Poèmes antiques et modernes

par

Livre antique

Antiquité biblique

 

            – « La Fille de Jephté » : Vigny évoque le moment crucial de la vie de Jephté, un Israélien qui promet à Dieu, en partant à la guerre, de sacrifier la première personne qu’il rencontrera en revenant du front. La première personne qu’il rencontre, c’est sa propre fille. Jephté est donc pris dans un dilemme, il doit soit honorer sa promesse et tuer sa descendance ou la sauver et trahir Dieu. Vigny choisit de restituer l’instant qui précède l’exécution. Jephté et sa fille discutent l’indiscutable, et Jephté, sans joie, finit par honorer sa promesse.

            – « La Femme adultère » : après avoir décrit les délices de l’adultère dans une ambiance chaude et orientale, Vigny met en scène le désarroi de la femme que l’amant criminel abandonne rapidement après satisfaction. Il dépeint également la cruauté de la communauté qui s’en prend à elle. Jésus apparaît en héros : il arrive in extremis avant que la première pierre de la lapidation publique ne soit jetée, et disperse la foule enragée en une parole.

            – « Le Bain » : pour la première fois depuis le début du recueil, le poème n’est pas narratif mais descriptif, contemplatif. Vigny détaille avec plaisir et sensualité le déshabillage de Suzanne qui va se baigner sous le regard lointain d’un voyeur. Ce ton tranche avec ce qui précède, même si on comprend comment Vigny a pu passer du début de La Femme adultère, très sexuel, à cette mise à nu textuelle. Pour la seconde fois, le lecteur trouve une fin heureuse au texte.

 

Antiquité homérique

 

            – « Le Somnambule » : un peu flou, ce poème raconte comment la vérité peut se révéler dans le sommeil, comme le dit la citation d’Eschyle que Vigny choisit de mettre en exergue. On comprend tout à fait ce parti pris : dans les récits antiques, les grandes tragédies, le rêve a toujours un rôle très important. C’est dans le rêve que se révèle la vérité du présent et que se dessine déjà le futur. Si tous les héros antiques interprétaient leurs rêves comme il se doit, il n’y aurait plus d’histoires. Heureusement, leurs créateurs les ont fait aveugles à partir du moment où ils s’éveillent.

            – « La Dryade »: le poème, après une longue introduction, reproduit les prières de Bathylle, un poète latin historique de l’époque de Virgile ; et de Ménalque, autre personnage réel de l’Antiquité. Chacun leur tour, ils louent les dieux et les nymphes dont ils veulent s’attirer les faveurs. Vigny entend dire ici que les poètes ne sont ni plus ni moins que la voix des dieux. À la fin du poème, la flûte de Bathylle brille et siffle avec le rire joyeux d’une nymphe.

            – « Symétha » : le « je » du poème s’adresse à un navire et aux marins qui le dirigent. La complainte formulée peut faire penser aux tirades passionnées de Didon quand Énée s’enfuit, même s’il s’agit manifestement de personnages différents. Le plus cruel de ce tableau est certainement sa fin. Vigny prend de la distance et montre que de ces larmes, de ces douleurs et violences, il ne reste rien. Les gens contemplent le navire sans savoir à quelles souffrances il est lié.

            –« Le Bain d’une dame romaine » : le poème fait évidemment penser au « Bain » de la partie biblique même s’il est différent. Si « Le Bain » faisait une évocation érotique de la mise à nu de son personnage féminin jusqu’à la surprise d’être observé, ici Vigny – qui n’en nie pas pour autant la sensualité – s’attarde longuement sur le cérémonial, les détails folkloriques. À la fin la dame romaine en question s’endort, bienheureuse. Est-ce une mort symbolique qu’elle trouve ici, opérant une sorte de transition avec la suite du recueil (l’Antiquité s’éteint – place à la modernité) ? Ou bien la vérité (puisque le sommeil mène à la lucidité du rêve d’après Vigny) ? Ou bien encore la sérénité ultime ?

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