Orgueil et Préjugés

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Apparence et préjugés

Le thème de l’apparence était aussiprédominant dans la société anglaise du XVIIIe siècle qu’il l’estdans l’œuvre. La naissance et l’évolution des sentiments et le statut social –qui sont des thèmes clés du roman – ont un rapport étroit avec l’apparence.

         Lepremier titre de l’œuvre était FirstImpressions. Jane Austen le jugea adéquat car il évoquait les clichés desromans de l’époque qui mettaient toujours en scène des histoires d’amour baséessur un coup de foudre. Orgueil etPréjugés est donc une réponse à ces clichés : au premier regard,Elizabeth et Mr Darcy ne tombent pas amoureux, mais au contraire ils éprouventde l’antipathie l’un envers l’autre. Le thème du mauvais jugement est ainsiabordé par l’auteure ; en effet, Mr Darcy, jugeant l’apparence d’Elizabeth pensealors : « passable, mais pasassez pour me tenter » ; Elizabeth, quant à elle, froissée, déclare :« [j’aurais] volontiers pardonné sonorgueil s’il n’avait pas modifié le mien », et juge dorénavant Mr Darcy orgueilleux.

         Ainsi,dans l’œuvre, l’apparence n’a pas permis un rapprochement des deux personnages,mais au contraire a mené au rejet de l’un et de l’autre. Pourtant, les deuxprotagonistes finissent par tomber amoureux. Lizzie-Elizabeth affirme d’ailleurs,après avoir lu la lettre de Mr Darcy lui dévoilant la malhonnêteté de MrWickham : « l’amour n’aurait pum’aveugler d’avantage » – ce qui est pertinent, puisqu’elle et Mr Darcysont amoureux l’un de l’autre, mais ne s’en rendent compte que plus tard, aprèsune série d’évènements très improbables et précipités.

         L’auteurefait ici allusion à la philosophie de Hume selon laquelle la majorité de notresavoir repose sur des impressions, car il ne peut y avoir d’expérience sansimpression, ni de savoir sans expérience : les premières impressions sont doncle socle de notre savoir, même si elles doivent être corrigées. Néanmoins,l’auteure sous-entend également que, sans l’aide d’un narrateur habile etmalin, les héroïnes ne parviendraient pas à atteindre le bonheur. En effet, lesnombreuses péripéties qui amènent les deux personnages à corriger leursimpressions et leurs erreurs de jugement sont fortement improbables etromancées.

         Ladescription d’un monde reposant sur les apparences sert à l’auteure à dépeindrela société anglaise et à en faire sa critique. Un des lieux clés du roman estle bal, où l’apparence est primordiale. Le bal implique de se montrer et d’êtrevu. Les moments de bals sont des moments capitaux dans l’œuvre : c’est là oùnaissent les intrigues. Ce sont également eux qui permettent aux personnages dese rencontrer. À l’époque, les bals avaient un rôle social très important,notamment dans la vie d’une jeune fille, car ils permettaient d’être courtiséeen public en tout bien tout honneur, de premiers rapprochements physiques. Onconstate son rôle social dès le premier chapitre, lorsque Mrs Bennet exprimeson souhait de rencontrer Mr Bingley lors d’un bal. De plus, dans Orgueil et Préjugés, ces événements ontune forte symbolique : à cause du refus de Mr Darcy de danser avecElizabeth, celle-ci le jugera comme quelqu’un de dédaigneux. C’est parce qu’elleaccepte de danser avec lui à Netherfield que se crée une rupture dans leurmépris réciproque. Les bals permettent également aux jeunes filles de montrerune certaine facette de leur éducation, ce qui joue un rôle important pour leurréputation. Par exemple, Mary se ridiculise en chantant lors d’un bal. Cesévénements durant lesquels les jeunes filles tentaient de se mettre en avantdans l’espoir qu’on leur fasse la cour illustrent aussi la fonction de faire-valoirattribuée aux femmes : plus une femme avait reçu d’éducation, plus elleavait de chances de se trouver un mari.

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