Oh ! Les beaux jours

par

Acte I

La pièce se passe dans lanature, mais ce n’est pas une nature chantante et florissante. On a plutôtaffaire à quelque chose de l’ordre du désertique, voire du post-apocalyptique :herbe sèche, relief fait de monts et de trous, étendue vaste mais vide.

Le réveil sonne.Winnie, femme d’une cinquantaine d’années, coquette, se lève et entame saroutine quotidienne : tout en marmonnant en boucle des bouts de phrasesqui laissent entendre que la vie ne va pas si mal pour elle (essaie-t-elle des’en persuader ?), Winnie prie, se brosse longuement les dents, nettoielonguement ses lunettes, nettoie longuement sa brosse à dents. Bientôt, elles’empare de son ombrelle et réveille Willie, homme d’une soixantaine d’années,en lui donnant des coups. Tandis que Winnie prend son antidépresseur puis semaquille, Willie s’active doucement, s’assied et lit le journal à voix haute.Chaque phrase lue par Willie évoque des souvenirs vagues à Winnie qui terminede s’habiller.

Après cela,longuement, Winnie explique à Willie l’importance de sa présence : le faitde ne pas être seule – même si Willie ne lui parle quasiment jamais et nel’entend probablement pas – occupe ses journées, du réveil au sommeil. Soudain,elle panique car elle se rend compte qu’elle ne s’est pas coiffée. Elle s’apaiseen se souvenant qu’elle a le temps en réalité. Willie, probablement las de lalogorrhée de Winnie, lui lance un bref « Dors », ce qui a pour effetde ravir Winnie : elle aime tout particulièrement les jours où Williedaigne lui adresser la parole. Suivant les conseils de Winnie, Willie se terredans sa cachette pour se protéger du soleil. Winnie s’assure que Willie puissetoujours l’entendre depuis son trou. Elle lui demande s’il a l’intention departir ; Willie ne répond pas. Winnie aperçoit une fourmi qui porte unepetite boule blanche ; Willie, toujours aussi laconique, précise que c’estprobablement un œuf en disant « Œufs ». Il ajoute« Formication » et explose de rire. Ils rient ensemble puis chacun sontour. Winnie est contente de rire, puis se demande si Willie et elle riaientvraiment de la même chose.

Comme il se faittard, Winnie se demande s’il serait temps de chanter. Elle estime que non etrappelle que chanter trop tôt peut gâcher totalement la journée. Alors qu’ellefouille dans son sac, elle tombe sur un revolver. Elle demande à Willie s’il sesouvient de l’époque où il lui disait de garder le revolver hors de sa portée,par crainte d’une pulsion suicidaire. Winnie, tout à coup, semble lassée deWillie et déclare qu’elle laissera désormais le revolver à sa portée.

Celle-ci décritensuite une drôle de sensation : elle a l’impression d’êtreperpétuellement « sucée » vers le haut. Willie ne comprend pasl’image. Winnie essaie de manipuler son parasol, qui finit par prendre feu.Elle le jette pour que le feu s’éteigne. Elle constate ensuite que tout se videprogressivement, à commencer par les mots. À ses yeux, les mots désignant lesdifférents degrés de température n’ont plus aucun sens. Elle remarque que si laterre couvrait ses seins, bientôt elle les oublierait totalement, comme si ellen’en avait jamais eu. Le lendemain, note-t-elle, le parasol sera de nouveauutilisable, comme neuf. Cette phase de détresse disparaît quand elle sort de sonsac une boîte à musique qui joue une valse extraite de La Veuve joyeusedu compositeur autrichien Franz Lehár. Willie se met à chanter la mélodie sansles paroles et Winnie entre dans une nouvelle phase de joie, qui s’achèverapidement, quand Willie refuse de chanter une seconde fois.

En limant sesongles, Winnie se figure un homme nommé Cooker, et sa fiancée. Elle les imaginese tenant la main, portant leurs sacs dans leur main libre. Il se dispute puiss’en vont pour toujours.

La fin de lajournée approche. Winnie demande à Willie ce qu’est un cochon – il luirépond ; elle est ravie. Il lit à nouveau le journal à voix haute, lesmêmes nouvelles que le matin. Winnie parle seule : elle se demande àelle-même de chanter, mais ne le fait pas, puis se demander de prier, mais nele fait pas non plus. 

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