes prises de parole de plusieurs personnages qui finalement racontent les mêmes prédictions :

– D’abord Jocaste : C’est le point de vue de la mère et de l’épouse, qui pour tenter de rassurer Œdipe, raconte les oracles qui leur étaient prédits (à elle et son ancien mari Laïos) sur leur fils meurtrier, puis l’abandon de cet enfant et enfin la mort de Laïos qu’elle raconte comme étant totalement détachée de ce premier oracle.

– Ensuite Œdipe commence à avoir peur, il raconte à son tour son histoire : c’est le point de vue du fils à qui l’on a prédit qu’il tuerait son père et partagerait le lit de sa mère.

Ces éléments sont confrontés et confirmés par des récits de personnages extérieurs à la famille : celui du messager du palais et celui du serviteur berger de l’époque.

Puis, si les points de vue se succèdent pour raconter chacune des prédictions (chacune étant une facette différente du même destin), un même oracle est répété à plusieurs reprises par des personnages différents : oracle du fils qui tue le père raconté par Jocaste, qui est ensuite répété par le serviteur, qui par des mots différents répète pourtant exactement la même chose :

« LE SERVITEUR. – On disait que c’était un fils de Laïos. Mais ta femme qui est dans le palais, t’expliquerait mieux que moi les choses comme elles sont.
ŒDIPE. – C’est elle qui te l’a confié ?
LE SERVITEUR. – Oui, roi.
ŒDIPE. – Pourquoi ?
LE SERVITEUR. – Pour le faire périr.
ŒDIPE. – Sa mère ? La misérable !
LE SERVITEUR. – Elle craignait les menaces d’un oracle.
ŒDIPE. – Quelles menaces ?
LE SERVITEUR. – Que l’enfant tuerait ses parents. »

Ainsi, déjà dans le premier épisode, Tirésias nous a appris le passé et le futur d’Œdipe, Jocaste raconte à son tour le passé, dans le deuxième épisode Œdipe lui-même redit le poids de l’oracle, puis c’est au tour du messager et du pâtre de dire encore le passé d’Œdipe dans le troisième épisode. La pièce n’est finalement que la confirmation, à tous égards, de ce qui avait été prédit.

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