Poèmes antiques et modernes

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Alfred de Vigny

Alfred de Vigny est
un écrivain français né à Loches (Touraine) en 1797. Issu d’une famille noble
qui avait échappé à grand-peine à la Terreur, d’un père âgé et infirme de
guerre, et élevé dans la nostalgie de la monarchie, Vigny a une enfance triste.
Le séjour à la pension Hix continue d’assombrir son humeur, que seul l’espoir
d’une brillante carrière militaire vient éclairer. Au retour des Bourbons, en
1814,  il entreprend une carrière
militaire, mais la politique pacifiste de Louis XVIII ne lui permet qu’une vie
de garnison peu exaltante, qu’il abandonnera en 1825.

 

Dès 1822, il publie
dans Le Conservateur Littéraire
– dont Victor Hugo est alors rédacteur en chef – ses premières œuvres, Les
Poèmes antiques et modernes
,
à la fois nourris de néoclassicisme et inspirés par l’histoire, mais aussi
influencés par le romantisme. Il fréquentait en effet les cénacles, en
particulier celui de Nodier à l’Arsenal, et collaborait activement à La Muse française, revue dont le rôle
fut décisif dans la naissance du romantisme.

 

En 1824, le poème Eloa ou la Sœur des anges associe le
problème du mal et la figure féminine : Eloa tente de détruire Satan en
l’aimant et se perd ; c’est pour le poète l’occasion de faire le procès de
l’insensibilité de la divinité. La même année, Moïse, où le prophète exprime sa lassitude d’une mission toujours
inachevée, et confirme le pessimisme du poète. En 1825, Vigny contracte un
mariage d’intérêt avec une jeune Anglaise, Lydia Bunbury, dont le père est fort
riche : l’union sera mal assortie et le père déshéritera sa fille. De
plus, celle-ci refuse de s’intégrer à la vie parisienne, tout en méprisant les
fréquentations littéraires de son mari. Celui-ci en revanche est devenu un
habitué des salons littéraires, ami d’Hugo ou encore de Sainte-Beuve. Vigny
s’adonne, à cette époque, au roman historique et écrit Cinq-Mars en
1826 : fourvoyé, comme Eloa, Cinq-Mars conspire contre la monarchie et
contre Richelieu. Le récit glisse ensuite vers des interrogations sur l’avenir
de l’aristocratie et de la Restauration. Puis Vigny s’intéresse au
théâtre ; il traduit en alexandrins des pièces de Shakespeare : Roméo
et Juliette,
Le Marchand de Venise,
puis Othello, pièce qui sera créée à la Comédie-Française en
octobre 1829. Cette création sera l’occasion d’une bataille qui annonce celle d’Hernani.

 

Sous la
Restauration, Vigny s’illustre dans tous les domaines littéraires. En 1830, son
ouverture au parti des réformateurs se manifeste avec la publication de deux
poèmes : Les Amants de Montmorency
et Paris. Il poursuit son œuvre
théâtrale en rédigeant La Maréchale d’ancre (1831), plaidoyer pour
l’abolition de la peine de mort. Lors d’une reprise de la pièce, le rôle principal
sera tenu par Marie Dorval, comédienne dont il s’éprend. Cette liaison orageuse
durera jusqu’en 1838 ; c’est pour Marie Dorval que Vigny crée le proverbe
Quitte pour la peur
(1833), ainsi que le rôle de Kitty Bell dans Chatterton (1835), drame qui plaide pour
l’artiste que la société juge inutile. La première représentation de cette
pièce est triomphale. En 1835 paraît également Servitude et Grandeur
militaire
qui regroupe trois récits dans lesquels l’homme apparaît comme
incapable de fonder ses propres valeurs ; il dissimule son désespoir
derrière l’exaltation du devoir et de l’honneur. Ce point de vue, très moderne,
annonce Kafka et Camus.

 

Bien qu’Alfred de
Vigny ait récusé l’idée de se donner en spectacle à travers son œuvre, son
itinéraire personnel ne peut que faire écho à cette sombre lucidité sur
l’isolement du poète et ses désillusions. Au chevet d’une femme frappée d’une
maladie nerveuse inexpliquée qui la rend difforme, et d’une mère paralysée mais
autoritaire, l’écrivain cherche le salut dans sa relation avec Marie Dorval. La
mort de sa mère en 1837 puis la séparation avec Marie Dorval incitent Vigny au
repli et au silence. Il ne publie jusqu’à sa mort que des poèmes isolés,
espacés parfois de plusieurs années. Il lui faut cinq candidatures avant d’être
élu à l’Académie française en 1845. Il n’a pas davantage de succès dans ses
candidatures à la députation sous Charles X. Il cesse alors de résider à Paris
et se retire en Angoumois, au chevet de son épouse malade.

 

C’est pendant cette
réclusion qui durera jusqu’à sa mort qu’il écrit ses poèmes les plus réussis,
comme La Bouteille à la mer (1853), Le Mont des Oliviers (1862), Les Oracles (1862) et L’Esprit pur (1863). Certains d’entre
eux sont publiés dans La Revue des Deux
Mondes,
puis sont réunis dans l’édition posthume des Destinées (1864), recueil aussi nommé Poèmes philosophiques. Les onze poèmes ainsi regroupés constituent
une sorte d’épopée de l’esprit humain. Les poèmes écrits de 1838 à 1841 prônent
le refus, le silence et le stoïcisme : La
Mort du loup
est une profession de foi stoïcienne, La Colère de Samson, écrit après la rupture avec Marie Dorval,
traite de la trahison de la femme, Le
Mont des Oliviers
conclut au vide du ciel et au silence de Dieu. Le ton est
plus serein dans les poèmes qu’il rédige de 1845 à 1863. La Maison du berger, poème publié en 1844 dans La Revue des Deux Mondes et choisi comme prologue aux Poèmes philosophiques par Vigny
lui-même, fait l’éloge de la poésie et invite à préférer l’homme à la divinité.
C’est son poème le plus lu et le plus réussi. L’Esprit pur fait le bilan de son œuvre. Il y exprime la
satisfaction d’avoir lutté pour délivrer l’humanité de ses entraves matérielles
et spirituelles. 

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Alfred de Vigny >